‹ Constitution et Biologie des Rhodophycées d'eau douceChapitre 10 sur 38 · II. — DESCRIPTION DES PRODUITS CRISTALLISES · texte numérisé non relu

II. — DESCRIPTION DES PRODUITS CRISTALLISES

Sur les parois des ballons, on pouvait distinguer des prismes allongés, groupés autour d’un centre, et, ailleurs, de petits prismes courts, isolés. Plusieurs lots d'algues avaient été traités séparément, et les sirops plus ou moins purifiés : certains laissaient déposer l’une des formes seule, d’autres présentaient les deux espèces de cristaux juxtaposées. S'agissait-il d’un corps dimorphe, ou de deux combinaïisons différentes ?

L'heureux partage des cristaux et leurs différences microscopiques permirent de faire deux lots. Les prismes allongés étaient lespèce de beaucoup la plus abondante; il nous fut facile de les identifier au floridoside.

A) Le floridoside

Après deux nouvelles cristallisations dans l’eau, le produit presque blanc fut repris par l'alcool à 95° bouillant. Par refroidissement lent apparurent de petits cristaux groupés en oursins, que l’on recueillit et lava rapidement à l’alcool à 80°. On obtint environ 8 grammes de produit sensiblement pur, présentant les propriétés suivantes :

1° Caractères cristallographiques. — D’après M. GAUDEFROY, les cristaux nés dans l’eau sont des prismes orthorhombiques, à biréfringence forte et négative, L'un d’eux, placé dans une solution saturée de floridoside, s’y accroît; de même, un cristal de floridoside s'accroît dans une solution saturée du corps à l’étude.

2° Le produit renferme 6,9 % d’eau de cristallisation, dans laquelle il fond à 86-87° (détermination au tube capillaire). La saveur est nettement sucrée, sans amertume. 0 gr. 300 de cristaux furent dissous dans 20 cc. d’eau. La liqueur obtenue est dextrogyre 4 = + 4232", D'où le pouvoir rotatoire spécifique [ain = + 151 (floridoside : 149-150).

3° Composition chimique.

La même liqueur fut additionnée de 5 %, en poids, d'acide sulfurique, et portée au bain-marie bouillant. Voici la marche de l'hydrolyse :

Réducteur % -

Temps Déviations (en galactose) Cu] 0 + 4°23 0 LR 1932 es

L'ERPLD ER 1930 0,96 78

L'action de l’autolysat de levure basse conduit au même résultat, en deux Jours, à 37°.

En vue d'identification des produits d’hydrolyse, deux grammes de cristaux furent dissous dans 20 ce. d'acide sulfurique à 0,2 %, et portés pendant une heure à 120°. La liqueur, qui jaunit légèrement, fut neutralisée par le carbonate de baryum et concentrée à sirop. Au bout de deux jours, une cristallisation commençait. Après lavage rapide à l’alcool, puis à l’éther acétique bouillant, le produit cristallisé, de saveur sucrée, put être facilement identifié au galactose. Nous en avons obtenu plus de 800 mgr.

Fig. 1. — Tréhalose et Floridoside (gros': 10 D).

Dans la liqueur mère des cristaux, dont la saveur chaude est à noter, on a pu montrer la présence de glycérol. Dans ce but, on la déssécha sous le vide, et le résidu fut longuement agité dans 50 ce. d’éther acétique bouillant, solvant du glycérol, mais non du galactose, La substance extraite par l’éther présente les propriétés suivantes :

a) elle est optiquement inactive, non réductrice.

b) après oxydation par le brome, elle réduit nettement la liqueur de FEHLING à froid.

c) chauffée avec du bisulfate de potassium sec, elle produit des vapeurs âcres, réduisant le nitrate d'argent ammoniacal.

d) en présence de chlorure de benzoïde et de soude concentrée, elle donne naissance à de petites aiguilles cristallines caractéristiques (tribenzoate de glycérol).

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[1 est facile de conclure : le glucide de Lemanea, galactoside du ulycérol, est bien identique au floridoside, dont il possède toutes les

propriétés.

B) Le tréhalose

Dans la préparation microscopique figurée ici, le contraste est manifeste entre les prismes allongés du floridoside et les cristaux dont la nature reste à fixer. Ceux-ci sont orthorhombiques comme les premiers, mais courts, de forme bien différente, et surtout leur biréfringence est faible et positive.

Deux cristallisations dans l'alcool à 90-95 assurent une purification suffisante. Le floridoside, bien plus soluble, est facilement séparé. Nous avons obtenu 2 grammes de cristaux incolores, de saveur sucrée, dont voici quelques propriétés : .

1° Ils renferment 9,5 % d'eau; ils fondent en se déshydratant à 99-100° (au tube capillaire). Le produit anhydre ne se fluidifie plus ensuite qu’à 205-210°,

2° On dissout 0 gr, 300 de cristaux dans 200 cm° d’eau. La déviation est, à 15°

& = 5915" le pouvoir rotatoire spécifique [+] est donc +175, pour le corps hydraté.

