LIVRE PREMIER CHAPITRE VI
épnratioti (i) de tout le tribunal et de tout le Corps législatif, mais que Ton essaya de voiler eu élisant tout à la fois les quatre cinquièmes dans les deux corps, au lieu d'ordonner lu tirage au sort d'un cinquième , et d'opérer ensuite le premier renouvellement par l'élection constitutionnelle d'uh cinquième seulement.
72. Le premier consul ne devait être rééligible qu'à la dixième année de son consulat ; il se hâta de demander une seconde éleetiott décennale, et anticipée de prés de neuf ans ; il l'obtint , non sans difficultés ^ lorsqu'il attendait que , par un vœu spontané , les sénateurs le déclarassent premier consul à vie. Cette dernière proposition fut faite par des officieux, mais rejetée par la majorité des sénateurs. Sans aucun droit , Napoléon fit un acte d'appel au peuple 5 seul, il picserivit la forme pour juger cet appel ambitieux , et fit surveiller , par ses agens exécutifs , des registres de votes sur le consulat à vie, dans tontes les corporations et dans toutes les administrations dé l'Etat. Les sénateurs prirent une délibération expresse pour s'abstenir de voter, et il leur fallut consentir à publier le consulat à vie comme résultat des signatures portées sur les registres envoyés à leur examen. Ces registres étaient un moyen facile de toux changer dans le gouvernement : on les avait inventés pour faire accepter la constitution consulaire pis servirent , en 1804, à établir l'empire, à fonder, par un sénatus-consulte et un plébiscite , la dignité impériale dans la descendance légitimé , tant naturelle qu'adoptive, de Napoléon.
( 1 ) Les épurations avaient été inventées, en >7y3, par Danton, Marat et Robespierre. (Voyez Mémoire justificatif pour lè comte Lanjui- • nais. )
Depuis ce moment jusqu'à la Cn de i8i3, il n'y eut aucune liberté réelle clans le Sénat; il n'y eut pas même de discussion : tout s'obtenait , d'après un discours , au nom de l'empereur , et d'après les part ies d'un rapporteur, presque toujours le même, qu'il avait désigné dans le Sénat. Le rapport ne fut jamais qu'une apologie , et sans débats, il était admis au scrutin. Il y avait quelques billets blancs et quelques votes formellement négatifs ; ils ne s'élevèrent jamais au-dessus de quatorze (i).
70. La liberté individuelle, la liberté de la presse, ne furent plus que des paroles vaines et dérisoires. Le monopole des journaux tint la vérité captive , supprima les faits ou les altéra , préconisa le pouvoir absolu , calomnia , diffama les plus saines doctrines , et fit triompher long-temps l'obscurantisme et l'imposture.
74. Les empereurs romains avaient eu des préfets, comme le roi de Perse avait des satrapes, comme le grand-turC a des pachas. Louis XIV avait créé des intendans qui étaient aussi des espèces de préfets } on les avait supprimés, en 1789, à la demande et à la grande satisfaction publique (ils étaient remplacés par des administrateurs du choix des administrés).
Mais Napoléon fit établir, dans chaque département, un préfet et des sous - préfets nommés , révocables à sa seule volonté , et des maires et conseillers municipaux nommés , révocables par l'empereur , ou le ministre de l'intérieur ou le préfet. Des maires, des sous -préfets et des préfets , il fit autant d'officiers de police judiciaire -, et,
(1) Quatorze voix rejetèrent le fameux divorce impérial, pour lequel j'ai vu voter un archevêque, avec l'ingénieuse formule : Oui, quant à l'ordre civil.