LIVRE S ECO M).— CHAPITRE VI. I
semble de ce que Ton pense être obligé de croire et de pratiquer pour se rendre agréable à la Divinité , bien ou mal connue.
En ce sens , la religion peut être une erreur, comme une vérité. Erreur ou vérité , il y a selon le droit naturel et selon la Charte , pour chacun des hommes, liberté de religion ; il y a même , et il doit y avoir, liberté individuelle d'irréligion , de déisme sans providence , et d'athéisme absolu (i), comme il y a liberté d'opinions libérales ou illibérales. Les opinions ne peuvent pas être sous le domaine de la loi de l'État. Nous devons tous savoir tolérer, en paix, ce que Dieu tolère et ce que l'homme ne peut vouloir gêner ou anéantir sans appeler la persécution, l'hypocrisie et les révolutions. Instruire, quand nous le pouvons , nos frères que nous croyons errans , les édifier sans cesse de nos bons exemples, gémir sur leurs erreurs , prier pour qu'ils soient éclairés , les secourir sans distinction d'opinions religieuses ou autres : voilà ce que nous commandent la raison et l'Évangile. Nos pères firent la guerre étrangère et la guerre civile, et la guerre de l'inquisition contre les infidèles, et même contre des peuples chrétiens. D'horribles violences, des massacres, des proscriptions1, des pillages couverts d'un prétexte religieux , n'ont que trop souillé nos annales. Nous avons connu les cri m es révolutionnaires et les crimes contrerévolutionnaires , sortis souvent les uns et les autres de l'esprit de contre-révolution. Nous avons vu les guerres presque aussi religieuses que politiques de la Vendée et de la chouannerie, et les assassinats organisés, tantôt sous
(i) Horrctco rtfcnru
un nom divin, tantôt sous celui de la légitimité, à Toulon , Marseille, Lyon, Avignon, dans presque tout le Midi. Comprenons enfin qu'il n'y a de paix et de sûreté que dans la tolérance entière des opinions ; et ne fût-ce que par intérêt pour les opinions religieuses qui nous sont les plus chères , sachons les tolérer toutes. De longues et déplorables expériences ne doivent pas être entièrement perdues pour nous. Pendant les sept siècles derniers, des persécutions atroces, aveugles ou hypocrites, avaient enfanté, contre la religion catholique, les haines les plus furieuses , et préparé les horribles tempêtes dont nous fûmes témoins. Cette religion, à son tour, a été persécutée , pendant les trois ans , de 1792 à 1795 (1) ; et lorsqu'elle est redevenue religion de Y État , lorsqu'il lui est permis de recouvrer, sans limites (2) , les richesses et les préséances d'ordre politique qui avaient corrompu son clergé , que voyons-nous ? L'ancienne intolérance a relevé sa tête hideuse; l'ultramontanisme , d'imprudens Concordats et les superstitions, l'ignorance, accourent à son aide. On atténue, on combat, on diffame les précieuses maximes de l'Église de France, qui font la sûreté du royaume ; on attaque , et l'on condamne impunément nos plus sages lois modernes ou nouvelles, constitutionnelles ou secondaires. De leur côté , les amis de la liberté s'en alarment ; on en voit qui croient se mettre en défense en s'efforçant de miner les idées
(1) 'Le culte catholique fut rétabli dans toute la France , par une loi rendue en 1795. Ce fait notoire est trop méconnu.
(a) Voyez la loi générale, et par-là imprudente, du a janvier 1817. Voyez notre Essai sur ta Charte, liv. 1, chap. 10, n. 119. Lir. a, chap. 10.