LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE IV. 2î
choix des ministres du culte. Tout cela est de la nature,
sinon de l'essence du gouvernement représentatif -, il y a même, sous les gouvernemens absolus, des officiers nommes par les citoyens, intermédiaires entre le peuple etlesagens royaux. La France constitutionnelle ne restera point privée d'un si précieux avantage. Notre élément démocratique doit se trouver employé, avec une mesure limitée d'action et d'influence, dans nos administrations locales. Si l'élection et la liberté ne sont encore placées qu'au sommet de notre édifice social, il est trop à craindre que nos députés ne soient négligemment , imprudemment, servilement, inutilement élus. A quoi serviraient les députés , si l'on n'apercevait qu'un maître ot ses ministres et point de patrie ? Ainsi , vous n'auriez qu'un simulacre de Constitution représentative, et bientôt succéderait le solennel rétablissement du pouvoir arbitraire.
285. Les corps électoraux et la Chambre des députés sont la seule partie non héréditaire de notre puissance législative. Cette Chambre n'est qu'aristocratique daus sa composition , puisqu'elle est élective et fort peu nombreuse, et prise, de nécessité, parmi les citoyens riches et déjà sur le retour de l'âge. Elle est encore aristocratique dans ses électeurs tous âgés de trente ans , tous devant payer 3oo francs de contribution directe.
On sait que pour maintenir la propriété, pour éviter les troubles et les bouleversemcus , les bases de la représentation élective doi vent être prises dans la fortune , dans le taux des contributions directes ou foncières, ou industrielles. Mais , que veulent dire les adversaires de la Charte , quand ils se plaignent d'un élément démocratique , et trop démocratique dans nos collèges électoraux ? Cet élément n'y existe pas-, il n'y peut exister. Chez un
peuple nombreux la vraie démocratie est impossible. Notre
Chambre des députés quoiqu'élue directement, ce qui est un avantage , n'en est pas moins purement aristocratique ; elle lest à de hauts degrés dans le nombre , dans sa composition et dans ses électeurs , à des degrés tels que la Charte et la loi du 5 février 1817, les ont, peut-être, poussés plus loin qu'il n'était convenable.
Cinq millions de Français, plus ou moins, sont capables de quelques droits de cité, et les ont ci -devant exercés. Ils ne forment guère que le sixième de notre population , qui s'élève à près de trente millions d'hommes ; ut dans l'état présent des choses , cette population n'est représentée que parenviron 80,000 électeurs, 20,000 éligibles et a58 députés, dont la moitié, parle fait, se compose de ministres et de sous-ministres , et de salariés de ministres. Voilà ce que des mécontens appellent démocratie insupportable ; et, dans l'exacte vérité, c'est une haute aristocratie assez nécessaire, mais tempérée et contenue, s'il le fallait , par les deux branches héréditaires du pouvoir législatif, et par l'autorité directoriale du monarque.
286. Cette modique portion de citoyens propriétaires fonciers et industriels , qui élit seule nos députés , est généralement éclairée ; elle a toute l'impartialité et toute l'in dépendance désirables ; elle est particulièrement intéressée au maintien des libertés et à la stabilité du gouvernement. La plus haute richesse n'y est pas plus favorisée que la médiocre fortune. L'aristocratie de naissance ou de corps , ou de prérogative personnelle , n'y est en rien considérée. On ne doit pas être humilié d'en être exclu, puisqu'on n'y existe point par privilège ; puisque les plus indigens ont l'espoir d'y être admis un jour, comme le riche a la