Discours du Roi
4 juin 1814.
« Messieurs,
m Lorsque, pour la première fois, je viens dans cette enceinte m'environoer des grands corps de l'État , des représentans d'une nation qui ne cesse de me prodiguer les plus touchantes marques rie son amour, je me félicite d'être devenu le dispensateur des bienfaits que la divine Providence daigne accorder à mon peuple.
»» J'ai fait avec l'Autriche, la Russie, l'Angleterre et la Prusse, une paix dans laquelle sont compris leurs alliés, c'est-à-dire , tous les princes de la chrétienté. La guerre était universelle, la réconciliation l'est pareillement.
» Le rang que la France a toujours occupé parmi les nations n'a été transféré à aucune autre , et lui demeure sans partage. Tout ce que les autres États acquièrent de sécurité accroît également la sienne , et, par conséquent, ajoute à sa puissance véritable. Ce qu'elle ne conserve pas de ses corç-
quêtes ne doit pas être regardé comme retranché de sa force réelle.
» La gloire des armées françaises n'a reçu aucune atteinte , les monumens de leur valeur subsistent, et les chefsd'œuvre des arts nous appartiennent désormais par des droits plus stables et plus sacrés que ceux de la victoire.
m Les routes de commerce , si long-temps fermées , vont être libres. Le marché de la France ne sera plus seul ouvert aux productions de son sol et de son industrie. Celles dont l'habitude lui a fait un besoin , ou qui sont nécessaires aux arts qu'elle exerce, lui seront fournies par les possessions qu'elle recouvre. Elle ne sera plus réduite à s'en priver ou à ne les obtenir qu'à des conditions ruineuses. Nos manufactures vont refleurir; nos villes maritimes vont renaître; et tout nous promet qu'un long calme au dehors , et une félicité durable au dedans, seront les heureux fruits de la paix.
» Un souvenir douloureux vient toutefois troubler ma joie. J'étais né, je me flattais de rester toute ma vie le plus fidèle sujet du meilleur des Rois; et j'occupe aujourd'hui sa place ! Mais il n'est pas mort tout entier ; il revit dans ce testament qu'il destinait à l'instruction de l'auguste et malheureux enfant auquel je devais succéder! C'est les yeux fixés sur cet immortel ouvrage ; c'est pénétré des sentimens qui le dictèrent ; c'est guidé par l'expérience , et seconde par plusieurs d'entre vous , que j'ai rédigé la Charte constitutionnelle dont vous allez entendre la lecture, et qui asseoit sur des bases solides la prospérité de l'État.
» Mon chancelier va faire connaître avec plus de détail mes intentions paternelles. »