CANON QUI EST A FAIRE
Il est plus facile d'expliquer maintenant la grande justesse et la grande portée du fusil-carabinQJgju'il n'a été facile de luiidonner ces facultés. Mais une telle explication n'est point oiseuse : car elle est le meilleur chemin, le seul chemin peutêtre, qui puisse conduire à perfectionner le canon comme on a perfectionné le fusil. Examinons donc les principaux éléments qui ont concouru à la très-grande amélioration du fusil; cherchons quelle a été la part de chacun de ces éléments dans le succès obtenu; et ce travail sera le commencement de celui qui pourra conduire aux mômes résultats pour les bouches à feu de l'artillerie.
Les carabines rayées avaient une ancienne réputation de justesse et de portée; depuis la paix, on a fait en Fraim, sur cette arme, des expériences très-suivies ; on a reconnu que, si les rayures donnaient la justesse elles n'augmentaient pas, et, au contraire, diminuaient la portée. On a cherché alors quels devaient être, pour les rayures, le nombre, la courbure et la forme. On a cherché quelle était, pour l'arme rayée, la cartouche la plus convenable. On a fait sur
Migné,Tuuvenin, travaillèrent à des expériences qui furent parfaitement faiteg; ils combinèrent entre eux les divers éléments de la question; ils y introduisirent des éléments u veaux, et ils conduisirent avec persévérance leur travail. M. le duc de Montpcnsier , qui commandait à Vince n nés, y donna sa collaboration aussi éclairée que bienveillante ; et son appui écarta les lenteurs et les obstacles dont la naissance de tout perfectionnement est ordinairement entravée.
Parmi les nouveaux éléments introduits furent les crans circulaires que M. Tamisier fit creuser à l'arrière du cylindre de la balle. Ces crans opposent à la résistance de l'air dessurfaces perpendiculairesàta direction de la trajectoire: ce qui, par une résistance éventuelle de l'air convenablement disposée, fait rentrer la balle dans la direction voulue, toutes les fois que, par une cause quelconque, elle tend a s'en écarter. Ils sont la hampe du javelot, les pennes de la tlèehe, la queue de la fusée.
Enfin, qu'il me soit permis de le dire : il s'est fait ici une large application du principe qui a fait réussir, en 1823, mon canon a bombes : principe qui consiste à produire la quantité d'action voulue et à vaincre la résistance de l'air par l'accroissement de la masse et par la diminution de la vitesse (voir note H). Ainsi, l'ancienne balle ne pesait que 25 ii 20 grammes, et la nouvelle en pèse -18; la charge do poudre de l'ancienne balle était de 9 grammes et la charge de la nouvelle n'est que de k 1/2 : c'est à-dire que, semblament ii ce qui se fait pour mes canons, le projectflf pta presque le double, et que la charge de poudre est réduite a moitié.
Tels ont été les principaux éléments du sfùccès obtenu. Et de plus, on a trouvé que le fusil existant peut être transformé en fusil-carabine : ce qui est un fait considérable pour l'introduction pratique de ce progrès.
Et consignons ici une observation qui peut ajouter encore à ce qui a été obtenu : c'est que, lorsqu'on met en joue, il vaut beaucoup mieux amener l'arme de bas en haut que de haut en bas. Le tir en est plus juste de beaucoup. La cause en est facile à saisir.* L'expérience en a été faite en Belgique, elle en a été faite en Angleterre, et les Anglais ont fait récemment une application en grand de ce
procédé dans leur guerre de l'Inde.
Il y aura sans doute quelques difficultés de détail et quelques objections plus ou moins fondées contre l'adoption générale de cette arme nouvelle. Mais, que sont les détails dans une question qui change la guerre, et qui la change, ainsi que nous l'avons fait voir au chapitre IX, dans le sens de la supériorité de la France, dans le sens de la défense contre l'attaque, et dans le sens de la paix, qui est le premier intérêt de l'humanité. '(0
(l) Il est bon d'indiquer les objections, afin d'en faire voir le néant, les voici: On dira, et cela est vrai, qu'il est gênant à la guerre de traîner deux espèces
de cartouches d'infanterie, la cartouche ordinaire et la nouvelle Eh bien,
n'ayons que la nouvelle. On dira, et cela est vrai, que pendant la durée de la transition, il faudra les deui cartouches... Eh bien, on les aura; on lésa maintenant, et on a des cartouches différentes en bien plus grand nombre pour les munitions de l'artillerie. L'ancienne cartouche, d'ailleurs, peut se tirer, et même avec avantage, dans le fusil nouveau. On dira que la nouvelle balle est plus lourde que l'ancienne et que déjà les caissons sont trop lourds... Eh bien, on traînera un moins grand nombre de caissons : cent coups qui portent
Les Tails étant ainsi potes, en ce qui concerne le fusil, voyons maintenant ce qui est fait et ce qui est à faire, en ce qui concerne les bouches a feu de l'artillerie : afin que 1 artillerie ne demeure pas impuissante et stationnaire tlerrière le progrès, position a laquelle, certainement) elle ne voudra pas se résigner.
