‹ Constitution militaire de la France: étude sur les modifications à apporter au système de nosChapitre 25 sur 66 · li\l'lil;i WIX · texte numérisé non relu

li\l'lil;i WIX

Ce territoire, alors, nous appartenait ; infailliblement nous allions le perdre par la guerre maritime qui venait d'éclater; et, une fois aux mains île l'Angleterre, il eût formé, en se liant au Canada derrière les Etats-Unis d'Amérique, une chaîne qui eût étroitement limité et emprisonné pour toujours notre nouvelle el importante alliance.

Plusieurs ont blâmé celte vaste cession, où ils n'ont vu qu'une grande colonie perdue, el une vente à trop

bon marcbé Mais quand on pèse les mot lis qu'à

cette époque Napoléon exposait dans ses conseils intimes, et quand on voit les conséquences qui se sonl développées, on acquiert la certitude que jamais, au contraire, il n'a rien fait de plus babile et de plus grand. Car ce qu'il a fait n'est rien moins que ceci : que du jour où les Américains sonl un grand empire maritime, la France est beaucoup inoins exposée à la redoutable pression de l'Angleterre.

Les Anglais sentirent si bien ce qu'il y avait en cela de très sérieux pour leur avenir, qu'en 1815, commençant à s'irriter de celte rivalité nouvelle, ils attaquèrent les Etats-Unis , el qu'ils envoyèrent les troupes de Wellinghton pour s'emparer de la Nouvel le-Orléans, qui tient la grande entrée de la Louisiane à l'embouchure dn MississipL ... Ils y lurent vaincus

Et que, tout récemment, Y Angleterre essaya de reporter au Texas la barrière que la cession de la Louisiane l'avait empêchée de placer derrière les Américains plus près de l'Océan. . . La France fut sur le point de s'y prêter; mais ce projet fut compris et dévoilé assez à temps Et il échoua.

Maintenant les Américains, se sentant forts et n'étant arrêtés du côté continental par aucune barrière solide, se livrent à leur ambition, et leur ambition est de race et de grandeur anglaises. Se portant donc au delà de tous obstacles possibles, ils viennent de s'élancer jusqu'au rivage de la mer du Sud : ce qui leur donne des terres immenses, de l'or à foison, et des ports admirables En sorte que les voilà sur un immense et

riche territoire, assis entre les deux plus vastes mers

du monde Et ils y sont assis de telle manière ,

que, faisant face à l'Angleterre par leurs établissements sur l'Atlantique, ils feront face, par leurs établissements sur la mer du Sud , à toutes les contrées asiatiques, où repose l'avenir de l'Angleterre.

Les Américains, en s'emparant ainsi d'une portion du Mexique, se sont-ils inquiétés de ce qu'en penserait

l'Angleterre ? Aucunement Cependant depuis vingt

ans l'Angleterre avait dépensé au Mexique des combinaisons très-habiles et des centaines de millions.

iSi CHAPITRE XXiX.

L'Angleterre surtout ne voyait qu'avec la plus ombrageuse anxiété tes Américains s'établir sur la mer <ln Sud : car, de leurs ports nouveaux, ils vont menacer le commerce anglais et la domination anglaise, soîl aux Indes-Orientales, à la Chine, au Japon, soit dans le monde océanique : immenses et riches contrées où, après beaucoup d'efforts et de persévérance, elle a placé son principal empire, ses principaux moyens d'alimenter sa marine et son industrie, ses plus sages

prévisions et ses plus lointaines espérances Elle y

régnait seule ; elle y régnait en ne consultant que ses

intérêls etses volontés Et maintenant voilà les

Américains qui, des excellents ports qu'ils viennent de conquérir sur la mer du Sud, lui contesteront désormais cette immense domination, la lui contesteront avec une activité qui ne sera pas moindre que la sienne, et posséderont pour l'y combattre des points de départ beaucoup moins éloignés que les siens.

