I. — TECHNIQUE
Lorsque les traitements à l’alcoo! bouillant, renouvelés à quatre ou cinq reprises, ont débarrassé les algues des sucres solubles, celles-ci sont devenues soit d’un vert très clair, soit d’un brun plus où moins rougeâtre, selon l'abondance du pigment rouge, qui brunit par Ia cuisson, Inchangées pour le reste, elles montrent, sur une coupe, Ta matière gommeuse intacte, les spores et beaucoup de cellules du thalle toujours intensément colorables par liode.
On se souvient que la substance ainsi colorable en brun ou en violacé possède, pour ErrerA {45}, les caractères chimiques du glycogène, Voici comment l’auteur lui-même expose la technique et les résultats de ses recherches :
« Douze touffes sporifères de Lemanca annulata, Kütz, conser- « vées dans Palcool, ont été finement découpées et écrasées dans un « mortier. On fait bouillir la masse pendant une dizaine de minutes « avec de l’eau et on filtre. Une petite portion de liquide à été addi- « tionnée d'acide chlorhydrique et d’iodure double de mercure et de « potassium : il ne se forme aucun précipité : le traitement au mer- « cure est donc ici superflu. On concentre le reste de la solution (qui « est à peine acide), au bain-marie, on filtre et on ajoute deux vo- « lumes d’alcoo! absolu, IT se dépose, par le repos, un léger précipité « grumeleux, d’un blanc à peine jaunâtre; on filtre. On lave le préci- « pité à Palcool et on le dissout dans Peau. Cette solution est jaunä- « tre, opalescente, neutre; elle brunit par l’iode en solution dans « l’iodure de potassium, perd en grande partie son opalescence par ad- « dition de soude caustique, dissout en bleu pâle l’hydrate cuivrique « sans le réduire à l’ébullition; elle acquiert, après un quart d'heure
« d'ébullition avec de l'acide sulfurique dilué, la propriété de ré: « duire abondamment les réactifs de Trommer et de BOETTGER, en
même temps que l’opalescence à disparu. Le Lemanea renferme « done une sorte de glycogène.….
« Comme j'avais obtenu fort peu du corps analogue au glyeogène « et que les fragments de Lemanea qui avaient servi à cette analyse « renfermaient encore beaucoup de substance brunissant par liode, « je les ai épuisés de nouveau, cette fois avec une solution étendue et « tiède de soude caustique. Le rendement a été bien plus considérable, « seulement le corps glycogénique avait subi par là de légères alté- « rations dans ses propriétés : il faut surtout noter que sa solution,
même assez concentrée, était à peine opalescente, et qu'elle se co- « lorait en violet rougeñtre pâle par l'addition de très peu d'iode dans « l’iodure de potassium. D'ailleurs elle prenait, par un peu plus « d'iode, la même nuance brune que le glycogène hépatique, n'opérant + pas une trace de réduction sur le réactif de TroMMER, mais le ré-
duisant abondamment après un quart d'heure d’ébullition avec « l’acide sulfurique faible » (loc. cit. p. 30-32).
Les algues ainsi traitées contenaient encore des sucres à petite molécule : l’auteur n’y a pas songé, semble-t-il; toutefois, éliminés avant l’hydrolyse, au cours de la précipitation alcoolique, ils n’ont pas été cause d'erreur. Sur Lemanea nodosa épuisé par l’alcool, nous avons repris expérience de ErREerA et retrouvé ses résultats,
Leur signification par contre nous à paru incertaine.
L'auteur passe sous silence la viscosité des extraits un peu concentrés: ils précipitent abondamment, sinon par l’iodure de mercure et de potassium, du moins par l’acétate basique de plomb : ils sont riches en matières gommeuses, Si l’on pratique l'épuisement aqueux des algues avec précaution, les hachant sans les broyer, on peut obtenir une liqueur semblable à celle que préparait ErRERA, à ceci près qu’elle n'est pas colorable par liode. On extrait de cette façon une matière mucilagineuse insoluble dans lPalcool fort, facilement transformable, par hydrolyse, en produits réducteurs. Ces caractères analytiques, retenus par ERRERA, n’appartiennent donc pas en propre au glycogène : en sorte que, pour établir la présence de ce glucide, l’auteur n’a pas apporté d'autre preuve que la seule réaction à l’iode. Celle-ci, on le sait, n’est aucunement spécifique (p. 9).
Entreprise comme un contrôle chimique, l’analyse de ErRERA reproduit simplement la réaction histochimique et n'apporte pas plus
RHODOPHYCÉES D'ÉAU DOUCE
de certitude. Il est donc nécessaire d'étudier de plus près les extraits d'algues, en particulier leurs caractères optiques et leurs produits d'hydrolyse.
Ces extraits ne sont pas observables au polarimètre, même après filtration ; ils le deviennent après quelques instants d'hydrolyse sous l'action des acides: les déviations, observées dès que que possible, sont souvent positives, quelquefois négatives. Il s'agit évidemment d’un mélange de plusieurs principes. La meilleure méthode analytique consiste à tenter, sur les thalles, des extractions fractionnées. On peut espérer, par ce moyen, préparer les substances mucilagineuses d’une part, le glycogène de l’autre, et, si vraiment ce glucide existe, le caractériser à l’état pur.
Dans ce but, nous avons été amenés à pratiquer successivement :
1° Le traitement par l’eau froide, puis chaude, des algues entières ;
2° Le traitement par l’eau bouillante des algues hachées;
3° Le traitement par la potasse des algues hachées :
4° Le traitement par la potasse des spores pulvérisées.
I1 est bien entendu que ces algues avaient été, au préalable, privées complètement des sucres solubles dans lalcool, floridoside et tréhalose,