Plusieurs des éléments que nous venons d'énumerer peuvent être communs aux canons et au simple fusil, tels que la rayure de l'arme, la forme du projectile, la grande masso substituée à la grande vitesse, etc. Mais le projectile en fonte ne peut entrer dans les rayures que par des appendices ou tenons fragiles.... Mais lo forcement ne pculs'opérersur un projectile en fonte comme sur un projectile en plomb.... Mais le frottement dans les rayures, étant produit par une masse 200 et 300 fois plus lourde qu'une balle (le fusil , peut tout détruire.... Mais, etc., etc. Usera donc indispensable de suppléer, par quelques procédés équivalents, ace qui ne peut être entièrement imité ; et ici. s'ouvre un vaste champ qui est hérissé d'obstacles.
Je ne sais que très-imparfaitement eu qu on a tente à cet égard dans les diverses parLics de l'Europe, mais voici quelques dates et quelques Tails qui sont relatifs à celle question :
IiidI |iiasd>lfrliiUF mille coups <|ui ueporlenl pus Rului, un diro qu'un n. pi ul faire abandon dts rait'iiu» d* mille fusils qui nislcnl dans nos magasin*. .. Eli liito, on ne l«s abandonner* pas, on 1rs Iranslormera, puisque 11 simplifia du uouteau syslrme égalant sn puissance, il peul, niojennoiii une iDfdiurr* Mpant, s'adaplcr aul fusils nulaots.
Depuis longtemps (en 1742), Robins avait fait voir combien ce serait un grand avantage d'avoir des pièces d'artillerie rayées en hélice comme les carabines : cette amélioration, disait-il, serait toute une grande révolution dans les usages de la guerre.
Quand, en 1844, le succès du fusil-carabine fut assuré, je fus engagé à chercher pour les bouches à feu de l'artillerie, une semblable solution, j'y avais travaillé: le 30 juillet, je déposai un premier mémoire, et le 27 décembre, un second sur les essais à tenter.
En 1845, il fut fait,à Vincennes, d'après quelques autres propositions, et d'après les miennes, des expériences sur des boulets de 6 de formes diverses : des inconvénients se manifestèrent, et Ton n'obtint ni justesse ni portée.
La même année, la marine m'accorda une expérience par laquelle je recherchais un certain résultat : ce résultat ne fut pas obtenu.
Vers cette époque, et je crois même que ce fut auparavant, on s'occupait en Suède, sur les plans d'un officier piémontais, M. Cavalli, d'expériences où l'on obtint des portées de 1/7 et même de 1/3 plus grandes que les portées ordinaires.
La marine fit aussi, pour M. Delvigne ( à qui le fusilcarabine doit l'un de ses principaux éléments de succès), quelques expériences. Les marins ne pensent pas que des résultats satisfaisants aient été obtenus.
Le comité d'artillerie, de son côté, fit des expériences sur un canon de 30, en fonte ; l'exécution des hélices fut parfaite , mais les résultats balistiques ne furent pas obtenus par ces expériences.
On a vu, à l'exposition de l'industrie de cette année, deux nouveaux essais de M. Delvigne. Ces essais (dans les-
quels se trouve l'application d'une idée ingénieuse ) ont été faits l'un au moyen Je projectiles en plomb, ce qui ne résout pas la question générale des pièces d'artillerie; l'autre sur des projectiles en fonte de fer, armés d'appendices mobiles, et jusqu'à présent ces appendices mobiles ont échoué: il y en avait eu de diverses sortes aux expériences de Vincennes, citées ci-dessus.
