lIVRE PREMIER. CHAPITRE IX
les mal-intentionnés , c est en vain que l'on croit y trouver un abri pendant le trouble et les orages.
107. Déjà Bonaparte a prononcé la dissolution des deux Chambres royales ; mais il ne proscrit point ceux cpii l'ont abandonné, ceux qui ont accepté des fonctions en 18 14 : au contraire, il promet expressément leur sécurité. Chaque jour , par des décrets qui s'exécutent sans violence, il reconquiert toutes les branches du pouvoir exécutif. Les mécontens lui demeurent soumis ; et le clergé , les fidèles , suivant la doctrine évangélique, rendent hommage à sa visibilité, lut donnent les prières nominales dans presque toutes les églises.
En vain le fils de l'héritier du trône et la fille de Louis XVI ont tenté le sort des armes , dans la Vendée, dans la Guienne et dans le Languedoc : une sorte de fatalité les poursuit. Dans un mois, Napoléon, par ses ordres, par ses généraux, par ses armées, soutenu de l'opinion , a vaincu et mis à néant toutes les résistances. Tout serait décidé en définitif ; mais l'Europe est en armes ; elle veut , cette fois, combattre pour la famille royale, et, par une emphase trèssingulière , elle a déclaré Napoléon hors de toute relation sociale.
108. Le nouveau dictateur, avec son activité ordinaire , se prépare à leur disputer la victoire ; en quelques jours , il a rétabli la grande armée ; il a ordonné , il obtient partout des levées nouvelles , et déjà il s'occupe de la Constitution : il sait que les idées libérales ont fait prononcer sa déchéance, et il n'espère se maintenir qu'en promettant le gouvernement constitutionnel et représentatif.
Son Conseil d'Etat proclame par une déclaration de principes ces libertés nationales , ces garanties publiques et privées que ce Conseil, ainsi que le Sénat, avaient paru oublier trop long-temps.
Un projet de Constitution est préparé avec grand soin ; ce projet corrige les défauts qui avaient déplu dans la Charte, et il exprime les garanties les plus désirables. Le dictateur hésite à les admettre ; il se perd luimême en paraissant trahir les espérances qu'il avait rcssuscitées. 11 entend défendre les anciennes bases de son pouvoir absolu } il veut qu'elles soient les règles fondamentales, } il ne consent plus qu'à les modifier dans ce qu'il appelle Acte additionnel aux Constitutions de Tenif)ire. Cet acte les maintient dans l'article premier , et les modifie dans les suivans. Autres imprudences : il parait conserver la noblesse et les majorais si odieux et , sans utilité , il prononce contre les Bourbons une exclusion perpétuelle et absolue. L'une de ces mesures fut regardée comme un indice manifeste d'intentions despotiques \ l'autre, comme un artifice trop tardif et attentatoire aux libertés des Français : ce furent des fautes irréparables. D'autres dispositions mieux conçues ne calmèrent point le mécontentement ni les alarmes qui éclataient de toutes parts.
109. Si on oublie le caractère et le génie du proposant ; si l'on veut ne considérer dans son projet que le projet lui-même , on ne peut disconvenir qu'il était préférable > la Constitution du Sénat et à la Charte ; qu'il apportait des améliorations très -sensibles, et géné-
ralement les plus conformes aux vœux de la nation.
Ainsi , les pairs sont déclarés de droit héréditaires ; les députés sont au nombre de six cent vingt -neuf,