CIRCULAIRE AU CLERGÉ
St-Hyacinthe, ler Avril 1890.
Bi Cuers COLLABORATEURS,
Je viens vous entretenir de l’Union St-Joseph, société religieuse de bienfaisance, qui est établie à St Haciiée depuis une vingtaine d'années et y fonctionne très bien. A part les membres des professions libérales, tous les antres catholiques y ont accès, pourvn cependant qu’ils accomplissent ‘ fidèlement leurs devoirs religieux, et qu'ils pratiquent assidûment la tempérance. Le nombre des associés est aujourd'hui de près de quatre cents, et tend continuellement à s’accroître. Les secours donnés aux associés malades, à leurs veuves et à leurs enfants, depuis sa fondation jusqu’aujourd’hui, for.
ment un montant considérable, Ces secours ont soulagé un grand nombre de malheureux qui, sans cette aide providentielle, auraient subi toutes les privations et les souffrances de la pauvreté. L’esprit le plus chrétien règne dans cette association, et jamais il ne sst démenti. Depuis le jour où elle fut fondée, le Curé de la Cathédrale en a été le directeur, et toujours son action a été appréciée et respectée. Il y a là une assurance de stabilité bien consolante, car tout ce qui est appuyé sur la religion ne peut que réussir et prospérer. Aussi je puis affirmer que l’Union St-Joseph, depuis qu'elle existe, n’a pas eu de mauvais jours. Klle n’a pas cessé de marcher dans la voie du pros rès, grâce à l'esprit qui l’a toujours animée, et à la confiance qu’elle à reposé dans la direction du Prêtre. Pour arriver au but que je me propose en vous faisant connaître cette œuvre de bien aisance, laissez moi vous dire que, dans certaines paroisses où on a été en mesure d'apprécier les précieux avantages qui découlent de cette association, on a fait des ouvertures au Président de la société, en vue d'y établir des succursales de l'Union St Joseph. Après avoir mûrement examiné la question, la Société, désireuse d'augmenter la somme de bien qu’elle peut faire, est arrivée à la conclusion qu’elle pourrait s'affilier des sociétés identiques déjà existantes, et créer des succursales dans les paroisses, moyennant certaines modifications à ses règlements, qui n’en altéreraient aucunement le but et le fonctionnement ; c’est ce qui vient d’être fait. Comme on m’a soumis toute chose avant d'agir, et que j'y ai donné mon plein acquiescement, je viens maintenant vous dire que je verrai avec plaisir les sociétés de St Joseph, qui existent déjà dans
plusieurs paroisses, s’affilier à l'Union St-Joseph de St-Hyacinthe. Dans les paroisses où cette société n’est pas établie, et où il serait désirable de l'y établir, j'aurai encore pour agréable qu’il se forme des succursales où sociétés sœurs de cette Association, car j'ai l’intime confiance qu’elle operera, dans tous les leur où elle fonctionnera, le bien qu’elle a effectué dans la ville épiscopale.
Je vous transmets, avec la présente, un exemplaire des règlements de la Société, modifiés comme il est dit plus haut. Chacun pourra les étudier attentivement, et voir s’il ne lui serait pas possible de doter sa paroisse d’une semblable institution, qui pourrait ètre pour un certain nombre de paroissiens une sauvegarde contre la tentation d'entrer dans des associations bien éloignées de donner toutes les garanties de celle-ci, sous le double rapport religieux et matériel. L'esprit du temps est aux associations. [l y en à une foule ps parmi lesquelles de très mauvaises, Pour les catholiques, il leur faut bien prendre garde de se mêler aux sociétés où la religion n’a pas le principal rôle, et où le Prètre n’a pas accès. Ces associations, inspirées par le génie du mal, finissent toujours par tomber dans le discrédit et la ruine, parce qu'elles ue sont pas fondées sur la base solide et tnébranla. ble de la religion.
