Proclamation du Roi aux Français
Cambrai, le a8 juin 181 5.
Louis , etc.
Les portes de mon royaume viennent enfin de s'ouvrir devant moi. J'accours pour ramener mes sujets égares , pour adoucir les maux que j'avais voulu prévenir, pour me placer une seconde fois entre les armées alliées et les Français , dans l'espoir que les égards dont je pourrai être l'objet tourneront à leur salut : c'est la seule manière dont j'ai voulu prendre part à la guerre. Je n'ai pas permis qu'aucun prince de ma famille parût dans les rangs des étrangers, et j'ai enchaîné le courage de ceux de mes serviteurs qui avaient pu se ranger autour de moi.
Revenu sur le sol de la patrie , je me plais à parler de confiance à mes peuples. Lorsque je reparus au milieu d'eux , je trouvai les esprits agités et emportés par des passions contraires ; mes regards ne rencontraient de toutes parts que des difficultés et des obstacles : mon Gouvernement devait faire des fautes ; peut-être en a-t-il fait. Il est des temps où les intentions les plus pures ne suffisent pas pour diriger , où quelquefois elles égarent. L'expérience seule pouvait avertir : elle ne sera pas perdue. Je veux tout ce qui sauvera la France.
Mes sujets ont appris , par de cruelles épreuves , que le principe de la légitimité des souverains est une des bases fondamentales de l'ordre social , la seule sur laquelle puisse
s'établir, au milieu d'un grand peuple, une liberté sage et bien ordonnée. Cette doctrine vient d'être proclamée comme celle de l'Europe entière. Je l'avais consacrée d'avance par ma Charte , et je prétends ajouter à cette Charte toutes le* garanties qui peuvent en assurer le bienfait.
L'unité du ministère est la plus forte que je puisse offrir; j'entends qu'elle existe , et que la marche franche et assurée de mon conseil garantisse tous les intérêts et calme toutes les inquiétudes.
On a parlé, dans les derniers temps, du rétablissement de la dime et des droits féodaux. Cette fable, inventée par l'ennemi commun , n'a pas besoin d'être réfutée. On ne s'attendra pas que le Roi de France s'abaisse jusqu'à repousser des calomnies et des mensonges. Le succès de la trahison en a trop indiqué la source. Si les acquéreurs de domaines nationaux ont conçu des inquiétudes , la Charte aurait dû suffire pour les rassurer. N'ai-je pas moi-même proposé aux Chambres et fait exécuter des ventes de ces biens? Cette preuve de ma sincérité est sans réplique.
Dans ces derniers temps , mes sujets de toutes les classes m'ont donné des preuves égales d'amour et de fidélité. Je veux qu'ils sachent combien j'y ai été sensible, et c'est parmi tous les Français que j'aimerai à choisir ceux qui doivent approcher de ma personne et de ma famiile.
Je ne veux exclure de ma présence que ces hommes dont la renommée est un sujet de douleur pour la France, et d'effroi pour l'Europe. Dans la trame qu'ils ont ourdie, j'aperçois beaucoup de mes sujets égarés et quelques coupables.
Je promets , moi qui n'ai jamais promis en vain (l'Europe entière le sait), de pardonner aux Français égarés tout ce qui s'est passé depuis le jour où j'ai quitté Lille , au milieu de tant de larmes, jusqu'au jour où je suis rentré dans Cambrai au milieu de tant d'acclamations.
Mais le sang de mes enfans a coulé par une trahison dont