‹ Constitution de la thérapeutiqueChapitre 3 sur 5 · I. — Thérapeutique galêmsti · texte numérisé non relu

I. — Thérapeutique galêmsti

Galien est avec Hippocrale la plus gra:

médicale de l'antiquité. Doué d'une va:

gence, et d'un esprit autoritaire, il puis doctrines d'Aristote et de Platon, qui premiers maîtres, l'esprit organisateur la caractéristique de son génie. Si nou:

que Galien possédait en anatomie, en p et en médecine une somme incomparal naissances, nous comprendrons que « avait tout ee qu'il fallait pour fonder i et la fonder de telle sorte, qu'il lui a prépondérance incontestable pendan siècles ; et, qu'aujourd'hui encore, il fat avec elle.

Dire que le Galénisme eut une influ

pondérante, ce n'est pas assez dire ; ses pr« étaient reçus comme des articles de loi, ne lement au moyen âge mais encore après la i sance, et jusqu'à la fin du xvm e siècle; e garda toujours les allures tyranniques qu'il au caractère autoritaire et. à la haute opini le Maître avait delui-même. Caria modesti plus que le courage professionnel ne fure qualités de Galion ; il quitta Rome précipitai pendant que la peste y régnait; et il déclare q pocrate n'avait fait que montrer le chemin, que lui, Galien, en avait seul aplani les difti comme Trajan avait rendu praticables les de l'Empire romain.

En thérapeutique, Galien accepte d'Hipj.

son axiome natura tnédteatrio cl ses dei d'indication : similia similibus et contrariai riïs.

Mais,malgrécetacquiescementauxprinci] , servent de base à la thérapeutique hippoerc nous allons voir Galien constituer une théi tique absolument opposée à celle de son n et devenir le père du mouvement révolutio qui arrêta dans son essor la thérapeutique ■ pocrate.

Au lieu de se borner à guider et à a

nature, le médecin galc'niste doit lutter avec la cause morbide, la détruire et l'éliminer; il doit dompter la maladie. La loi des semblables n'est conservée que comme un souvenir du passé, et la loi des contraires domine toute la thérapeutique.

Reprenons maintenant successive ment les principes de la thérapeutique de Galien et donnons la preuve de ce que nous venons d'avancer.

i'Natura medicalrix. Galien comprend, l'axiome natura medicalrix comme l'avait compris Hippocrate.

« La nature, dit Galien, est le premier des arts qui administrent la santé (1). s»

« La nature ayant formé le corps dans son origine doit le rétablir en santé quand il devient malade (2). »

« II est également vrai de penser que la nature règle chaque chose pour la conservation de l'animal et que c'est surtout elle qui guérit, spécialement quand elle agit par les évacuations critiques (3). »

(1) Galien considéré comme philosophe, § IV, page 10.

(2) Galien, contra Julianum,

(3) Commentaires V, in epid., XXVII, tome 27 B, page 224 à 229.

Mais la véritable pensée de Galien est contenue dans la citation suivante : « 11 s'ensuit de là que l'art de la médecine est supérieur au médecin, puisque c'est le secours de l'art qui le met en état do dompter la maladie (1). »

Dompter la maladie, c'est là le principe même de la thérapeutique galéniste; c'est à cette formule que Galien va rattacher toutes les connaissances qui convergent vers la guérison des maladies, et constituer un art de guérir qui s' éloigne autant de l'art enseigné par Hippocrate que la formule dompter les maladies s'éloigne de celle de la nature médicatrice.

2° Lois d'indication. — Galien est le premier médecin qui ait donné une définition générale de l'indication. D'après lui, l'indication « est la vue d'une conséquence ou plutôt une conséquence évidente, ipsam conseqv.enliœ inspechonem, indicationem dicimus (2). »

Ce qui caractérise cette définition, je l'avoue, un peu obscure, c'est l'évidence exigée pour toute action thérapeutique. Traduisant librement cette définition, nous disons dans notre école: Vindica-

(1) In epid., tome XXVII B, loe cit.

(2) M. m, 11. 7 page 126.

tion est la nécessité évidente d'une action déterminée rentermant dans cette formule la règle qui (loi guider le médecin et le chirurgien ri ans l'appli cation si pleine de responsabilité de leur art.

