‹ Constitution militaire de la France: étude sur les modifications à apporter au système de nosChapitre 50 sur 66 · BOMBARDEMENTS · texte numérisé non relu

BOMBARDEMENTS

Les deux tiers de ses projectiles étaient tombés dans un cercle de 200 métrés de diamètre.

Si on voulait des expériences de guerre, outre celles qui sont citées ci-dessus, je pourrais citer les effets qui ont été produits par les bâtiments à vapeur anglais, soit à Sain t- Jean-d'Acre, soit à la Chine. Et ces faits, aujourd'hui mieux connus, ne pourraient plus être contestés, comme ils l'ont été à l'époque où ils étaient plus récents.

Or, ce qui se fera sur mer pourra se faire aussi sur terre, en réservant les très-gros mortiers pour les trèsgrands effets d'écrasement qu'on peut avoir besoin d'opérer; et en se servant des canons-obusiers pour cumoter tous les services que peuvent rendre, chacun à paét, les canons, les obusiers et les mortiers.

Ce n'est nullement par dédain pour la puissance des mortiers que je propose de les remplacer, dans un grand nombre de cas, par les canons à bombes. Je pense, au contraire, qu'on peut, dans certains cas, obtenir, au moyen du mortier, des effets énormes. Et c'est ce que je ferai voir à la note suivante.

On a donné à ce mortier un nom connu, mortier" monstre $ mais le mortier lui-même est inconnu : voici ce

que c'est : lorsqu'en 1830, la Belgique se sépara de la

Hollande et se mit en défense, j'y fus appelé pour l'armement de l'Escaut en canons de 80 et de 150 M'y trouvant, je reconnus, avec le général Busen, la citadelle d'Anvers, défendue par les Hollandais ; nous vîmes qu'elle serait difficile h prendre; qu'elle était partout mise à Tépreuve de la bombe; que son fossé, très-large et où manœuvre la marée, serait très-difficultueux, etc.

Alors je proposai à S. M. le roi Léopold d'en finir moins difficilement, au moyen d'un mortier dont la bombe pèserait mille livres, contiendrait cent livres de poudre, et produirait, physiquement et moralement, des effets contre lesquels nulle défense ne saurait résister.

Il n'est pas plus hors du droit des gens de prendre une ville en trois heures qu'en trois semaines; il n'est pas plus inhumain de lancer une bombe de mille livres, que de

lancer dix bombes de cent livres. Et même, il était alors d'une grande sagesse d'éviter un long siège, qui, à cette époque, pouvait allumer la guerre en Europe.

Le mortier fut donc accepté par la Belgique ; il fut coulé à Liège, et fut placé, par les Belges, dans un des ouvrages de la ville d'Anvers, et il se trouva ainsi installé à mille mètres de la citadelle des Hollandais.

Notre armée alors arriva Son siège n'était pas fait,

mais son plan était rédigé. Et comment d'ailleurs accepter cet inconnu ? On le refusa; même on le nomma monstre : ce qui a fait une combinaison de mots maintenant admise. Et lorsque tout fut terminé, les bulletins français gardèrent sur son compte le plus profond silence.

Mais les bulletins officiels sont connus : ils se permettent quelquefois des omissions. Or, voici comment l'omission qui

fut alors commise peut et doit être réparée Le siège se

fit par les procédés ordinaires, et chacun y fit son devoir (sauf cependant les canons en bronze, qui ne manquèrent pas d'y déployer les défauts dont nous avons parlé à la note F). Mais, quand on eut couronné le chemin couvert, et qu'on y eut mis en action la batterie de brèche, on se trouva séparé de la brèche par ce large fossé dont j'ai parlé plus haut; les feux courbes des Hollandais se faisaient vivement sentir ; on faisait des pertes j on était arrivé à la fin de décembre, saison très-fâcheuse pour ce qui restait à faire ; et, enfin, dans cette situation, on demanda l'intervention du gros mortier.

Il n'attendait que la permission d'agir : il tira de suite

neuf bombes; l'une de ces bombes éclata en l'air, ce qui arrive â toutes les bombes, mais les huit autres tombèrent sur la citadelle.

