CHAPITRE XIII
arrêter ses troupes , est contraint de fuir lui-même vers ses galères. La flotte ottomane , après deux mois de siège et des pertes énormes , s'éloigna de l'île et reprit le chemin de Constantinople.... Durant ce temps, d'Aubusson, à peine guéri de ses blessures, s'en venait rendre des actions de grâces à Dieu au pied des autels. Attribuant le salut de Rhodes à la protection de la Vierge , il faisait bâtir en son honneur, auprès de la muraille des Juifs, la magnifique église de Sainte- Marie-de-la- Victoire.
Mahomet n se livrait à d'immenses préparatifs pour venger la honte de sa défaite ; il menaçait à la fois Rome , la Perse et l'Egypte , lorsque la mort l'arrêta , comme un autre Alexandre, au milieu de sa carrière (1481). A la gloire des armes, il joignit celle des lettres; l'histoire lui reproche des actes d'une cruauté révoltante qui ont souillé tout l'éclat de sa vie K
Avant de poursuivre l'histoire de ces malheureux temps
* Un de ses pages, dit-on, avait dérobé un jour quatre melons d'une planche privilégiée, que Mahomet cultivait lui-même avec soin. Le sultan, indigné de cette audace, manda sur-le-champ tous les pages et ordonna au coupable de se nommer. Personne ne se déclarant, il commanda d'ouvrir successivement le ventre à tous ses pages, jusqu'à ce qu'on eût découvert le criminel. On trouva les melons à demi-digérés dans le ventre du quatorzième!... O honte de l'humanité!...
Un autre jour, Mahomet n, tout en admirant un tableau de la Décollation de saint Jean- Baptiste, que venait de peindre à Constantinople Gentile Bellini , fit observer au peintre que les muscles et la peau du cou, séparés de la tête, n'étaient point suivant l'effet de la nature; et pour prouver la justesse de sa critique, il ordonna d'amener un esclave , qu'il fit sur-le-champ décapiter à ses yeux. D'autres disent que Bellini empêcha cette barbarie en criant au sultan : Seigneur , dispensez-moi d'imiter la nature en outrageant l'humanité !
rendons hommage à la mémoire d'un illustre pontife, qui parmi les nobles champions de la chrétienté contre la puissance musulmane au quinzième siècle mérite une place d'honneur à côté des Hunyade et des d'Aubusson. C'est le glorieux vieillard Pie n î Lorsque l'étendard de Mahomet flotte sur toutes les îles de l'Archipel et sur la mer d'Ionie < et que les côtes d'Italie sont menacées \ il s'épuise en efforts pour organiser la Croisade contre les Ottomans ; il presse le roi de France , le duc de Bourgogne, la république de Venise; et rassemblant les cardinaux , il leur déclare qu'afin d'entraîner les princes par son exemple il est résolu à marcher lui-même contre les infidèles. « Chargé d'ans et d'infirmités, je n'ai plus, disait-il , que peu de jours à vivre , je cours à une mort certaine ; mais qu'importe le lieu et, l'heure de mon trépas , si je meurs pour le peuple chrétien ! » L'ascendant d'un seul homme s'immolant à la cause de la Croix fait revivre un instant l'enthousiasme des premières croisades. Pie il, après avoir imploré l'appui du Tout-Puissant dans la basilique des Saints-Apôtres , part de Rome , à la tête d'une armée (juin 1664). Atteint d'une fièvre lente, il cache ses souffrances, et poursuit sa route à travers les bénédictions du peuple , qui le salue comme le libérarateur du monde chrétien. Il arrive à Ancône, et sa flotte se prépare à mettre à la voile. Mais ici les forces l'abandonnent; sentant sa fin approcher, le père des fidèles convoque une seconde fois les cardinaux : « J'ai fait jusqu'à ce jour, leur dit-il, tout ce que j'ai pu pour les brebis qui m'étaient confiées ; je n'ai épargné ni travaux
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ni dangers, je ne puis achever ce que j'ai commencé, c'est à vous maintenant à finir l'ouvrage de Dieu. » Après avoir ainsi parlé , le vénérable pontife rend le dernier soupir , en pressant sur son cœur cette Croix qu'il regrettait de ne pouvoir défendre (16 août 1464).
Les premiers exploits de Bajazet n , fils de Mahomet ii, furent contre son frère Zizim qui lui disputait la couronne. Il vainquit ensuite les Moldaves , soumit la Bosnie et la Croatie, et dompta les mamelouks d'Egypte sans pouvoir les détruire. Après trente ans de règne, il abdiqua , et voulut placer sur le trône Achmet , son fils aîné ; mais Sélim , son troisième fils , aidé par les janissaires, s'empara de la couronne (1512). La Turquie grandit encore sous ce nouveau sultan , qui réduisit en provinces ottomanes la Syrie, la Palestine, l'Egypte où il mit fin à la puissance des mamelouks (1517), prit la Mecque et acquit Alger (1519). Plein de courage et de fermeté, mais ambitieux, perfide et cruel, Sélim ier, après avoir détrôné et fait périr son père , ordonne la mort de plusieurs de ses frères. On l'a surnommé le Féroce. Détournons nos regards de ce prince pour les porter sur son fils Soliman, qui mérita d'autres surnoms.
Soliman 1er ou n ' , dit le Grand , le Conquérant , le Magnifique , le Législateur , est le plus célèbre des sultans ottomans. Son règne (de 1520 à 1566), signalé par de nombreuses et brillantes conquêtes, fut l'apogée de la
» Si on compte Soliman ier , dit Tehélébi , fils de Bajazet i", qui passa en Europe après la bataille d'Ancyre , et se fit proclamer sultan à Andrinople ( 1402), pendant que son frère Monça l'était en Asie.
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grandeur de l'empire turc. Il y ajouta , en Asie , l'Aldjéztrch ou Mésopotamie, une partie de l'Arménie, du Kourdistan, de l'Arabie; en Europe, une partie de la Hongrie, la Transylvanie, l'Esclavonie , la Moldavie; il enleva Rhodes aux chevaliers (1522), après ce siège mémorable où l'on vit encore une poignée de guerriers commandés par le brave Villiers de l'Isle Adam , opposer quatre mois durant une héroïque résistance à une armée forte de deux cent mille hommes et de quatre cents bâtiments de guerre. Préludant aux entreprises futures de Mahomet iv, Soliman vint camper devant Vienne avec une armée de cent vingt mille hommes; mais il ne put s'en rendre maître (1529). Il tenta aussi, vainement, à la fin de son règne, d'assiéger Malte, avec une flotte immense. Soliman mourut devant Saigeth (1566), dans une nouvelle campagne commencée en Hongrie. Ce prince, aussi remarquable par sa justice et son instruction que par sa bravoure , fonda un grand nombre d'établissements utiles. Mais il laissa un sceptre trop pesant pour ses faibles successeurs. Le nom de Sélim n, dit l'Ivrogne, son fils, nous amène aussitôt à la mémorable bataille de Lépante.
Vainqueurs du royaume de Chypre , dernier débris des états chrétiens fondés par les Croisades, les Turcs poursuivaient leurs triomphes sur les mers; ils menaçaient Malte et l'Italie. Quelles forces opposer à ce déluge de barbares t Ici l'histoire fait apparaître encore un grand pontife , Pie v , de sainte et glorieuse mémoire ! Contemplons-le , provoquant les puissances à une nouvelle croisade,