‹ Constitution et Biologie des Rhodophycées d'eau douceChapitre 2 sur 38 · I. — DONNÉES -MORPHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

I. — DONNÉES -MORPHOLOGIQUES

Les Lémanéacées ont fait l’objet de travaux descriptifs assez nombreux, celui de Srropor [25] que nous avons consulté principalement, ceux de KerTez, d’ATkINSON, plus récemment de KYLIN [26]. Elles sont trop connues pour qu'il soit utile d’en reprendre la description, d'autant que l’on trouvera, résumé par G. HAMEL dans la Revue Algologique ([27] IT, p. 52, 1925) l’état de nos connaissances sur la morphologie, l’anatomie, le développement de ces Floridées.

Ce sont des Algues de pays siliceux, à sol granitique ou cristallophyllien. Aux environs de Saint-Lô, le cours de la Vire et des ruisseaux affluents présente une série de petits rapides. Les galets de phyllades y sont souvent tapissés d’un épais manteau de Lemanea nodosa, Kütz, vert olive ou brun rougeâtre. Ce sont des touffes de filaments non ramifiés, longs de 8 à 15 centimètres, épais d’un millimètre environ, s’effilant aux extrémités ; ils présentent un aspect moniliforme typique, celui d’une enfilade de bobines serrées bout à bout. De 1930 à 1933, sous la conduite de M. l'abbé Frémy, professeur à l’Institut Libre de Saint-Lô, nous avons pu récolter une dizaine de kilos de cette algue, dès avril, quand les eaux sont assez basses, et jusqu’au mois d’août.

La pureté des récoltes était remarquable. Un triage sous l’eau, dans une cuvette à fond blanc, permettait d'enlever quelques larves d'insectes, quelques Œdogonium et des mousses. Il est bon cependant de séparer ou de nettoyer avec soin le disque, ou coussinet qui fixe les touffes.

Un épiphyte fréquent mérite ici mention : ©’est la Floridée Awdouinella violacea (Kütz) Hamer. Elle forme sur les Lemanea de

RHODOPHYCÉES D'EAU DOUCE

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Lemanea nodosa. Kütz. A. Algue entière (un peu réduit). B. Fragment d'un fila-

ment montrant les anneaux de tissu anthéridifère (Gr. 4). C. Coupe trans-

versale (Gr. 50 D). D. Une spore (Gr. 300 D). Sacheria fucina, Sirdt. E. Algue entière (réduit de moitié). F. Fragment d'un fila-

ment montrant les papilles anthéridifères (Eie, ZA Audouinella violacea, (Kütz), Hamel. G. Algue entière (Gr. 35). — sp. bouquet de

spores.

. me D red oO :

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petites houppes de poils de 2 à 3 millimètres, clairsemées, ou plus souvent nombreuses et fondues en un revêtement pileux continu et dense. Souvent elle couvre en surface des touffes entières, et produit des taches rouge clair, plus ou moins violacé, sur le tapis olivâtre des Lemanea.

On a figuré (PI. 1, G) un rameau d'Audouineila montrant les spores arrondies, très abondantes au mois d'août, déjà nombreuses, sur certains échantillons, en avril. L'iode les colore en brun rougetre, mais la teinte est beaucoup plus pâle que celle des spores de Lemaneu. Peut-être pourrons-nous tenter une analyse chimique de cet épiphyte, à la faveur de récoltes suffisamment abondantes.

A la fin de juillet, dans les stations ensoleillées de la Vire, les filaments de Lemanea s’altèrent, se fragmentent et sout emportés par le courant. A cette date, on peut encore se procurer des thalles en bon état dans les cascades ombragées des ruisseaux. Peut-être en raison de la moindre profondeur, les filaments y sont moins longs et plus fins que dans la Vire.

La même rivière nous a fourni des quantités importantes de Sacheria fucina Sirdt (1), de préférence en eau plus profonde. On en reconnaît à première vue les touffes très élégantes, d’un vert-bleu ou dun vert franc. Les filaments, dépassant parfois 20 cm., assez ramifiés, surtout à la base, sont cylindriques ; lorsque la saison s’avance, ils présentent des renflements annulaires bien nets, presque équidistants, parsemés d’éminences papilleuses noires.

Ces deux espèces sont organisées sur le même plan fondamental. Chaque filament est creux. La lumière du tube qu’il constitue contient au début un liquide aqueux ; dès avril elle est envahie par des gonimoblastes, issus de carpogones intrapariétaux. Dans leur croissance vers l'axe, les bouquets de filaments sporifères se rejoignent, se déforment par leur pression mutuelle; la cavité est enfin complètement oblitérée. Les carpospores sont alors noyées dans une masse gommeuse, produit de la gélification de leurs membranes: elles se disperseront par désagrégation du thalle.

Dans la coupe transversale d’un filament de Lemanea nodosa

récolté en juillet, on distingue ainsi : (PI I, C)

(1) ZLemancea fucina Bory, et quelques autres, ont été réunies par Nirodot dans un genre nouveau : Sacheria; le reste des espèces du genre Lemanea Bory, conservant les anciennes dénominations. Ketel et Atkinson désignent ces der-

nières sous le nom de Zulemanca.

1°) la paroi, formée de plusieurs couches de cellules, les externes seules riches en pigment rouge; les internes plus orandes, revêtues d'un enduit mucilagineux épais, jaunâtre, fixant la safranine et le rouge de ruthénium.

2%) à l'intérieur, le bloc de gomme semi-solide où sont plongées les spores : le rasoir en entraîne plusieurs, et leur place reste marquée comme à l’emporte-pièce. Sur les bords, cette gomme est séparée de l'enduit cortical, d’origine différente; elle fixe également le rouge de ruthénium, mais la safranine la colore (au moins par places) en oran-

(je) Œ

Après action de l'acide sulfurique concentré, pendant quelques secondes, l’eau iodée teinte en bleu intense les membranes cellulaires, même celles des spores; les gommes restent incolores.

Les spores humides, en masse, sont d’un vert cendré. Au microscope, leur contenu apparaît comme une masse confusément granuleuse, verdâtre. Dans l’eau iodée, il se colore en brun cuivré, ou en brun violacé; on voit alors plus nettement un ou plusieurs corpuscules arrondis restés incolores.

Les cellules corticales, en juillet, contiennent aussi plus ou moins de matière granuleuse brunissant par l’iode, ainsi que l'ont décrit les auteurs.

Les filaments que nous étudions représentent une phase seulement dans le cycle de développement des Lémanéacées. Ils sont précédés, en hiver, par un gazon minuscule, le « chantransia », de 1 à 5 millimètres, monosiphoné. Sur lui prennent naissance, à partir de janvier, les appareils fructifères. Ils se développent à la manière de parasites, et le chantransia disparaît plus ou moins tôt. Ce dernier, pas plus que le tissu vivace adhérent à la pierre (protonéma), n'a pu être étudié ici, en raison de sa petitesse et des difficultés de la récolte, pendant les hautes eaux de lhiver.

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