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Et si on veut une autre autorité : croit-on, par exemple, que le maréchal Saint-Cyr, quand il réunit trois officiers généraux du génie, trois Je l'artillerie, et quatre de» autres armes, pour discuter un système de défense, croît-on que c'était pour Taire demander 38 places nouvelles, que le comité du génie lui-même réduisit a 27, bien au contraire : le maréchal Sainl-Cyr voulait faire simplifier, il voulait, et ici, je cite d'après un renseignement incontestable : • Faire « prononcer la suppression d'une partie des places de guerre, u pour employer la totalité des fonds à la restauration el 11 u la mise en bon état des douze a quinze places qu'il ju- « geait les seules importantes a une défense bien entendue « du royaume... » pour les autres places : « Il voulait » que sans les démanteler, elles fussent mises hors d'état u d'entretien... 11 voulait que, sur chaque frontière du ii Nord et de l'Est, la France eût une grande place de a guerre fortement approvisionnée, avec un camp retran- « cliô capable de recevoir un corps d'armée de 20,IK>0 à « 25,000 hommes, en état d'opérer sur les derrières de l'eu- « LiL'iui. s'il s'avançait dans l'intérieur sans prendre cette ' place, etc., etc. »
Certes, ces idées de Napoléon et du maréchal Saint-Cyr sont claires; on les comprend; on voit de quelle manière elles offrent pour la défensive des moyens en rapport avec les modernes progrès de l'offensive; et il n'est nullement étrange de penser que peut-être de telles idées doivent éirc opposées aux anciennes coutumes qui, après tout, ne sauraient avoir le privilège d'être les meilleures à perpétuité.
Et d'ailleurs n'a-t-on pas, dans les réalités du service, fait de ces mêmes idées des applications très-remarquables?... En 1811, dans un grand travail sur l'armement des places, l'empereur n'a-t-il pas établi qu'il y aurait seulement 300
coups à tirer, par bouche à feu dans les places maritimes, et seulement 200 dans les places de seconde et de troisième ligne , tandis qu'il en accordait 500 aux places principales de la frontière? Et, en 1813, quand il eut à se défendre, ne fit-il pas remarquer, dans ses instructions, que certaines places pouvaient n'avoir que cent coups par pièce contre une attaque ordinaire? Et, en octobre 1814, le comité d'artillerie, dans son travail sur les places, ne donnaitil pas à celles de troisième ligne, seulement un approvisionnement moitié de celui des places-frontières? et les commissions subséquentes n'établirent-elles pas des différences et des proportions analogues?
Que jadis on ait eu la même et identique formule pour fortifier, armer et approvisionner toutes les places, et qu'on les ait toujours disposées toutes pour soutenir un siège en règle, cela se comprend, parce que jadis on faisait la guerre de sièges, et que la dépense n'était nécessaire que pour le petit nombre de places que contenait un théâtre de guerre peu étendu ; mais, quand les sièges ont été remplacés par les batailles; quand les opérations, qui demeuraient trois mois sur un terrain de quelques lieues, font aujourd'hui cent lieues en moins d'un mois, serait-il raisonnable, serait-il possible, de mettre à la fois dans toutes les places, et pour résister à des sièges pied à pied auxquels si peu d'entre elles sont exposées , la quantité d'artillerie , de vivres , de défenseurs, qu'il faut opposer à ces longs sièges?
Ainsi choisissons, et laissons même choisir aux partisans les plus invétérés des anciennes méthodes les places qu'ils jugent avoir besoin de pouvoir lutter contre un siège pied à pied, et accordons à ces places de leur choix, tout ce qui est inscrit sur les vieux tableaux d'armement; mais au
moins, ne donnons il celles qu'ils auront reconnues n'avoir pas les mûmes besoins , que ce qu'il faut en bouches à fin, approvisionnement, etc., contre les attaques de vive force; ce qui produira sur le budget du matériel une économie considérable.
Et cela étant enfui admis, peut-être que, plus tard, cette simplification dans l'armement en provoquera dans la fortification elle-même et dans les servitudes si onéreuses qu'elle impose à la propriété Mais je n'entre pas
dans ces dernières considérations, tout importantes quelles soient, ne voulant pas ici sortir de ma question d'artillerie.