Pour les informations et les éclaircissements dont Vous pourriez avoir besoin, Vous vous adresserez en toute confiance à M. le C'hanoine Larocque, qui se fera uu plaisir et un bouheur de vous renseigner exactement sur tuute chose qui concerne l'Union St Joseph.
* L. 2, Ev. De Sr HyacinTKe,
Depuis, l’Union St-Joseph a marché à pas de géant. Les adhésions lui sont venues de tous côtés, à tel point que le nombre total de ses membres a attiint aujourd’hui 4500. Le montant en caisse s'est accru aussi considérablement, a atteint $100,000, et rien ne fait présager que le mouvement doit se ralentir bientôt. La première entre ses émules— pa sa générosité envers les succursales, par l’économie de son a iministration, et par la fraternelle amitié entre ses associés, —-son avenir, nous l'espérons, est assuré.
Voici, à grands traits, en quoi consiste cette générosité et cette économie dans l’administration, garantie de son existence future.
D'abord, les conditions imposées par les règlements, et pour l'admission comme associés et pour la conservation de cette qualité : la sage distribution du bénéfice au décès—à la veuve d’abord, à défaut de veuve aux enfants ou autres héritiers si le bénéficiaire est célibataire ou sans famille ; l'attention toute particulière imposée pour le paiement des malades —attention qui porte à secourir tous et chacun de ces derniers, mais ceux-là seulement ; le privilège, accordé aux absents, de se prononcer aussi sur les matières d’intérêc général, chez eux et aux mêmes conditions qu'a St-Hyacinthe ; la sévérité des règlements, en tout ce qui regarde de près ou de loin le maniement des fouds, et le prélèvement, à même ces fonds, des
seuls débuursés indispehsables pour une gestion parfaite mais sans apparat ; en un mot, l’ensemble d’une règlem i.1tion sage, prudente, éclairée, rigoureusement exécutoire, et tendant, par dessus tout, à maintenir les éventualités prévues dans les limites d'une proportion mathématique entre ces éventualités et la contribution : tout cela est bien de dire à entrenir notre confiance en la stabilité de l’institu. tion.
L'Union St-Joseph est entourée d’associations et d’entreprises rivales, qui lui ont fait Jusqu'ici, et lui créent encore une rude concurrence. Quelques-unes, sans autre boussole que leur propre autorité, sans rien exiger effectivement (si ce n’est pour l'apparence) pour ce qui concerne la conduite de leurs associés, s’efforcent de multiplier les avantages matériels au risque de ne les procurer que temporairement, en dépassant les limites que recommande une sage prudence, semblables à ces industriels qui, Pour réussir à écraser un concurrent fort de ses droits de cité, s’exposent eux-mêmes à faire faillite sous un court délai.
D'autre part, nous avons devant nous une -uciété organisée suivant les principes catholiques, établie dans des conditions de nature à faire aux ouvriers tout le bien qu'il est raisonnablement permis d'espérer pour eux : pour.
quoi donc perdre notre argent, notre temps et notre influence à patronner d’autres entrepri
ses muoi* bonnes à certains égards, et cangereuses sous d’autres points de vue ? Pourquoi ne pas s'unir sous une wên:e bannière, suivant le vœu de Sa Grandeur, et combattre ensemble l'ennemi commun, quel que soit son nom. ‘“‘L’u. nion fait la force. ” |
Si l’Union St-Joseph laisse encore à désirer sous que'ques rapports, n’oublions pas qu’Elle est essentiellement perfectible et que, aux yeux mêmes de ceux qui la dirigent, elle n’est pas même sortie de !a période d’expérimentaion.
Le seul point sur lequel elle ne peut varier est son côté moral et religieux.
