LIVRE SECOND. — CHAPITRE X. 1G
et arbitraires. Elle ne se fonde pas seulement sur la descendance par m aie, puisqu'il y avait de la noblesse utérine et des épouses infidèles ; sur une descendance extérieurement légitime , puisqu'elle se propageait par bâtardise ; ni sur des descendances vraies , puisqu'il y en a tant de supposées par des abus montés au comble (i)*, sur le mérite d'un père ou d'une mère , puisqu'elle s'acquérait par la possession d'un domaine , et , deux siècles durant, par le simple fait du domicile à Paris , par la prescription, par l'argent, par les offices les plus vulgaires , môme les plus humbles, quelquefois les plus ridicules , par le vice et le crime ; enfin, toute noblesse, dans son principe, a été faite à volonté ; elle vient d'ennoblissemens certains , connus ou inconnus ; et des nobles d'ennoblissement inconnu, il en subsiste à peine un vingtième (i).
217. On sait à quoi s'en tenir sur les prétendus axiomes de ces publicisles qui , en écrivant, pensaient trop à leur robe ou à leur caste, et qui, retrouvant les titres du genre humain , en ont retenu cachés une bonne partie. La noblesse en France était si peu essentielle à la monarchie, si peu le ferme soutien de la succession légitime au trône et de la fortune du clergé , que d*abord elle se partagea les domaines et la puissance des Rois ; qu'elle s'appropria plusieurs fois les biens ecclésiastiques ; renversa 1rs deux premières dynasties ; fit deux fois la guerre pour anéantir la troisième , et se montra généralement oisive , frivole , intrigante, avide, exclusive , séditieuse et
(1) Précis chronologique concernant le fait de. In Noblesse, par L. Chérin , conseiller à la Cour des aides , généalogiste des ordres du Roi ; pages ta et 47-
(2) Ibid. , page 5i.— Mabli , Observations sur V Histoire de France.
l68 DROITS IÏÏDIV. OD DROITS PRIVÉS DES FRANÇ.
perturbatrice (i). Plus les qualifications de noblesse ont eu d'e/Tets politiques et civils , plus on a vu retarder la civilisation et la prospérité du genre humain.
218. Les qualifiés nobles appartiennent tous à la même race, à la même variété principale d'hommes. Dans le fait, ils ont les mêmes aïeux primitifs , et tous ou presque tous, des aïeux communs très-prochains. Les rapports de parenté et d'alliance naturelle et civile , connue on inconnue, existent entre eux tous à l'infini. Sans nulle exception , ils ont tous pour auteurs des Rois et des esclaves, des chasseurs et des brigands , des conquérans et des vaincus, des illustres et des plébéiens, des grands et des petits , des sages et des stupides , des forts et des faibles , des riches et des pauvres , des nobles vrais et faux , de faux et de vrais ignobles , des vertueux de réalité ou d'hyprocrisie , et des suppliciés coupables ou innocens , des bâtards vrais ou purement légaux , et des légitimes naturellement bâtards ; enfin , les vrais noms des familles les plus illustres sont partout les noms des familles les plus obscures.
319. Qu'est-ce donc que la noblesse ancienne ou nouvelle ? Faut-il l'appeler, avec les anciens jurisconsultes, une classe exempte des charges générales et des communs devoirs ? Cette exemption inique est abolie depuis bientôt trente ans, et notre article 71 la réprouve. Faut -il la nommer , avec le comte d'Entraigues , le fléau le plus épouvantable ? A beaucoup d'égards , au moins , elle a cessé de l'être. Avec d'autres philosophes de l'ancien ré-
(1) Histoire de la Noblesse révolutionnaire et des Nobles, sous les soixante-huit Rois de la monarchie. Pari», 1818} a voL in-8i chez Baudouin frères. Que de nouveaux fait* survenu» depuis.'