Celle nouvelle puissance maritime, par ses accroissements d'étendue et de prospérité, aura bientôt plus de population, plus d'industrie, plus de commerce, plus de ports cl plus de marins que l'Angleterre. Elle a tellement l'instinct de sa future supériorité, el la vieille ennemie de sa naissance en est aujourd'hui si profondément atteinte, que déjà l'Angleterre a cédé en plus d'une querelle, et qu'elle en est à savoir corn-

ment, à l'avenir, elle pourra tenir tête à une telle rivale. Déjà elle se voit obligée de laisser les Américains la menacer et s'agrandir démesurément sans se permettre un seul mot de réclamation. Déjà elle s'habitue, et déjà on s'habitue des deux côtés de l'Atlantique, à regarder le grand territoire des Anglais au Canada comme dévolu aux Etats-Unis.

Voyez , quant à la population , quel est cet incroyable accroissement : les Américains étaient , à leur naissance, en 1783, 3,000,000

en 1793, 3,465,000

en 1803, 4,653,000

en 1813, 6,335,000

en 1823, 8,840,000

en 1833, 11,543,000

en 1843, 15,832,QQ0 et au 1 er janvier 1849, 21,684,000

Ils vont donc atteindre prochainement à l'égalité de

population avec les Anglais Et ils tarderont peu à

les avoir considérablement dépassés.

El il n'est pas à dire que c'est par la population seulement que s'accroissent les Américains : c'est aussi par la puissance agricole, par la puissance indus-

m GHAflTME XXIX.

Irielle, commerciale el maritime : puissances fécondes et ambitieuses qui grandissent chez eux aussi rapidement que la population.

Or, que signifie l'ensemble de tous ces faits ?. . .. Il signifie très évidemment que, déformais, l'Angleterre sera trop sérieusement occupée du côté de l'Amérique pour vouloir des difficultés maritimes du côté de la France.

Mais, dira-l-on, les Etats-Unis étant devenus si redoutables , notre triompbe de 1 783, et notre cession de la Louisiane, pourront n'avoir fait autre ebose que d'avoir établi sur les mers deux grandes puissances

rivales de la France au lieu d'une seule On pourra

dire cela, et on pourra même ajouter cette au Ire objection : que si ees deux grandes puissances de même origine et de même langue anglaises venaient a se liguer, les mers alors seraient dans leur entière dépendance On peut le dire, oui, mais quand on y regarde, on voit que de telles inquiétudes ne sont nullement fondées L'orgueil de ces deux grandes nations, en effet, est absolument le même ; leurs intérêts d'industrie, de commerce, de marine, sont absolument opposés; et une garantie de celte nature vaut mieux, pour les autres nations, que ne vaudraient tous les traités.

Tel jour peut-être arrivera où les Américains, accablés sur mer par les Anglais, auront recours, comme en 1776, au pavillon de la France. Et tel jour aussi pourra venir où les Anglais, violemment frappés par les Américains, tourneront vers la marine française des

regards moins hautains que ceux d'autrefois La

France alors avisera. Elle avisera dans les deux cas d'après des motifs élevés. Dans les deux cas, elle ne fera sortir ses vaisseaux que pour soutenir le grand principe de la liberté des mers. Et quand ce sera par le concours de notre pavillon que l'Angleterre sera demeurée une grande et iibtre nation, notre pavillon sera vengé comme il convient à sa grandeur et à celle de la France.

Une question maritime du premier ordre, ou pour mieux dire la grande question maritime, a donc été résolue : Il y a maintenant trois grandes puissances maritimes au lieu de deux. La France n'a donc plus besoin de se ruiner pour avoir autant de marins et autant de vaisseaux que V Angleterre : car il nous suffira désormais d'avoir dans les mains un poids maritime suffisant pour faire pencher la balance entre les Anglais et les Américains. Et nous aurons cette gloire de la faire toujours pencher dans le sens de l'intérêt général des nations.

Ainsi, la politique de 1776, et celle de Napoléon,

ont été de la très grande politique Et l'histoire

dira que la France, par son habileté, par la générosité de ses sentiments , et par l'effort de ses armes, a su conquérir, pour elle-même et pour tous les peuples, une répartition de la force maritime sur le globe, qui assure, pour l'avenir, la liberté des mers.