Pour remplir les indications, Galien reconnaî comme Hippocrate deux lois : la loi des semblables et la loi des contraires,

a Loi des semblables. — Dans un certain nombri de ses ouvrages, Galien déploie la plus graudi énergie pour réfuter le principe du similia simîlibus curantur (1) ; et quand il se laisse guidei exceptionnellement par cette loi, par excmpl< quand il soigne une intempérie chaude par un remèeL chaud, il dit que cela n'a eu lieu que par accident ou parce qu'il est intervenu quelque chose gui étai directement opposéàla maladie. C'est ce que Brous sais appelle fort justement un subterfuge (2).

En résumé, Galien ne' conserve la loi dus semblables que comme un souvenir d'Hippocrate formant un ornement à sa convenance pour s:

doctrine.

(1) De morb. vulg. cum II, classe 3, page 316, et d> hisqvse ïn med. fiant, classe 7, page 443, édition 1E62. (S) Examen de* doctrines, tome I, page 211.

b. Loi [des contraires. — La loi des contraires était en thérapeutique la maxime favorite de Galien, il y revient sans cesse (1). Sa pensée est bien rendue dans ce passage: « La guérison n'étant que le changement d'un état anormal du corps en l'état normal, et ces deux états étant opposés l'un à l'autre, il en résulte que la santé ne pourra être rétablie que par ce qui est contraire

à la maladie Chaque maladie a son contraire,

ajoute immédiatement Galien, c'est-à-dire son traitement spécial. » (2)

Quant à la nécessité de détruire la cause de la maladie qui répond à l'axiome sublata causa tollitur effectus, Galien y revient souvent : « Toutes les lois, dit-il, que la cause efficiente persiste dans une maladie, il faut commencer- le traitement par combattre cette cause (3). » — « Tant que la cause conjointe persiste, la maladie subsiste. Est-elle enlevée, la maladie cesse aussitôt. »

Les textes que nous venons de citer suffisent pour bien faire connaître le caractère de la thérapeutique galéniste : combattre la cause par ses contraires ou encore détruire, évacuer, le principe

( i ) Thèse inaug. de Ravel, 1849,

(2) M. m. XI, 2, page 739.

(31 M. m. 11,1V, V, page 254 S55 et â

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mauvais qui cause lu maladie; et, dans les deux cas, la cause étant détruite ou enlevée, la gue'rison est obtenue. Aussi est-ce avec raison que j'appelle la thérapeutique de Galien : Thérapeutique

ÊTIOLOGIQUE.

Or, ces causes qu'il s'agit de détruire par leurs contraires sont des hypothèses pures ; et les propriétés des médicaments que Galien opposait à ces causes sont également hypothétiques; en sorte que la thérapeutique de Galien peut se résumer ainsi : combattre une cause hypothétique par les propriétés hypothétiques d'un médicament.

Ajoutons qu'il y avait deux raisons pour qu'il ne pût en être autrement; la première c'est que la cause efficiente des maladies n'est point du domaine des sciences d'observation, et* que toutes les fois qu'un médecin veut pénétrer là nature de cette cause, il tombe fatalement dans le pays des hypothèses, et y reste.

La seconde raison de la thérapeutique hypothétique de Galien tenait à l'ignorance où l'on était alors de l'action des médicaments surl'homme

Pénétrons un peu plus avant dans la doctrine galéniste.

Galien admettait quatre humeurs dans le corps

humain : le sang, la pituite, la bile et l'atrabile formées par les quatre éléments la terre, l'eau, l'air et le feu.

Ces quatre humeurs pouvaient être altérées par excès (pléthore) ou par diminution (anémie) ou par altération, d'où naissaient les cacochymes, les acrimonies, Xmputridités.

Galien, avons- nous dit, ignorait, comme loua les médecins de son temps, l'action positive des médicaments. II eut cependant l'idée de la nécessité de l'expérimentation des médicaments sur l'homme sain, mais ses essais lurent très superficiels. Il se bornait en effet à appliquer les médicaments sur la peau et à interroger le patient pour savoir quelle impression il en ressentait (1). Cette méthode enfantine ne pouvait rien apprendre à Galien, aussi il essayait de déterminer l'action des médicaments par les qualités élémentaires qu'il leur supposait: le chaud, le froid* le sec, Y humide qui engendraient l'acre, l*a»îer, Vacide, etc.

