CHAPITRE XVI
Missions de la France dans la guerre d'Orient. — Vœux.
Conclusion.
L'avenir est Je secret de Dieu. Que s'est-il passé en 1854 en Europe? Les drapeaux unis de la France et de l'Angleterre, les deux premières nations du monde, ont flotté ensemble dans les mers du Bosphore ; nos guerriers et nos marins sont allés protéger contre un pouvoir envahissant les murs de Constantinople. La Croix s'est alliée un moment au Croissant contre une puissance chrétienne bien que schismatique ! Et cependant , chose étrange î c'était encore une guerre sainte, une nouvelle Croisade.
Oui , c'était une guerre sainte ! Des voix vénérables l'ont proclamé hautement, et Ton se rappelle encore leur langage apostolique , empreint d'un ardent patriotisme. Ecoutons le premier pasteur de notre Capitale : « Pourquoi l'Europe chrétienne , dit-il , durant trois cents ans a-t-elle tourné son épée vers cet Orient d'où la civilisation nous est venue avec la lumière? C'était pour arrêter les flots
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de la barbarie, pour mettre une digue à ce torrent qui menaçait de tout envahir. C'était pour sauver l'idée et la civilisation chrétienne, qui, depuis Photius, s'était corrompue en Orient , et était devenue aussi radicalement impuissante à réprimer l'ennemi du dehors , qu'elle était funeste à l'unité et à la paix intérieure de l'Eglise. Voilà pourquoi nos pères ont fait tant de glorieuses expéditions , foulé tous les chemins de l'Asie , fondé un royaume à Jérusalem et fondé un empire français à Byzance.
» Aujourd'hui les mêmes périls se dressent devant nous , plus redoutables que jamais. Une nouvelle barbarie, conduite par des hommes raffinés , nous menace. Le christianisme corrompu de Photius a rendu la foi esclave d'un puissant potentat. Iî en fait aujourd'hui l'instrument d'une ambition qui ne connaît plus de bornes. II veut tout soumettre, corps et âme, à sa menteuse orthodoxie. Si une fois ce colosse était debout sur le Bosphore , un pied sur l'Europe , un pied sur l'Asie , la perte des nations serait accomplie. On pourrait suivre de l'œil leur décadence et marquer l'heure de leur complète ruine. Arrêter la marche du géant du Nord , limiter et circonscrire sa puissance , c'est donc une question de vie et de mort pour les peuples
civilisés Voilà la vraie et grande raison, la raison
providentielle de l'expédition qui se prépare. Et c'est pourquoi nous appelons , nous aussi , cette guerre une guerre sainte. Oui, en partant pour celte glorieuse expédition, nos soldats pourront répéter le cri de nos pères : dieu le veut!
» Dieu le veut ; car c'est lui qui , malgré tous les efforts