ARMES A VAPEUR
sont arrivés au glacis; je pense qu'alors, en plaçant des appareils très-simples sous des abris voûtés bien situés, on peut, au moyen de la vapeur ou de l'air comprimé, organiser des moyens défensifs d'une continuité d'action trèsefficace et d'un effet dont il serait difficile à l'assiégeant de triompher.
SUR LA QUANTITÉ DU MATÉRIEL d'aRTILLERIE NÉCESSAIRE A LA FRANCE.
Cette note fut rédigée à la fin de 1835 ; mais la publication en est opportune aujourd'hui, puisque la plupart des questions qui y sont traitées sont encore à résoudre ; et d'ailleurs j'ai indiqué par quelques renvois ce qu'il est utile d'ajouter pour l'époque actuelle. Cette publication n'a rien de contraire h la discrétion que doit avoir un ancien fonctionnaire de l'État, puisque les faits cités font partie de documents imprimés que le gouvernement distribue aux chambres. Ce travail a été remis, le 1 er novembre 1835, à M. le ministre de la guerre d'alors. Les principes qu'il contient, je les ai soutenus toujours et partout. Et des principes qui conduisent à de grandes économies ne sont pas moins opportuns maintenant qu'alors.
§ 1 er . — Exposé de la question.
Un dissentiment assez grave existe entre le gouvernement et les chambres au sujet des dépenses du matériel de !a guerre, en voici la cause :
Une commission, assemblée par M. le maréchal Saint-Cyr pour examiner ce qu'exigeait, par suite des traités de 181 fret de 1815, la défense du territoire, demanda, après un long travail, 409 millions pour les fortifications et les casernes, demande qui fut réduite par le comité du génie à 397 millions, et cette dernière somme fut, en 1829, annoncée aux chambres.
Outre le matériel des fortifications, il faut encore celui de l'artillerie, et des commissions proposèrent différents chiffres pour cet objet.
C'est d'après ces précédents que, le 18 et le 20 novembre 1833, M. le maréchal Soult présenta au Roi deux rapports, qui ensuite furent communiqués aux chambres, et où il est établi : que, pour le matériel du génie, il faut 341,842,000 fr., et qu'il faut 153,985,110 fr. pour le matériel de l'artillerie.
Cette demande de 500 millions, arrivant après les budgets de 1831, 1832 et 1833, qui avaient donné 154 millions pour le matériel des fortifications et de l'artillerie, souleva des discussions qui, chaque année, se renouvellent et sur lesquelles rien encore n'a été statué.
C'est cette question que je viens examiner, en me renfermant dans ce qui est relatif au service auquel j'appartiens, celui de l'artillerie.
Sur ce service, le rapport précité dit, page 15 : « Pour a parvenir à compléter, en dix ans, le matériel de l'arlil- « lerie, il faudrait que, pendant tout cet espace de temps, a le budget de ce service fût porté à 18,300,000 fr. » Or, depuis 1833, époque de cette demande, la chambre, loin d'accorder 18,300,000 fr., n'a donné (terme moyen des budgets de 1834, 1835 et 1826) que 8,293,000 fr. Pour 1837, on a accordé 5,915,550 fr.; pour 1838, il est de-
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mandé 6,025,550 tr. etc.: ce qui est loin des 18,300,000 fr. que le ministre dit être nécessaires.
Est-ce le ministère qui, d'après les hommes spéciaux et les considérations purement militaires, a demandé au delà des besoins véritables? Est-ce, au contraire, ta chambre qui, préoccupée des difficultés financières, compromet la défense de l'Etat ? Et en lin , quelle doit être la base numérique d'un budget convenable pour le matérielle l'artillerie? Telle est la question.
Cette question, dont chaque année la commission du budget demande avec instance la solution, ne laisse pas que d'avoir des complications difficiles; je suis donc loin d'avoir la prétention de la résoudre; mais ce sera peut-être avoir fait une chose utile que d'y èlre entré sérieusement afin de la bien poser.
§ 2. — Quels ont été les accroissements de l'artillerie.
Le nombre de nos bouches à feu, qui était à la mort de Louis XIV de 7,192, et sous Louis XVI de 10,007, s'éleva eous ISapoléon, en 1813, a 27,976. Les traités de 1814 et et 1815 nous firent éprouver des pertes considérables. Cependant, en 1816, nous avions encore 14,^50 bouches à feu, c'est-à-dire beaucoup plus qu'avant la révolution: mais une partie étaient hors de service. II ne restait en magasin que 219,000 fusils; peu de poudre; et parmi les affûts, voitures, etc., il y avait un grand nombre d'objets en mauvais état ou dépareillés. '■ ' :
La Restauration, après la suppression d'un certain nombre de bouches à feu hors de service, légua à la révolution de juillet (situation au l' r janvier 1831 ) : 11 ,159 bouches à feu; &86,216 fusils (en magasin, outre ceux des troupes et de la garde nationale) ; 9,397,300 kilog. de poudre, etc.
