LIVRE PREMIER.— CHAPITRE VIII
Charte promet ou suppose , nos plus précieuses libertés , anéanties ou atténuées par les Codes et par les décrets de Napoléon-, la liberté individuelle, la liberté de la presse , la liberté des élections ; offrir des projets sur la réalité du juri , la responsabilité des ministres et de leurs agens , sur le recrutement de l'armée, sur la juridiction criminelle de la Chambre des pairs , etc.
On aurait concilié les esprits , allumé dans tous les cœurs l'amour et le dévouement pour le Roi , si l'on eût , en son nom , appelé l'attention nationale et les méditations des Chambres sur des intérêts si grands , si précieux , si urgens , au lieu de laisser attiédir des sentimens nouveaux , envieillir et multiplier les soupçons , presque éteindre les plus chères espérances , par toutes sortes d'actes inconstitutionnels.
96. Cependant il se formait , tous les jours , dans des sociétés secrètes de nobles et de prêtres, de magistrats et d'administrateurs, parmi les fonctionnaires actuels et parmi ceux qui aspiraient à le devenir , eux et leurs parens, et leurs affidés , une secte d'hommes détracteurs du présent , louangeurs du passé , impatiens d'y voir conformer l'avenir -, se disant royalistes , lorsque la royauté n'avait point d'adversaires -, donnant aux citoyens des noms odieux, riant de la Charte comme d'une folie, se prononçant contre elle ouvertement ou a mots couverts , selon les occasions ; ne voulant jamais y reconnaître qu'une carte d'entrée , qu'un artifice ou une faiblesse de la politique , une tolérance en un mot , jusqu'au temps favorable où devaient s'accomplir d'audacieuses prophéties.
Ce parti dominait dans les palais , et parmi les chefs de l'armée nouvelle ; il était soutenu par la plupart des
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ministres ; il visa toujours à s emparer du ministère , comme objet d'ambition personnelle , et comme instrument nécessaire à l'accomplissement de ses projets subversifs. Il sembla cheminer dans l'ombre , il conserva quelque réserve jusqu'à la catastrophe de mars i8i5. Mais, au temps de la seconde restauration , il parut ouvertement comme une faction anarchique et furieuse ; il s'annonça , dans le midi et dans l'ouest, par des attroupemens armés , par des pillages , des démolitions , des massacres ; s'emparant des élections avec violence , maîtrisant ensuite les deux Chambres -y dominant dans les administrations , dans les tribunaux ; menaçant , épurant , exilant , proscrivant , persécutant de toutes manières , l'immense majorité des Français ; s'arrètant parfois , reculant par nécessité dans sa trop vive allure , et toujours reprenant sa marche rétrograde; conspirant sans cesse au dedans et au dehors contre la patrie et sa nouvelle loi fondamentale.
97. Dès le commencement de la session de 1814» il y eut contre la Charte une protestation formelle , présentée par un principal ministre au Roi même , qui l'improuva. Elle était signée d'environ quarante personnages qui avaient eu entrée dans la Cour des pairs avant 1789. Plusieurs d'entre eux faisaient partie de la Chambre des pairs , en vertu de la Charte même -, et négligeant leur unique titre légitime, ils affectaient de fonder leur pairie sur de prétendus droits antérieurs , toujours subsistons et impérissables, mais anéantis par six Constitutions postérieures.
98. En même temps s'établissait le gouvernement par ordonnances. On voyait, sans nombre, des ordonnances royales en contradiction avec la Charte, et