CHAPITRE XV
furent bientôt remplis, car nous levions l'ancre le jour de mon embarquement, à quatre heures du soir. Nous déployâmes la voile au vent du uord, et nous voguâmes vers Jérusalem sous la bannière de la Croix qui flottait aui mâts de notre vaisseau*. »
Si l'illustre écrivain qui a tracé ces lignes, revenant parmi nous, refaisait aujourd'hui un voyage à Constantinople, il devrait beaucoup adoucir les sombres couleurs de ce tableau. Depuis soixante ans, les idées des Turcs se sont grandement modifiées. Quelques rayons du soleil de la civilisation ont pénétré dans ce chaos de la barbarie musulmane. Au temps de l'empereur Julien, les païens d'Orient , reconnaissant enfin la supériorité des institutions chrétiennes sur celles de leur culte vieilli et prêt à périr, s'efforçaient de ranimer son existence en l'imprégnant de quelques-unes de ces institutions. Ainsi semblent faire les Turcs intelligents d'aujourd'hui. Ne trouvant plus dans les lois , dans les coutumes du Coran , les principes et les éléments de vitalité et de force qu'y trouvaient leurs ancêtres, fascinés qu'ils étaient encore par un fanatisme religieux , diminué de nos jours , les Turcs se sentent faibles en face des autres nations; et voilà pourquoi ils se rapprochent d'elles et implorent leurs secours. Le nom injurieux de Rayas ne s'adresse plus aujourd'hui à tous les Chrétiens; il est réservé aux Grecs de Constantinople, tombés depuis quatre siècle sous le joug musulman ; tandis que le noms de Francs ou Européens est prononcé avec respect. Déjà d'importantes réformes se sont accomplies;
1 Chateaubriand , Itinéraire de Paris à Jérusalem.
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d'autres se préparent, et tout semble leur présager un plein succès. Qui sait où doit s'arrêter le progrès sur cette plage orientale où, comme dit ingénieusement un historien moderne , le génie du lieu triomphera toujours des révolutions du temps et de la fortune.
Dans cette marche de Constantinople vers un avenir encore incertain, mais qui cependant semble riche d'espérance, la France paraît devoir être son guide, son soutien. Les fils de Gharlemagne et de saint Louis, les fils des Croisés, prêtant leur bras puissant à la fille de Constantin pour aider sa marche pénible vers de nouvelles destinées, offrent un imprévu, mystérieux et magnifique spectacle.