Or, voici textuellement les notes qu'écrivirent alors, a leurs chefs, les officiers supérieurs hollandais, qui commandaient l'artillerie et le génie:.... a Aujourd'hui « (21 décembre ), l' ennemi a porté sa brutalité au plu* haut « degré, en se servant du mortier-géant annoncé depuis si « longtemps. Une de ses bombes est tombée devant le magasin a à poudre, et a fait un trou assez grand pour y enterrer « deux chevaux. Je me suis fait apporter un fragment de « cette bombe, que le lieutenant Grund avait conservé à - cause de son éiwrmité : elle doit peser plusieurs quintaux. ■ Il est donc démontré qu'on a commencé aujourd'hui à nous ii envoyer de ces terribles bombes, dont te» journaux ont « parlé depuis si longtemps. Le major commandant le génie a est d'opinion que si une pareille bombe tombe sur le maga- « lin à poudre, elle en écrasera la voûte; je crois aussi « qu'aucune voûte de poternes n'y pourrait résister. Ayez « la bonté de rendre compte de tout ceci â S. Ex. le général : " la chose est importante. Puisse notre magasin être cun- « semé. ■> (i)

Que faire dans une citadelle, quand il y tombe des airs de véritables mines, qui peuvent â chaque instant tout

(l) Ce doeum'nl est tiré des papiers dfl M, le clicf d'elil-niijar liolliudiu, qui mourut de ses blessures i Amers. La Induction m'en a été connu unique», quelque temps après te siège, pur M, le général de Buien, ministre de U guerre de Belgique et lide-de-omji du roi

réduire en décombres?.... Les Hollandais se rendirent donc le 23 décembre, quoique cette brave garnison eût ordre de tenir jusqu'atf l ,r janvier. Et. grâce au mortier, nos pertes cessèrent, et le siège fut à l'instant terminé. Seulement ce fut par la porte, et non par une sanglante brèche, que les vainqueurs firent leur entrée ; mais il n'y a qu'eux seuls qui puissent en éprouver du regret.

Je n'examine pas s'il n'eût pas mieux valu tirer tout d'abord ces neuf bombes extraordinaires, que de commencer par tirer 25,203 boulets ordinaires, 13,369 obus ordinaires, et 15,819 bombes ordinaires? de commencer par où l'on a fini? et de faire un siège de trois jours sans pertes? au lieu d'un siège meurtrier de trois semaines? et je range simplement ce fait au nombre des faits accomplis.

Mais de ce fait accompli, n'y a-t-il aucune conséquence à tirer..,? Il y en a, [puisqu'après le siège de la citadelle d'Anvers, les Belges avaient préparé le mortier, pour aller prendre Lillo et Lifkensoeck, si la guerre avait duré... Il y en a, puisqu'ensuite l'artillerie belge, de concert avec moi, a rectifié ce qu'il y avait d'imparfait dans ce premier jet, et qu'elle en a fait fondre un autre qui, dans l'occasion, ferait mieux encore que n'a fait le premier Il y en a , puisqu'on 1843, les Anglais ont fait fondre un mortier pareil, et qu'ils l'ont mis en expérience à Wolwick, pour l'envoyer, dit-on, au pacha d'Egypte.

On dit que ce mortier a crevé Il a crevé, oui, mais

à des épreuves, longtemps après le siège, et ce fut à une expérience à grandes charges, où une bombe, fondue

précipitamment, se trouvait ovoïde, au lieu d'élrc sphè rique, et s'est prise en travers. Mais ( indépendamnn de ce qu'il s't<-t ouvert sans causer nul accident ) cei accident ne prouve absolument rien ; car, dans le service, les bombes no seront pas ovoïdes, et les charges ne seronl pas outrées.

Ce qui résulte de ces expériences de Brescaet -. c'est qu'on peut aujourd'hui envoyer à 1,000 mètres, avec la simple charge de 6 kilogrammes de poudre, ot à 1810 mètres, avec la charge de 13 kilogrammes, une bombe du poids de mille livres, qui contient cent livres de poudre : «(Têt balistique plus puissant que tous ceux jusqu'à présent obtenus; effet devant lequel aucun magasin à poudre, aucune casemate, aucun abri ne pourra résister.

A quoi pourra servir une telle bouche à feu?.... Le voici Lorsqu'une guerre sérieuse nous attaquera: quelques-uns de ces mortiers iront, par terre ou pur eau, devant la citadelle du Collent/., devant la citadelle do Mayence, ou devant toute autre. Or, quand une citadelle est tombée, la place tombe.

Et ce n'est point un résultat de peu d'importance que de prendre, sans siège, sans perle de temps et sans perle d'hommes, les plus grands d'entre les grands dépots militaires qui nous sont opposés.

Cette bouche k Tcu dit-on, est lourde Oui, sans

doute, elle est lourde, et c'est parce qu'elle est lourde

qu'elle est paissante Mais elle a marché de Liège à

Anvers, elle a marché d'Anvers h, Brescaet, elle a marché

de Brescaet à Anvers Donc elle marche Et quand

elle marcher^ tous les moyens de défense actuels seront en un instant domptés.

SUR L ARTILLERIE DE l' ATTAQUE ET DE LA DÉFENSE

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