Et répétons ici, pour terminer ce chapitre dans Tordre de considérations qui Ta commencé, que cet espoir de voir désormais la mer plus libre est en même temps celui de voir s'accroître la puissance militaire de notre pays de tout le mouvement que pourront donner ses flottes à ses armées.

La question de la garde nationale est peut-être plus grave encore que la question de Tannée. La garde nationale, c'est la population elle-même ; c'est l'opinion publique, le caprice public, le mouvement public, sous les armes. L'action de la garde nationale n'est pas la plus puissante, non ; mais son inaction, dans tel instant donné, suffit pour décider du sort de la France : car, quoi qu'on puisse dire et quoi qu'on puisse faire, la direction que prendra la garde nationale aura toujours, à l'intérieur, une influence considérable, sur la direction que prendra l'armée.

.- Il importe donc, et il importe au plus haut degré,

de faire de la garde nationale une institution qui ne

soit point une apparence trompeuse ; une institution

qui ne soit pas de la pure utopie, et qui ne compro-

mette pas la réalité, l'avenir, la vie nationale, pour satisfaire à des systèmes plus ou moins noblement rêvés Et ce qu'il faut actuellement, c'est ce qui

convient à la situation actuelle, aux vérités actuelles, aux périls actuels, sauf à donner, à une époque plus tranquille, satisfaction à ce que les esprits systématiques

pourront réclamer C'est en ce sens, et c'est en

cherchant ce qui convient aux besoins impérieux du présent, plutôt qu'à des perfections idéales, que je viens examiner ici la plus importante et la plus ardue de toutes les questions.

Et disons d'abord que la garde nationale est une création trop nouvelle encore pour que son organisalion actuelle puisse être regardée comme une chose qui soit arrivée à sa perfection, ni même à une très grande maturité.

La révolution de 1789, la Convention, le Directoire, n'eurent, pour arriver à une organisation convenable et déGnitivc de la garde nationale, ni le temps ni l'expérience qui eussent été nécessaires.

Napoléon, dans les délibérations du conseil d'Etat, dit, au sujet de la garde nationale, ces paroles : « Je •• n'ai nulle vue. relative nu dthort : je nr pentf- i/u'à la

« *$£t4? au rqwtf, à la stabilité au dedans. Que chaque « citoyen connaisse son poste et soit dans le cas de prendre « son fusil, et alors vous aurez une nation maçonnée à « chaux et à sable, capable de défier les stocks et les hom-

« mes. » Mais si les vues de Napoléon n'étaient

pas relatives au dehors, à qui donc et à quoi, au dedans, étaient-eues relatives?.... Et de quelle catégorie de personnes parlait-il quand il disait : chaque citoyen ?. . . .

Voilà ce qu'il faudrait savoir Les difficultés, au

surplus, lui parurent si grandes, qu'il fit discuter au conseil d'Etat vingt projets différents sans arriver à une solution. '

La Restauration se méfia de la garde nationale de Paris ; la garde nationale de Paris se méfia de la Restauration , et cette méfiance mutuelle fut pour beaucoup dans la révolution de 1830.

La monarchie de 1830 et la garde nationale de Paris vécurent longtemps en parfait accord, et tout parut se consolider. Mais la tribune , mais la presse , mais notre imprévoyance à tous , en vinrent à tout désunir , et , en 1848, un très faible choc renversa tout.

Or, il y aura toujours une tribune ; toujours une presse; et, chez nous, toujours beaucoup dlmpré-

I9i CHAPITRE XXX.

voyance. H y aura donc ici tics dangers fort sérieux à conjurer. Et ce ne seront pas des dangers à conjurer seulement dans l'intérêt des gouvernements : ils seront à conjurer dans l'intérêt de toutes les parties de la société; dans l'intérêt de la France ; dans l'intérêt de la civilisation elle-même, qui est aujourd'hui sérieusement menacée El de la résulte que plusieurs

questions sont à résoudre.

