CHAPITRE II
De la charité, et de la conduite des Sœurs entre elles,
I. — La charité est la vertu la plus sublime et la plus nécessaire de toutes. Aussi la Règle de S. Augustin est toute imprégnée de l'esprit de charité et de douceur, selon la remarque de S. François de Sales, et elle commence par cette prescription : Que Dieu soit aimé par- dessus toutes choses, et après lui, le prochain; le
deuxième Chapitre de la même Règle ne contient que ces mots : Observez ce pour quoi vous vous êtes réunies, à savoir : que vous vous conserviez toutes dans un seul et même esprit; et que vous n'ayez quun cœur et qu'une âme en Dieu.
II. — Les Sœurs s'appliqueront à faire tout par amour pour Dieu. Dès leur réveil, elles formeront cette intention, la plus excellente que l'on puisse se proposer, et elles la renouvelleront fréquemment pendant le jour, afin de sanctifier ainsi et de rendre méritoires toutes leurs pensées, toutes leurs affections, toutes leurs paroles et toutes leurs actions.
III. — L'amour de Dieu et celui du prochain procèdent de la même vertu de charité divine, par laquelle nous aimons Diev^ par-dessus tout pour lui-même, et le prochàïUs comme nous-mêmes pour Dieu. Au témoignage de l'apôtre S. Jean, nous ne saurions aimer Dieu en vérité, si nous n'aimons pas notre prochain, et la charité véritable est non seulement affective mais encore effective, nous devons vouloir et faire du bien au prochain. - '~ '
Les Sœurs auront les unes pour les autres un religieux respect; elles s'aimeront d'une charité surnaturelle, vraiment fraternelle; Elles montreront cette charité dans toutes leurs paroles et dans toutes leurs actions. Elles seront toujours et partout pleines de bonté et de douceur,
de prévenance et de politesse à l'égard de leurs Consœurs.
Elles sacrifieront tout à la charité et à l'union des esprits et des cœurs, tout jusqu'à leur propre jugement et à leurs sentiments les plus intimes. Elles supporteront tout, plutôt que de blesser la charité et de troubler la paix et la concorde, qui est le bien le plus précieux de la vie commune en religion.
Elles résisteront énergiquement et dès le principe à toute affection trop naturelle, et se garderont avec le plus grand soin de toute amitié particulière. Pleine de danger sous plusieurs rapports, toute affection trop humaine a pour conséquence nécessaire de faire languir la vraie charité et de relâcher le lien de la concorde, qui doit unir tous les membres de la famille religieuse.