LIVRE SECOND. — CHAPITRE VI. 11J
religieuses qu' on leur rend haïssables , et dont ils craignent les abus. L'un nous dit que moins elles ont de force, plus le peuple est libre , paisible , vertueux et heureux ; d'autres, la tète courbée vers la terre, ne voulant estimer que les biens qu'elle donne et les valeurs qu'y ajoute l'industrie, déclarent que les frais de rebgion ne sont que de fausses dépenses. D'autres, aspirent à une religion purement civile, ou à une religion sans clergé, sans culte public ; ou exaltent les réformés comme tels, et nous les vantent à ce titre comme des modèles qu'il faut imiter. Que de raisons pour s'attacher à la Charte qui est également éloignée de tous ces excès , dans les trois articles qu'il s'agit d'expliquer !
170. L'homme est naturellement religieux. La religion * lui est un besoin, un devoir, un secours, durant toute sa vie. Elle est une consolation ineffable dans l'infortune ; elle éclaire, elle échauffe, elle réconcilie les esprits et les cœurs. Elle offre des motifs sublimes et un prix immense à toutes les vertus. Elle sert pour le temps ; elle donne des trésors de juste espérance pour l'éternité. Ainsi, loin de ma bouche comme de ma pensée leblasphème payen de 18 12 : Il faut de la religion pour le peuple. Il en faudrait, de cette religion divine qui a policé le monde en traçant le chemin du ciel \ il en faudrait à tous les hommes, riches et pauvres, sa vans et ignorans -, mais surtout aux dépositaires d'un pouvoir absolu , et même aux nations qui savent priser les justes libertés publiques et privées , tôt ou tard fidèles compagnes de la religion et de la probité. J'ai connu bien des défenseurs de la liberté sociale, autrement de la justice -, et ceux que j'ai vus les plus constans , les plus sincères , les plus équitables, les plus désintéressés, les plus dévoués, soit dit
iî8 droits mmv. ou droits privés des frànç.
sans offenser personne , c'étaient des hommes religieux , des chrétiens , des catholiques. Il y a une alliance naturelle entre la religion chrétienne, la vraie philosophie, les sciences et la liberté raisonnable ; travailler à resserrer les nœuds de cette alliance, est le plus bel emploi qu'on puisse faire des lumières et des talens.
17t. Professer librement une religion, c'est avec sécurité la pratiquer, en approuver les dogmes et la morale, les rites et la discipline ; les soutenir , les protéger , si l'on veut, par ses paroles, par ses écrits, par ses actions.
Sans tomber dans l'athéisme, ni dans l'indifférence, sans trahir sa religion personnelle, sans manquer à son catholicisme , le législateur attribue à chacun une égale liberté de professer sa religion, et la même protection pour son culte , c est-à-dire , pour les prières et les cérémonies de cette religion.
Dans cette loi de tolérance, le législateur ne fait que céder à la volonté de Dieu môme ; il obéit au droit naturel qui est la loi de Dieu, et à l'esprit de l'Évangile qui n'autorise contre les fausses religions , contre les erreurs des hommes , que la douce voix de la persuasion (1).
172. Le mot chacun est répété deux fois dans l'article 5 de la Charte , et il serait difficile de prétendre que ce soit sans intention ; il est dit encore que cJiacun obtient la même protection pour son culte ; et cependant, ajoutent l'article 6 et l'article 7 , il y a une religion de TÉtat , et les ministres des cultes chrétiens reçoivent seuls des traitemens.
On ne doit pas séparer ces textes ; il faut les concilier.
(1) Voyez V Histoire de l'Inquisition d'Espagne , par le docte et sage LLorcnte; tome 4, pages 174-343.