Première question :.... Quand un peuple est à l'élat sauvage, il faut que chacun soit armé, que chacun soit en mesure de tuer son ennemi : c'est une nécessité de

l'état sauvage Mais à l'état de société, quand la

justice est rendue a tous au nom de la lui qui est la même pour tous, et quand la loi est suffisamment armée, doit-il alors y avoir, eu outre, pour chacun, un droit de pouvoir tuer?

Seconde question :... Que sous une monarchie, que sous un régime électoral très restreint, la liberté veuille avoir pour garantie l'armement de tous, on le conçoit. Mais avec le suffrage universel, et lorsque tous les trois ans le peuple tout entier change, selon sa volonté, le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, en quoi l'armement de tous peut-il être nécessaire?... Est-ce pour s'enlre-tuerafinde décider chaque jour les discussions, au lieu de les décider tous les trois ans?..,. Et la

la i;arde nationale. m

guerre entre les citoyens, la guerre dans les rues, estelle une institution qui doive être fondée?

Troisième question : On croit généralement que plus il y aura de garde nationale, et moins il faudra payer

d'armée Mais c'est précisément le contraire qui

est vrai : car plus vous aurez distribué de fusils et de cartouches dans les masses de la population, et plus il faudra que l'Etal ait de forces à l'intérieur pour empêcher qu'à chaque orage la sédition ne vienne tout renverser Sous les rayons azurés de l'utopie, les populations apparaissent, il est vrai, comme de purs esprits, ou tout au moins comme des légions de citoyens éclairés et vertueux, qui jamais ne sont opposées qu'à la tyrannie. Mais combien d'occasions, et spécialement celle de juin 1848, n'ont pas fait voir la différence qui existe entre l'utopie et la réalité I

Autre question encore :... Quand il s'agit du moindre accusé, la loi républicaine, de même que la loi monarchique ( parce que ceci est d'éternelle justice), veut que les jurés soient choisis ; elle veut qu'ils aient un certain âge ; elle veut qu'ils sachent lire et écrire ; elle veut qu'ils ne soient pas à l'état de domesticité, et, de plus, elle veut qu'il y ait faculté de récusation

départ et d'autre Mais le sort delà société tout

entière n'a-t-il pas autant de droits que le sort d'un

individu accusé?.... El la garde nationale n'esl-elle pas, en fait, un véritable jury en armes, qui a dans «s mains le sort de la société?

Dernière question :.... Est-ce à la seule garde nationale de Paris, et n'est-ce pas plutôt a la garde nationale de toute la France, que doit être confié le sort de la capitale de la France, le sort du gouvernement et des lois de la France, le sort de l'avenir de la France'.' El la garde nationale de la France entière, pour être véritablement nationale, ne doit-elle pas être organisée, d'ensemble, de manière à ce qu'un événement dans les nies de Paris ne change pas à tout instant les destinées de la France?

Questions immenses, dont la solution doit amener ou des déchirements cruels, ou le calme dans la liberté Questions que le législateur doit nécessairement

résoudre Questions aux pieds desquelles chacun

doit déposer à la fois, et l'abnégation de toutes prétentions personnelles, et le tribut de ses observations réfléchies et dévouées.

Il ne faut pas, sans doute, que d'être armé soit un privilège; ce n'est même pas un droit : c'est un devoir El c'est un devoir semblable à celui d'être

juré. .. . r , C'est-à-dire un devoir sérieux* qui ne peut être rempli dans l'intérêt général que par des hommes sérieux..... Ainsi, que l'homme à qui la société confie ses armes pour maintenir ses lois, de même que l'homme à qui la société confie son verdict pour l'exécution de la loi, soit un véritable citoyen, dont la moralité, dont la suffisante instruction, dont le domicile régulier, soient sérieusement constatés. (1)