Et quand on les aura abandonnées ces vieilles formule» devenues impraticables, alors on ne verra plus mettre dans une mauvaise place la grosse artillerie, qui, ensuite, sert à l'assaillant a en prendre plusieurs bonnes; on ne verra plus le matériel elles magasins regardés comme insuffisants dans des places qui ont deux eu trois fois ce qu'il leur faut contre le seul genre d'attaque auquel elles sont exposées ; on ne verra plus un personnel si nombreux être réclamé pour un matériel si peu utile ; et enfin, on ne verra plus qu'après avoir obtenu en trois an3 ( 1 831, 1832 et 1833 , pour le matériel de l'artillerie et des fortifications, une somme de 154,-143,000 fr., on croit la défense compromise si on n'obtient pas, en oulre, une autre somme de 195,827,1101t.!!!
A ces trots observations, on pourrait en ajouter d'autres encore ; ainsi, par exemple : Est-il certain que Vauban, et, après lui, plusieurs autres, ont eu complètement tort, eu disant que la défense des places ayant besoin d'être abritée, doit employer surtout les feux courbes, seuls feux
praticables sous ces abris? Est-il certain, que pour un
seul et même effet, de tirer contre des travaux en terre, la défense ait besoin d'une grande diversité de calibres, et qu'elle doive employer les mêmes bouches à feu que l'attaque? Est-il certain que le nouveau canon de 80, dont
les bombes horizontales ont, aux expériences, détruit avec quatre projectiles une batterie d'attaque, et dont la mitraille est si abondante et porte si loin, ne puisse aucunement servir à la défense, etc.? Toutes ces questions, et celles surtout qui ont été ci-dessus développées, ont, ce me semble , évidemment besoin de recevoir une solution?
§ 6. — Combien faut-il de bouches à feu pour les équipages
de siège ?
Les plus grands équipages de siège, employés à diverses époques ont été, sauf quelques exceptions, de 200 à 250 bouches à feu.
Sous l'ancien régime (1T74-), le système, en France, était d'avoir trois équipages de 100 à 150 pièces, au Nord , au Rhin-Moselle, et aux Alpes.
Napoléon écrivait, en 1806, qu'il voulait : « Neuf équia pages de siège chacun d'une centaine de canons. i> Dans son grand travail de 1811 , il en prescrivit six de 150 pièces, ce qui faisait le même nombre total, mais à prendre sur l'armement des places, disposition qui suppose que notre armée ne peut pas être battue.
V Aide-Mémoire du général Gassendi (1819), détaille un équipage de 160 pièces; le Nouvel Aide-Mémoire (1831), un équipage de 100.
Dans le travail du comité d'artillerie, en octobre 1814, on forme quatre équipages : 150 pièces au Nord , 150 à
1 Est. 120 aux Alpes, et 100 aux Pyrénées, en t»ui 520 pièces, à prendre sur l'armement îles places.
Dans le travail de la commission mixte, approuvé en 1825, on [orme cinq équipages :2t0 pièces au Nord, 190 sur la Moselle, 190 sur le Rhin, 127 aux Alpes, UO aux Pyrénées, en tout 857, dont 281, ad hoc, et 573 à prendre sur l'armement des places.
Enfin, le rapport de M. le maréclialSoult au Jtoi.cn novembre 1833, veut cinq équipages de 100 bouches a feu. Toutefois, il s'en réfère au travail approuvé en 1825, mais en protestant contre le danger de prendre les équipages de siège sur l'armement des places.
Que conclure de ces propositions si diverses? J'en conclus qu'il faut : examiner les motifs qui ont (ail présenter ces diverses propositions; examiner la situation des forteresses du dehors; examiner les progrès qui peuvent avoir été fait* dans les moyens d'attaquer ; et rédiger un travail définitif sur lequel le service et le budget puissent enfin se régler.
§ 7. — Combien faut-il de bouches à feu pour la défense itt côtes?
