‹ Constitutions de la nation françaiseChapitre 21 sur 305 · LIVRE PREMIER CHAPITHE III · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER CHAPITHE III

choies à la justice et au sens commun. Cette révolution périlleuse était depuis long-temps prévue, et les événemens la rendaient de jour en jour plus inévitable.

5o. On ne calculait point l'opposition probable dos courtisans et des autres privilégiés ; on considérait leur petit nombre ; on ne prévoyait pas leurs artifices, ni l'appui qu'ils trouveraient dans la fciblcsse et les préjugés du prince, dans l'ignorance et la misère du pauvre, ni leurs plans bientôt conçus et pratiqués sans cesse de pousser à tous les excès (i) pour crier aux scandales, et déshonorer enfin tout système de réforme pour mieux l'étouffer; ni leurs émigrations hostiles, ni leurs mouvemens continuels de guerre civile et de guerre étrangère ; on ne songeait Jms surtout aux effroyables mesures , aux lois déréglées qui naîtraient de leurs résistances ; on ne songeait pas assez aux intrigues des ambitieux, aux ruses des traîtres, aux fureurs des partis et aux suites funestes des doctrines exagérées , ou imprudentes ou perverses.

Je ne fais qu'indiquer ces causes d'orages et de tempêtes ; je n'écris pas l'histoire sanglante de nos troubles politiques durant les trente ans derniers : je ne dois examiner que les grands résultats législatifs, c'est-à-dire les constitutions qui se sont remplacées dans cette courte période, et qui ont, à la suite de nos victoires et de la domination d un empereur des Français , exercée dans presque toute l'Europe , amené enfin notre épuisement

d) Un noble breton publia, en ,789, Rdéi, qui fut mise en pratique «n 1793 , de soulever ce qu'il appelait bottiers contre ce qu'il nommait haut-Hcn. M. Bertrand, ministre de Louis XVI, explique dans ses Mémoires ce qu'il en coûta d'abord au Roi pour les premières piques et pour les hurlemcns des sections et des tribunes. On a entendu en J 793 , des noble* prêchant contre les républicain* modérés.

36 HIST. ABRÉGÉE DU DïlOIT COKST. FKAKÇAIS.

total , nos désespoirs , nos défaîtes , le rétablissement de la troisième dynastie , et , pour gage de réconciliation au dedans et au dehors, la Charte constitutionnelle de Louis XVITÏ.

5i. On peut croire que si les dispositions qu'elle contient eussent été proposées à l'ouverture de la session de 1789, avec quelques-uns des amendemens annoncés en 1 8 1 5 , ou d'autres analogues , elle eût obtenu l'assentiment empressé de presque toute l'Assemblée constituante ; nous n'eussions pas eu à gémir sur tant de crimes et de malheurs qui ont affligé la patrie.

Il échappe néanmoins une réflexion fondée sur les faits. Si d'anciens privilégiés n'ont pas cessé d'attaquer cette Charte depuis sa publication; si en présence du Roi et des deux Chambres quelques-uns d'eux ont laissé éclater le profond mécontentement qu'ils en éprouvent; si., malgré leurs sermens, ils ont continué de la maudire; si Von a entendu dans les Chambres contester à cet acte son caractère constitutionnel, demander ouvertement qu'elle fût retirée; s'ils ont réussi à la faire suspendre ou violer par des lois d'exception, c'est-à-dire par des contrelois; si enfin ils ont préparé des vengeances contre ceux qui aiment à l'invoquer; en un mot, s'ils ont conspiré contre l'ordre qu'elle établit , qu'aurait-on pu espérer de leur modération, en 1789, lors même que celte Charte eût été proposée aux députés des trois ordres?

Mais les trois ordres furent abandonnés à eux-mêmes. On affecta d'éloigner d'eux toute idée d'un nouveau droit public 5 on ne leur proposa que des augmentations d'impôts, puis ces concessions mesquines et trop tardives comprises en l'acte royal du 23 juin de cette môme année , qui détruisait toutes les espérances d'une constitution.

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