Enfin, au 1 er janvier 1835, nous avions : 13,900 bouches à feu-, 1,263,572 fusils (en magasin, sans compter ceux des troupes et de la garde nationale); 10,700,000 kilog. de poudre, et les autres objets, affûts, voitures, etc., particulièrement les équipages de campagne, viennent d'être refaits à neuf. La valeur de ces effets d'artillerie (sans compter les immeubles) serait, d'après les documents officiels, de 220 millions. (D
§ 3. — Dépenses faites annuellement pour le matériel de
l'artillerie.
Pendant nos guerres, le matériel a été pris, en partie, dans les places et pays étrangers. Voici ce que le trésor a payé pour les dernières années de cette époque ( on n'a porté ici que ce qui entre maintenant à ce chapitre spécial du budget ) :
1810. — 17,682,000 fr. \
1811. — 18,503,000 / Année moyenne,
1812. — 21,479,000 ( 24,118,000 fr.
65,000,000 kilogrammes de projectiles; 4,700,000 kilogrammes de poudre; 87,000 fusils en magasins, et une foule d'autres objets : le tootjéfalué à 130 millions. Le traité de 1815, fit perdre, avec plusieurs places, 2,440 bouches à feu; 4,650 affûts, caissons ou autres voitures; 1,266,000 projectiles (en nombre); 1,356,000 kilogrammes de poudre; 190,000 fusils en magasins, et beaucoup d'autres objets : le tout évalué à 53 millions.
(l) Le nombre des bouches à feu existant en janvier 1849 , est de 16,495, dont 5,159 de campagne. Les autres objets m flODt accrus en proportion.
Sous la Restauration, quand le service fut régularisé, c'est-à-dire après les premiers moments, et après l'expédition d'Espagne, ce budget fut :
1824. — 8,661,000 fr.
1826. — 8,000,000 ! Année moyenne,
1827. — 7,868,000 ( 8,132,000 fr.
Après la révolution de 1830, il y eut d'abord trois budgets préparant les moyens de soutenir la guerre, les voici :
1831. — 52,200,000 fr. 1 A x
1833. - 22,164,000 ) «*4,875 t 00O fr.
Puis ensuite les trois derniers, vivant en partie sur ce que les précédents avaient donnés, furent :
1834. — 9,437,000 fr. 1 A .
itm A mono Année moyenne,
1835. — 8,AU,UW > 8,298,000 fr.
Ainsi, la dépense du matériel d'artillerie, annuellement, terme moyen et en nombres ronds, peut s'exprimer par trois chiffres :
1° 24 millions pendant les dernières années de la guerre de l'empire, mais alors les places et pays étrangers fournissaient beaucoup.
2° 35 millions depuis la révolution de juillet, pendant les trois années de préparatifs de guerre.
3* 8 millions pendant les six dernières années de la Res-
tauration, comme pendant les trois dernières années de la révolution de 1830. (i) f
§ 4. — Combien faut-il de bouches à feu pour nos équipages
de campagne?
Pour trouver ce chiffre, la méthode la plus naturelle serait de voir ce qu'auront nos adversaires. Mais la Prusse, l'Autriche, la Russie ont un matériel de campagne si nombreux, que, sous ce rapport, il est impossible de prétendre à aucune égalité contre une grande coalition : le prix des choses, en France, et surtout des chevaux, s'y oppose; c'est par la supériorité du matériel, et surtout du personne), qu'il faudra, autant que possible, faire effort pour équilibrer. Prenons donc pour bases les faits positifs et les évaluations reconnues praticables depuis un certain nombre d'années.
En 1792, quand la guerre éclata, le système était d'avoir deux pièces à chaque bataillon, et une masse d'artillerie de ligne en nombre égal : ce qui était à peu près trois pièces pour mille hommes.
On changea successivement les organisations, les calibres, etc.; et l'empereur (qui modifia plusieurs fois aussi) voulait, en 1811, au plus haut de sa puissance, qu'il y eût, pour une armée de trente- trois 4 divisions d'infanterie, douze divisions de cavalerie et la garde : 1224 pièces attelées en ligne , un même nombre disponible dans les grandes
(l) En Angleterre , la dépense annuelle do matériel d'artillerie a été moyennement, de 1817 à 1821, années de paix, de 35 millions. Il est vrai que, l'ordonnance paie l'artillerie de mer et celle de terre, qui sont un même département ministériel.
places frontières; et un même nombre encore en dépôi à l'intérieur ; en tout 3672 nièces. C'était, à peu près, pont mille hommes, deux pièces en ligne et quatre pièces en réserve dans les places.
Quand, après les événements de 1814, il fallut réduire : le comité d'artillerie proposa trois bouches ii feu pourmille hommes, dont deux en ligne et uno en dépôt. Et, calculant sur un pied de guerre de 400,000 hommes, son tableau portait 1206 bouches a feu.
En 1816, au ministère de la guerre, l'évaluation du nécessaire était de 1200.
En 1822, le comité d'artillerie consulté, proposa, pour huit corps d'armée de deux divisions, et la garde royale en réserve, d'avoir eu ligne 618 bouches a feu.