Et comme c'est la puissante organisation qui seule peut résister aux efforts de la violence, il convient que les secours mutuels entre Paris et les départements reçoivent une organisation permanente Que

chaque département donc possède, en tout temps, sa garde mobile bien choisie, bien commandée, et toujours prête à remplir son devoir. Que les «chemins de fer soient pour ce faisébau national un Tien d'ensemble et d'unité. Et alors ce sera la France elle-même, la France entière, qui sera gardienne de son gouvernement, de ses lois et de ses véritables volontés. (2)

Et ceux qui, de bonne foi, veulent que la France

(l) La Constitution de 1848 dit, article 101 : que tout Français doit le service de la garde nationale, $aufUt exception* fixées par la loi.

(1) En disant ici garde nationale mobile, nous ne parlons pas de la garde mobile des jeunes gens de Paris en 1848 : formation de circonstance et qui a rendu de glorieux services, mais dont le privilège de solde et le régime particulier ne Doutaient être qu'une organisation momentanée.

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devienne une grande el libre nalion, ne sauraient vouloir une garde nationale faible, une réunion armée d'hommes faibles, une agglomération de toutes les faiblesses réunies, qui, acceptant tout, ne protège rien. Ils voudront, au contraire, une institution forte; ils voudront la réunion des hommes à la fois modérés ei convaincus, et de volonté ferme, qui, en protégeant avec vigueur l'ordre public, assureront par crin r4m une protection efficace à la liberté.

Après la défense de la sûreté intérieure, la garde nationale doit aussi son concours a la défense de la

sûreté extérieure Dans quelle mesure le doit-elle

et le peut-elle?.... Les opinions à cet égard sont partagées Plusieurs pensent que la garde natîooaJbS,

et même au besoin la levée en masse, peuvent être une vaste réserve de l'armée D'autres (et parmi ceuxci sont presque tous ceux qui ont fait la guerre) pensent que si l'armée est vaincue, la garde nationale ne

peut rien sauver La vérité, sur cette question,

paraît être : que de la garde nationale on peut faire sortir des forces considérables, mais dont l'aptitude ne saurait s'étendre au delà des parties secondaires et des services les moins périlleux de la guerre; car pour aller se heurter, face à face, en rase campagne, contre les armées organisées de notre époque, il faut indispensablemenl des troupes de ligne 11 ressort des

études faites à cet égard : qu'en faisant marcher les célibataires de vingt à trente-cinq ans propres au service, nous pouvons organiser trois cents bataillons d'infanterie C'est là une magnifique seconde réserve;

mais il conviendra de ne la point mettre en première ligne. Et il sera certainement plus utile d'en fortifier l'organisation que d'en grossir la quantité.

En résumé : la garde natiouale ordinaire, sédentaire, et pour ainsi dire municipale, telle qu'on la voit aujourd'hui, n'est point une force vive qui puisse produire des efforts tels que le pays a le droit d'en attendre d'une si grande institution.... Or pour que la pensée créatrice devienne une création ; pour que le service des citoyens armés devienne une réalité, et pour que la garde nationale devienne une force active qui réponde aux besoins actuels de la société , il faut, dans mon opinion, distinguer et organiser trois choses, qui ne sont point de même nature, |t dont chacune doit être formée spécialement en vue des effets qu'elle doit produire Définissons séparément ces trois choses, et

définissons premièrement ce qui, pour la défense au dehors, est intermédiaire entre la garde nationale et l'armée.

1° Pour avoir, contre les attaques du dehors, une seconde réserve, outre celle qui remplit les cadres de

l'année, les célibataires de vingt à trente-cinq ans formeraient trois cents bataillons, ilont les hommes seraient libres chez eux, mais connus, désignés, inscrits, et seraient unis entre eux, dans chaque département, par un noyau élémentaire d'organisation. Dans ces trois cents bataillons, se trouveraient, d'après les documents recueillis, environ 120,000 hommes ayant servi sous les drapeaux, ce qui leur donnerait une grande consistance militaire. Ces bataillons, en cas de guerre, rendraient libre la totalité de l'armée de ligne : en gardant les places fortes; en accompagnant les convois ; en occupant les camps fortifiés ; en agissant avec les troupes sur les flancs et sur les communications de l'ennemi. 0)