Dans une situation semblable, le devoir des catholiques de ce diocèse nous semble très nettement tracé, Il leur importe de patronner et de soutenir l’Union St-J oseph à l'exclusion de toute autre qui ne reposerait pas sur les mêmes bases, parce que celle ci offre toutes les garanties qu'ils sont en droit d'exiger, par l'intevention de l'autorité religieuse ; sous le rapport matériel, par une organisation particulière qui lui permet de subvenir aux besoins légitimes des sociétaires sans dégénérer en abus :
sous le rapport social, par le rapprochement de Presque toutes les classes qui se mêlent, font un heureux échange de bons procédés, de services et de rapports agréables et réalisent ainsi, var des moyens pratiques et raisonnables, le dogme chrétien de la fraternité.
Le 25 novembre 1894, Sa Grandeur Mgr. L.
Z. Moreau, évêque de St-Hyacinthe, écrivait eucore, dans une circuiaire à son clergé :
Je prie MAL. les curés qui ont coopéré, par leur zèle à l'établissement de l’Union St Joseph dans leur paroisse, de vouloir bien encourager cette excelleute Société de leur influence et de leurs conseils. C’est surtout par leur as. sistance aux assemblées mensuelles qu'ils Jui feront un très grand bien, en maintenant l’uuion et la bonne harmonie entre les sociétaires, et eu donnant d’utiles conseils, tant pour la bonne régie de l’assuciation, que pour son dévelnppement progressif.
‘Je crois devoir faire remarquer que cette Société de bienfaisance à acquis aujourd'hui un tel degré de prospérité, qu'elle ne le cède en rien aux autres du même genre, et que, en :a qualité d'association diocésaine, elle doit, dans le diocèse, ètie préférée à toute autre d’origine étraugère. Les fruits du pays sunt énéralement plus agréables au goût que ceux de lé trauger, et ils vont mieux au tempsramment parce que le divin Créateur les à faits spécialewent pour ceux qui vivent sous le même ciel qui les fait mürir. Il en est de mème des as. sociations locales. Elles sont créées pour les besoins des lieux. Ce sont elles qui sont destinées à mieux répondre aux exigences des localités où elles surgissent. ”
Depuis, il est uvile de le redire, notre société à progresse davantage ençcure —comme eile
continuera de progresser, nous le réaftirmons.
L'Uniou St-Joseph de St-Hyacinthe à été :
lo La première à demander une loi organique de secours mutuels, et à faire en sorte que le succès couronnât toujours ses efforts ; 20 La première à réunir en congrès périodiques les représentants de chaque société de secours mutuels Canadiennes-Françaises et Catholiques : mais la dernière à limiter le temps du bénéfice à cause de maladie—elle fut aussi l’une des premières, sinon la première, chaque fois qu'il fut question d'augmenter tous autres avantages ; 30 La première, aussi, elle fut, lors de l'envahissement par l'étranger d'un territoire qui est nôtre sous tous rapports. Alors et depuis, généreuse comme toujours, elle le sera sans coup férir, et se résignant à rester sur la défensive, notre société lutta cependant,--non pas contre l’envahisseur, ni contre l’envahissement même, mais elle lutta et resta seule de son sexe sur la brèche, plus forte et plus vigoureuse que jamais, plus que jamais disposée comine en mesure de remplir parfaitement sa miséricordieuse mission. Hlle doit rester au poste !
À la date du 29 septemhre 1899, tombait le 25ème anniversaire de sa fondation. L’empressement de ses membres à célébrer comme il convenait pareil anniversaire fut notoire : et cet empressement se manifestait dès avant le premier (ler) août 1899, jour auquel en avait été fixé la célébration.
Ce jour là, les autorités civiles et religieuses —l'Eglise unie avec l'Etat, —la cité de St-Hva cinthe et chacun de ses habitants, des étrangers venant même de très loin s'étaient unis en nombre considérable aux membres de l'Union St-Joseph de St-Hyacinthe pour chômer dignement les noces d argent de cette dernière.
Les échos de la fête se font entendre encore t&lement vivaces, et chacun doit en garder toujours si bonne mémoire, qu'il est inutile d’en parler plus longuement.
Cette fête, aussi, avait été si bien encouragée par le vénérable fondateur, Sa Grandeur Mgr. Moreau !
Ad Multos Annos !