Si nous ajoutonsque Galien était un dogmatique intransigeant, nous aurons fait connaître complètement l'esprit de sa doctrine. Galien place, en effet, le raisonnement au-dessus de l'expérience, comme il appert des passages suivants :

(1) Thèse inaug. de Ravel, page 30.

n La découverte rationnelle des remèdes l'emporte sur leur invention empirique (1) ».

Voici un second passage aussi explicite : « Partit de la nature même de la chose et en déduire, en dehors de l'expérience, ce qui doit être fait, c'est trouver le médicament par indication » (2).

Cette prééminence accordée par Galien au raisonnement nous fait comprendre le caractère autoritaire et intolérant de cette école. Elle avaii la dureté et l'inflexibilité d'un syllogisme.

Nous retrouverons ces défauts à un plus haui degré encore chez les successeurs de Galien.

Traduites et vulgarisées par les médecins arabes les œuvres de Galien furent accueillies avec d'autant plus d'enthousiasme par les médecins di moyen âge, qu'elles avaient les allures de la philosophie d'Aristote, si fort en honneur à cetti époque.

Plus tard encore, pendant la renaissance et jusqu'à la fin du xvui e siècle, le Galénisme domim absolument les doctrines médicales.

Les écrits de Riolan et de Guy Patin ; la persécution exercée envers les médecins qui croyaieni

(1) Voir Thèse de Ravel les sources bibliographique! ; P age22).

(2) M. m. XI. 8, page 753.

à la circulation du sang ; l'autorité des parlements, invoquée pour proscrire l'usage de l'antimoine, font assez comprendre à quel degré de domination et do despotisme était arrivée l'école de Galien.

Le Galénisme trouva, il est vrai, bien des contradicteurs; et des hommes éminents tels que Paracelse, Van Helmont, Stahl, Haller, Huntcr élevèrent des protestations autorisées contru les excès et les erreurs de cette école. Tous rappelèrent l'axiome hippocralique natura medicatrix, et s'efforcèrent de lui rendre sa première signification ; tous invoquèrent la loi dos semblables et l'opposèrent à loi des contraires; mais, je le répète, cette loi des semblables était absolument inapplicable en l'absence de la connaissance de l'effet positif de l'action des médicaments sur l'homme sain. Et ce n'était point la tentative faite par Stahl de remplacer, dans le traitement des aigreurs do l'estomac, les alcalis par les acides, qui pouvait décider la question et vulgariser la loi des semblables. Aussi le galénisme triompha de toutes ces oppositions. 11 sut même se maintenir malgré les progrès et les découvertes de la physiologie qui sapaient par sa base la doctrine des quatre humeurs. 11 remplaça comme il le put cette base de ses indications ; créa de nouvelles hypothèses, et conserva sa théra-

peutique étiologique, même «près la destruction des hypothèses successives qui lui avaient servi do fondement.

L'esprit même du galénisme a survécu à toutes ces ruines. La thérapeutique étiologique qui a la prétention de s'attaquer à la cause même de la maladie, et de la détruire par son contraire, hante encore l'esprit de la plupart des médecins de notre temps. C'est au nom de cette thérapeutique étiologique qu'on a prétendu guérir la maladie par la destruction du microbe pathogène. LesdéceptiODS de l'antisepsie médicale appliquée à la cure de la phtisie, de la pneumonie, de la fièvre typhoïde et des autres maladies infectieuses sont encore présentes à toutes les mémoires.

C'est encore à la thérapeutique étiologique que nous devons l'emploi des bains froids dans les pyrexies; thérapeutique qui, d'illusions en illusions, est obligée d'avouer 23 p. 100 de mortalité dans la fièvre typhoïde !!!

En résumé, l'œuvre de Galien a été une œuvre néfaste ; elle a. arrêté dans son essor la thérapeutique d'Hippocrate, thérapeutique fondée essentiellement sur l'observation ; et, répondant par sa

constitution à toutes les nécessités pr

^Ia loi des contraires à l'asepsie chin

médication palliative et à la prophyl

*■ loi des semblables, au traitement d dites de cause interne.

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