2° Les corps ipèciaux... Ainsi, dans les places fortifiées, dans les ports et sur les côtes , des compagnies d'artillerie, composées d'hommes robustes, adroits et intelligents Ainsi, dans les villes riches, des esea-

(1) Uns institution, bien moins coûteuse que les réunions nombreuses et peuWtre plus {(coude en véritable force, pourrait Blreeelle-ci. Ayej dîna chaque commune un fiuil-earabint déposa b l'Holel>de-Villc; plusieurs dans les fûiutsiines plus grondes, el donnei un prix communal sut jeunes gens qui seront las meilleurs tireurs de la commune ; puis un prit départemental, entre les meilleurs tireurs des communes Vous fonder» ainsi, s peu de frai», el sans prodigner II distribution des armes, une instruction, t \ on |>oorrail dire une institution, qui, vu l'adresse el l'ardeur naturelle de nos jeunes gens, préparera pour la guerre un nombre immense d'hommes plus redoutables à l'ennemi que s'ils avaient fait tête 1 droite et léle à gauche dotant uo 'apnral qui les aurait ilispendieiisetnenl ennuyés

drons de cavalerie, composés d'hommes choisis possédant des chevaux de selle Ainsi, dans toutes les

communes, une section, ou une compagnie, ou un bataillon de pompiers choisis parmi les hommes de profession*.. Le service de ces corps spéciaux serait dévolu, non point selon les caprices, et encore moins selon les vues des partis, mais selon les aptitudes, par la désignation du conseil municipal.

3° Une organisation permanente, qui réponde à la pensée, ou plutôt au besoin qui s'est manifesté, lorsque, pendant la crise de juin 1848, on a vu accourir au secours de la capitale tant de gardes nationaux des départements Ceci n'est rien moins que la question de l'ordre intérieur, que la question de la garantie à donner à la propriété, à la famille, aux lois, à la société tout entière, non plus par la garde nationale d'une seule ville, mais par une garde véritablement

nationale, qui soit celle de la France elle-même Il

n'est pas nécessaire de prouver la nécessité actuelle d'une telle organisation : mais il est nécessaire d'étudier la manière de la bien constituer.

Soient donc, pour étudier cette importante question, les bases que voici, et que nous ne présentons nullement comme la rédaction d'un projet, mais seulement comme un avant-projet et un thème offert

900 (HAP1TRK XXX.

à la discussion, . . : La libre acceptation d'un service qui comporterait un certain nombre de compagnies dans chaque département . . L'engagement pris par chacun de s'habiller, d'assister ans exercices et de marcher

au premier ordre Un uniforme, le même partout;

et pour arme le nouveau fusil-carabine Tout carabinier soumis .'i quelques exercices et quelques réunions, pour que le corps soit toujours prêt, et soil suffisamment exercé... Et, afin qu'aucune faction, qu'aucun système, qu'aucune ambition, ne viennent envahir une institution qui, au contraire, doit combattre les factions, les systèmes elles ambitions, nul ne serait admis aux carabiniers qu'avec l'adhésion du conseil général du département : conseil qui est le choix de tous, le représentant de tons et le défenseur naturel de l'intérêt général.

Ici, on fera sans doute celle objection : qu'une telle milice pourrait, si elle était plus généralement tirée des classes qui ont de l'aisance, devenir l'appui de systèmes et d'intérêts qui ne seraient pas ceux de la population

tout entière La réponse à celte objection, c'est

que les conseils généraux , qui sont des organes impartiaux choisis par la population elle-même, ne feront pas des choix de classes et d'intérêts spéciaux, mais que dans toules tes classes ils feront leurs choix d'après la bonne conduite, l'honnételé et la moralité :

LA GARDE NATIONALE. 9Qt

c'est-à-dire des choix qui garantiront à la fois la liberté, Tordre public, les lois du pays, et cette stabilité générale, qui est aussi nécessaire, plus nécessaire peutêtre, au pauvre qu'au riche, et qui est la base indispensable de toute société.