En 1825, le ministre de la guerre, sur la proposition d'une commission mixte, instituée pour calculer l'ensemble du matériel nécessaire, adopta, pour les équipages de campagne, le chiffre de 846 bouches à feu.
Après la révolution de 1830, on organisa 600 pièces attelées, outre 620 pièces distribuées aux gardes nationales, et on continua de préparer des batteries dans les arsenaux.
En 1833, le personnel fut organisé pour servir 168 batteries, eut- à-dire 1008 bouches à f->u, sans compter l'artillerie des gardes nationales.
Enfin, dans son rapport au Iloi de novembre 1833, M. le maréchal Soult établit qu'il faut 165 batteries, c'est-à-dire 990 bouchesâfeu.
Tels sont les faits de chaque époque. On en peut conclure, si je ne me trompe, que ce qu'il y aurait a admettre aujourd'hui serait d'avoir, prêtes à entrer en ligne, deux liouches à feu pour mille hommes, et d'avoir en dépôt disponible, non pas le double de ce nombre, comme le voulait
l'Empereur, mais environ moitié, ainsi que le proposa le comité d'artillerie en 1814. Et on aurait ainsi, à peu près :
1° 900 pièces de campagne, ou 150 batteries, prêtes à entrer en ligne en cas de guerre. Ce n'est, à deux pièces pour mille hommes, que pour une armée de 450,000 hommes : mais il est difficile de proposer davantage, puisque 150 batteries exigent, avec leurs parcs, 35,000 artilleurs et 38,000 chevaux.
2° On aurait, en dépôts disponibles, 500 autres pièces, pour remplacer immédiatement celles détruites ou perdues; pour ajouter aux forces, si on mettait en campagne plus de 450,000 hommes et pour marcher avec les corps détachés de la garde nationale.
Ainsi, l'équipage de campagne serait de 1400 bouches à feu. Ce n'est pas ici qu'il faut proposer beaucoup de réductions, car r artillerie de bataille sera désormais la portion vivante, active, décisive ; et avec ce nombre, nous serons encore très-inférieurs à toute grande coalition.
§ 5. — Combien faut-il de bouches à feu pour armer nos
places?
En 1811 , lorsque Rome et Hambourg étaient France, l'état officiel du nécessaire, pour armer environ 120 places, était de 12,978 bouches à feu. Les places que nous avons aujourd'hui y étaient pour 7,113.
En octobre 1814, renfermés dans nos anciennes limites,
(l) Il faut, en outre, quelques batteries de montagne. Le rapport de M. le maréchal Soolt,de novembre 1853, estime le nombre nécessaire à 120 bouches a feu.
il Tut fait par le comité d'artillerie une évaluation montant, pour les places, à 8,068.
Puis en octobre, même année, le gouvernement ayant chargé une commission mixte de faire un travail d'ensemble, le résultat de ce travail fut, pour les places, le chiffre do 9,692.
Une autre commission mixte fut nommée pendant les centjours, mais elle n'eut pas le temps d'achever son travail.
En 1818, une commission, composée de dix lieutenants généraux, ayant été chargée d'étudier l'ensemble des mesures nécessaires a la défense du territoire, et son rapport ayant été renvoyé, pour ce qui concerne les fortifica lions, au comité du génie, et pour ce gui concerne l'armement a une commission mixte, il résulta du travail de celle dernière eommission, approuvé en 1825 pur le miuistre, un chiffre de 9,552 pour l'armement des places.
Enfin, en novembre 1833, le ministre de la guerre, dans son rapport au roï, demande pour nos places, non compris Paris et l'Afrique, 11,338 bouches à feu, à cause de Lyon, qui en exige 000, et des ouvrages nouveaux faits à plusieurs places.
iquelledeces évaluations doit-on s'arrêter? et laquelle peut servir de base au budget?... Sur celte question, qui est importante, puisqu'il s'agit d'une masse de [dus de 10,000 bouches à feu, il y a plusieurs observalîons à faire ; et comme ces observations (je me bornerai a trois) sont de natures différentes, je vais les présenter séparément.
t'» Orsertition. — Si on demande aux théories connues combien il faut de bouches a feu pour la défense d'une plaee, par exemple de douze bastions; Y au ban répondra
180; Cormontaingne 190 : le comité militaire de 1800 et le général Gassendi 148 ; la commission de 1813 dira : 144, et M. le général Rogniat 271.
Et si, sortant des formules théoriques , nous voulons consulter les chiffres positifs et officiels , on vient de voir que les demandes faites, pour l'ensemble de nos places, sont: ou 7,113, ou 8,068, ou 9,692, ou 11,338 bouches à feu.
Certes, voilà de grandes variations soit sur le principe, soit sur l'application à l'ensemble des places. Et si nous regardons la dotation assignée à chaque place en particulier, nous trouvons une diversité non moins embarrassante, ainsi qu'on peut le remarquer au tableau suivant, composé au hasard de quelques-unes de nos places principales :