Le nécessaire fixé en 1811 pour celles des côtes (sans les places) qui font encore partie de notre territoire, était de 2,725 bouches à feu. Le tableau du comité d'artillerie, en octobre 1811, en portait 2,281. La commission, dont le travail fut approuvé en 1825, ne fit pas ce qui concerne tes côtes. Le rapport de M. le maréchal Soult, a la fin de 1833, en demande '2, 100. Enfin, ce qui existe sur les côtes en bouches a feu de bon service ne se moule qu'à 1 ,030. Il y a donc, ici, un déficit considérable.
Mais, peur statuer à cet égard, il y a aujourd'hui une question à examiner que voici : le canon a bombes de 80 peut ,
d'un seul coup, d'après les expériences réitérées, et d'après les rapports officiels, mettre en perdition le plus grand vaisseau ; ce canon n'est pas plus lourd et ne coûte pas pkis que celui de 36 employé sur les côtes ; il est adopté par toutes les artilleries étrangères, et par la marine française. Or, si on l'adoptait pour les côtes , comme il lance ses bombes horizontalement avec une grande portée et une grande justesse, il pourrait remplacer une partie des mortiers dont le tir est si incertain ; enfin, comme il est plus puissant que les canons ordinaires, il permettrait de diminuer le nombre des canons de chaque batterie ; et comme son projectile fait bien plus d'effet que les boulets rouges, il permettrait de renoncer aux appareils si coûteux et si rarement utiles, élevés pour faire rougir les boulets; Ton n'aurait donc plus besoin ni d'un aussi grand nombre de bouches à feu, ni d'un espace aussi étendu pour chaque batterie, ni d'autant de magasins et d'attirails, ni d'un personnel aussi nombreux , et l'on aurait h la fois une simplification économique et un accroissement de défense (1).
§ 8. — Quel doit être V approvisionnement en projectiles ?
En 1822, les projectiles furent examinés , classés , et les plus mauvais furent réformés. Pour compléter, le ministère de la guerre , dans le rapport au roi de novembre 1833 , demanda une somme de plus de 58 millions , et de là un
(1) Depuis que ce qui est ci-dessus a été écrit, une commission a été chargée du travail des côtes, et d'après son travail, les anciens canons et presque tous les mortiers ont été supprimés, pour faire place à un puissant armement de 1538 canons de 30, 1566 canons-obusiers de 80, et seulement 85 mortiers. Ce beau travail vient d'être publié.
conflit avec la commission du budget qui combattit le* bases du calcul. Cherchons donc le chiffre de ce qui est réellement nécessaire, et, pour le trouver, distinguons les services dont les besoins ne sont pas les mêmes.
ÉQUIPAGES DE CAHPACKE.
D'après une prescription de l'empereur (citée à la Chambre par M. le général Tirlel) , il faut deux approvisionnements attelés, deux confectionnés et un non confectionné: c'est-à-dire environ 1,000 coups par bouche à feu, puisqu'un approvisionnement est, terme moyen, de 200 coups. D'après une autre décision (de 1811), dont j'ai extrait les détails au ministère de la guerre , l'empereur voulait quatre approvisionnements, tant a l'armée que dans les dépôts voisins, et quatre à l'intérieur, en tout 1000 coups. Biais rarement (dit le général Gassendi) on eut, en réalité, plus de 600 coups disponibles.
En l.Sl'i, le comité d'artillerie proposa d'avoir des caissons pour un approvisionnement et demi, c'est-à-dire pour 300 coups attelés : mais il faut y ajouter ceux aux dépôts qui suivent l'armée, et qui sont en réserve ,dans les places.
Eu 1819, V Aûle-Mémoirc du général Gassendi, propose 2V6 coups attelés aux batteries et parcs, outre les dépôts et réserves.
En 1831, le nouvel Aidt-Mtmoire propose 200 coups aux batteries, et 300 aux divers parcs, outre les dépôts) et ré-
En 1833 , le rapport du ministère de la guerre au roi ne demande que 500 coups en tout.
En 1835, la commission du budget dit, dans son rapport, qu'à la campagne do Wagram et a celle de Russie, on n'a-
vait que 450 coups pour le service actif; mais elle ne dit pas ce qu'on avait en arrière du service actif.
D'après ces données diverses, et d'après le temps qu'exigerait, en cas de guerre , le remplacement des consommations, quel principe doit-on adopter?