Les journaux, et probablement des mémoires particuliers, ont aussi offert divers procédés, plus ou moin» dignes d'attention.
Enfin, la question est sur le métier, mais la solution, et les moyens raisonnables d'arriver à une solution, ne parais sent pas avoir encore été trouvés.
Cette solution doit cependant pouvoir arriver; et il faut bien qu'elle soit possible, puisqu'un Suède, elle a été par tietlemeBt obtenue.
Elle est possible : on le voit, quand on examine les faits avec une sérieuse attention. Elle est possible si, au Heu do présenter un système comme une solution, on se borne, ce qui est cent fois mieux, à chercher pour le canon comme on a cherché pour le fusil. Mais il faut chercher logiquement, simplement et avec persévérance. Elle est possible , je crois en être certain, si on sait échapper, par quelques procédés pratiques, bien simples en euxmêmes, a quelques difficultés que présente le canou.et que ne présentait pas le fusil.
Et non-seulement cette Malien est possible, mais elle est indispensable : si on ne veut pas que l'artillerie abdique
en présence des tirailleurs de l'infanterie; et si on veut qu'au lieu de demeurer en arrière, l'artillerie s'avance par un très-grand progrès, qui lui donnerait d'une part des bouches à feu beaucoup plus légères dans les manœuvres ; et d'une autre part des bouches à feu beaucoup plus puissantes par leur justesse et par leur portée.
Ici, comme partout, il faudra, pour arriver à un utile et honorable succès, l'action simultanée de trois grandes choses : le savoir, le vouloir et le pouvoir.
SUR LA SIMPLIFICATION DES CALIBRES DE l' ARTILLERIE.
La complication des calibres, dans l'origine de l'art, était infinie ; or, la complication cause des dépenses, et elle cause des embarras qui souvent ont de la gravité. Nos principaux réformateurs réglementèrent, à diverses époques, en simplifiant; cependant, malgré les simplifications successives qui ont eu lieu, nous avons encore aujourd'hui, en fait y les quatorze calibres suivants :
1° Calibre de 4. C'est celui de l'ancien canon de bataille,
qui n'est plus réglementaire, mais qui fait encore partie du matériel ;
2° Calibre de 6. Qui est dans le même cas que le précédent ;
3° Calibre de 8. C'est celui du principal canon de campagne, et d'un certain nombre de gros canons encore employés dans les places \
4° Calibre de 12. C'est celui du canon de réserve de campagne, d'un des canons de sièges et places, et de l'obusier de montagne ;
5° Calibre de 16. Canon de sièges et places;
6° Calibre de 18. Ce calibre est celui d'un certain nombre
de canons encore employés sur les côtes;
7° Calibre de 24. Du principal canon de sièges et places 3 de
l'obusier de campagne de m ,15> et du ., plus petit des mortiers ;
8° Calibre de 30. Du canon commun aux services de terre
et de mer, pour la défense des côtes ;
9° Calibre de 32. Calibre d'un ancien canon, qui est celui de
l'obusier ancien de 6 pouces, et de lobusier nouveau de O^lôW-,
10° Calibre de 36. Un certain nombre de canons de ce calibre sont encore employés sur les côtes;
11° Calibre de 48. Même observation que pour le 36;
12° Calibre de 80. C'est celui de l'obusier de siège de O*^,
du mortier de O*^, et du Nouveau canon- obusier de côte et de marine
de 0"S22 ; 13° Calibre de 150. C'est celui de l'ancien mortier de 10
pouces, du mortier actuel de m ,27,
et de l'un des canons à bombes de la
marine; 14° Calibre de 250. C'est celui du mortier de m ,32.
Et ce n'est pas seulement en théorie, et sur le papier,
(1) 11 est à remarquer ici que l'obusier de 0",16 et le canon de 30, ont été faits à la même époque, et qu'il eût été très-raisonnable d'admettre pour les deui bouches à feu, soit le calibre de 32, soit le calibre de so. La différence de 52 à 30 n'était pas suffisante pour motirer cette complication. On dira que l'un est un canon et l'autre un obusier : mais ce canon de 30 tire des obus et surtout des obus. On dira que l'un est de terre, l'autre de mer : mais les deux senrices doifent s'aider dans les ports, sur les côtes, aui colonies, et partout. On dira qu'on n'a pas été averti : mais je suis personnellement certain qu'on l'a été.