‹ ConstantinopleChapitre 78 sur 97 · CHAPITRE XII l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII l

é dans File de Rhodes, devenue à son tour une sorte de boulevard de la Chrétienté contre l'invasion turque, il se préparait à défendre une place dont la conquête devait ouvrir au vainqueur un chemin vers Rome et vers les autres contrées de l'Occident. L'an 1480, la flotte musulmane, forte de cent soixante vaisseaux de haut bord , portant cent mille combattants . parut devant l'île. Commandée par le pacha Misach Paléologue , renégat de la famille des derniers empereurs grecs , cette armée comptait dans son sein l'élite des spahis et des janissaires , plus de quatre mille aventuriers , plusieurs beys de la Romanie et des autres gouvernements, enfin diverses compagnies composées de vieilles bandes qui avaient suivi Mahomet dans toutes ses expéditions.... Il n'entre point dans notre plan de rapporter les longs détails de ce mémorable siège de Rhodes , où l'on vit une poigne de braves et pieux chevaliers luttant contre la puissance formidable des Turcs et remportant sur eux , avec l'appui du Ciel , la plus étonnante victoire. L'illustre d'Aubusson , toujours sur les remparts, animait tout par sa présence, se montrait aux postes les plus périlleux , donnait partout l'exemple du plus magnanime courage. En vain les tours et les murailles de Rhodes tombent-elles presque entièrement sous les coups des Turcs, rien n'effraie les assiégés. Le grand-maître, présent partout, rassure le peuple et encourage les soldats ; sa confiance en Dieu augmente sa fermeté naturelle et répand sur son visage un air serein qui semble pré-

*r la victoire.

Le pacha, de son côté, avait déclaré à ses troupes qu 1

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abandonnait la ville au pillage; il leur avait commandé de massacrer tous les habitants , sauf les enfants réservés pour la milice du grand seigneur. Il avait aussi ordonné que tous les Chrétiens échappés au glaive des Musulmans fussent empalés , et, dans son horrible prévoyance, il avait, assure-t-on , fait préparer huit mille pieux pour cet usage.

Mais d'Aubusson put heureusement rendre tous ces ordres et tous ces préparatifs barbares inutiles ; il fut pour la chrétienté et pour l'Occident contre l'envahissement du Croissant , ce grain de sable que Dieu a placé sur le rivage de la mer pour arrêter la fureur des flots. Au signal de l'assaut, donné le 22 juillet, toute l'armée ottomane a beau invoquer son prophète , assaillir la ville de Rhodes avec des hurlements effroyables , d'Aubusson combat, résiste, ranime le courage de ses compagnons qui commençaient à fléchir, et couvert de son propre sang et de celui de ses ennemis , il s'écrie : « Mourons plutôt que de reculer; c'est pour la Foi, c'est pour le Ciel que nous combattons ; notre mort sera glorieuse devant les hommes et précieuse devant Dieu ! »

La victoire est décidée. Les chevaliers et les soldats font des merveilles de valeur au quartier des Juifs où s'était portée l'attaque. Les Turcs , repoussés de ce poste d'où dépendait la perte ou le salut de la place, et trouvant une égale résistance sur les autres points , s'enfuient dans le plus grand désordre; ils se précipitent de tous côtés par les brèches , poursuivis par les Rhodiens qui pénètrent jusque dans le camp ennemi, abattant tout ce qu'ils rencontrent. Le pacha Paléologue , après de vains efforts pour

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