Quand chaque département aura ainsi son bataillon de carabiniers, composé d'un nombre de compagnies proportionné à la population, la France possédera une force active de trois cent mille citoyens, fortement établie, et toujours prête à venir éteindre, sur quelque point du sol que ce soit, tout incendie que les factions tenteraient d'y allumer.

Et, quand ce sera drôdehors que viendra le péril, la portion la plus active alors, la plus jeune et la plus hardie de ces trois cent mille hommes, sortira des rangs pour se former en compagnies expéditionnaires : et voilà, outre les trois cents bataillons de la seconde

réserve, quatre-vingt à cent mille tirailleurs d'élite pour harceler l'ennemi partout; pour donner de la force aux réunions des camps fortifiés, et pour devenir la portion la plus redoutable de cette réserve de trois cents bataillons , qu'on a raison de vouloir établir entre le service de la garde nationale et le service de l'armée.

arc CHAMTHt; xxx.

Au moyeu de cet ensemble de dispositions, amélioré par la discussion et par ie temps, la garde nationale cessera de n'être qu'une institution faible et seulement communale, et la France possédera une organisation solide el stable à opposer soit aux désordres de l'intérieur, soitaux attaques du debors.

Une telle garde nationale sera-t-elle, comme le disait Napoléon, bâtie à chaux et à sable? Oui, si le

sable y trouve assez de chaux.

Et si l'on me demande ce que j'appelle ici la chaux, je répondrai : c'est une éducation générale plus solide que celle d'aujourd'hui ; c'est la religion sans superstition; c'est la philosophie sans matérialisme; c'est la valeur politique , intellectuelle et surtout morale de

tous les éléments dont se compose la société Sans

un tel ciment, une société n'est que sable, el elle s'écroulera toujours au plus léger choc, quelle que soit sa constitution écrite, quelle que soit sa garde nationale et quelle que soit son armée.

l'administration militaire.

Si le gouvernement de la France n'était pas depuis longtemps dominé, paralysé, et pour ainsi dire anéanti par les plumes des journalistes, il le serait par les plumes de sa propre administration. L'immensité des écritures administratives, en effet, est telle aujourd'hui, qu'il faut ou que l'administration renonce à être obéie, ou qu'elle devienne une mfrtelle entrave à la vie même de la société. Voyez comme les Anglais sourient quand ils se racontent cette usine française qui fut entièrement construite, puis qui fut incendiée par accident, puis reconstruite et incendiée de nouveau, avant d'avoir pu remplir les formalités exigées pour obtenir la permission officielle de s'établir.

Et ce qui réjouit surtout les Anglais, c'est que l'administration de notre marine est celle où le luxe des

écritures est élevé à son plus haut degré..... Dans ce service, en effet, qui cependant est militaire et qui souvent demande ta plus active célérité, veut-on réparer un simple outil de trente sols, il faut satisfaire

a quarante-six formalités successives Veut -on

armer ou faire partir le moindre bâtiment, il faut se livrer à des écritures dont les formes réglementaires sont tracées par plus de mille huit cents modèles différents Tellement que le nombre des

ingénieurs qui construisent, réuni à celui des officiers qui commandent, étant de 1623, le nombre des personnes qui administrent et qui écrivent est de 2316...

El si on demande combien peut coûter à l'Etat cette élaboration sur le papier, l'administration est obligée de répondre que, pour le seul ministère de la marine, elle coûte chaque année plus de cinq millions. '"

Si encore il y avait par ce moyen un contrôle assuré ! Mais non, et il a été démontré que le vaste système récemment adopté pour les écritures ne fait pas obtenir la garantie désirée. t*î

(I) Ces faits ont elé établi* au rapport présente' le 1* air Wce ii.itmu.ili' par son comité <la la mariai'. (S) Voir, entre autres documents, l'ouvrage publie par H ir la comptabilité de la manne.

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