5° La liqueur ainsi obtenue est hydrolysée au bain-marie, par l'acide sulfurique (5 % en poids).

a Ne CERTES en Lo] 0 505 3 h 208" 6h 1°34 8 h 1°26’ 1,39 51

Après neutralisation, nous avons pu préparer la glucosazone typique.

4° Le corps étudié n’est pas hydrolysable par l’autolysat de levure

basse.

Les premiers résultats obtenus nous ont détermine à comparer,

i0 J. AUGIER

dans une étude parallèle, les caractères du corps inconnu et ceux du tréhalose pur. 11 devint évident que nous avions affaire à des produits

identiques.

Les sirops de Lemanea nodosa contiennent donc deux glucides, le floridoside et le tréhalose. Le premier est de beaucoup le plus abondant. La présence de ces corps rend compte des caractères analytiques des extraits. exposés dans le précédent chapitre. Au tloridoside les hydrolyses acides et diastasiques doivent leurs caractères d'ensemble ; les anomalies de détail sont le fait du tréhalose.

Ce bioside est très difficile à hydrolyser par les acides, et livre exclusivement du glucose : au cours de l'hydrolyse des extraits d'algues, plus ou moins impurs, l'attaque du tréhalose peut rester incomplète et le pouvoir rotatoire « final » dépasser de ce chef la valeur S0. Dans le cas contraire, le glucose libéré peut suffire à abaisser ce pouvoir vers TU.

Le tréhalose n'est pas tributaire de Fautolysat de levure basse, au moins de l'autolysat vieilli. Ainsi s'explique l'arrêt observé au cours des hydroivses diastasiques. On peut trouver là ie principe d'un dosage approché du tréhalose. Ainsi, au mois d'août, la liqueur de fixation alcoolique de Zemanea nodosa renferme à peu près 3 fois moins de tréhalose (0,19 gr. % d'algues fraîches) que de floridoside (0,98 gr. %).

De nouvelles recherches seront nécessaires pour déterminer les rapports des deux sucres au Cours de la végétation. L'hydrolyse diastasique ne peut rendre de services analrtiques que si elle porte sur des liqueurs assez propres; or les traitements préalables risquent fort d'altérer les proportions des sucres. Si l'on pousse assez loin la purification par l'alcool, on élimine peu à peu des extraits le tréhalose. moins soluble que floridoside. Nous avions effectivement constaté (page 27) que les liqueurs les mieux purifiées par ce moyen ressemblaient davantage au floridoside pur. On s'explique de même façon que certains Sirops, qui provenaient de la reprise des mélasses, aient fourni en premier jet des cristaux de tréhalose

Se

Un lot mélangé de Sacheria fucina et Lemanea nodosa nous à

donné les mêmes produits cristallisés que cette dernière espèce seule,

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mais nous n'avons pas eu encore l’occasion de traiter les Sacheria à l’état pur. Il est probable cependant, d’après l'ensemble des précédents résultats, que le même mélange de sucres existe dans les deux plantes.

La caractérisation du floridoside chez les Lémanéacées donne une réponse à la question des rapports entre biochimie et systématique, qui se posait À nous au début de cette recherche, Les ZLemanea ne sont certes pas parentes proches des Rhodymenia, et leur écologie est bien différente. Le floridoside, élaboré ici et là, exprime bien, semble-t-il, les similitudes profondes qui définissent les Rhodophycées.

Quant au tréhalose, c’est, à notre connaissance, la première fois qu'on l'extrait d’une algue, le sucre considéré comme tel par KYLIN, dans les Rhodymenia, étant en réalité le floridoside (GuéGuen [38], p. 25-26).

Commun chez les champignons, ce sucre semble très rare, au contraire, dans les plantes autotrophes. On l’a signalé chez quelques Phanérogames, mais à la suite d’une invasion parasitaire par des Champignons, ainsi dans une Avoine sauvage attaquée par un ergot (v. LippmMaxN [39]), ou bien en dehors des conditions normales de vie, ainsi dans un Careæ, après une gelée survenue au mois de juillet (v. LiPpPMANx [40]).

Les Sélaginelles sont les seules plantes vertes où la présence normale du tréhalose soit certaine. [1 fut extrait d’abord par ANSELMINO et G1LG [41] d’une espèce xérophile de l'Amérique tropicale, Selaginella lepidophylla, parvenue en Europe comme une curiosité (à la manière d’une rose de Jéricho). Plus récemment YamastiTrA et Saro [42] ont obtenu le même glucide à partir de 21 espèces de Sélaginellacées du Japon.

On sait que, chez les Champignons, le tréhalose est fréquemment accompagné de mannitol, La même association se retrouve-t-elle dans

les Lemanea ? (1).

(1) Bien que le mannitol n'ait pas encore été trouvé dans les Algues rouges, les polyols ne Sont pas étrangers à ce groupe; le dulcitol a été signalé dans Jridaea laminarioides (Hassrp [43]) ; il existe aussi, accompagné de sorbitol, dans Bostrychia scorpioïides (HaAss et H1rz [44]).

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