ART. 2*. — CLASSES SOCIALES
Il n'y a pas, à proprement parler, de « castes » séparées par des barrières infranchissables. « Le paysan, dit M. Mackenzie Wallace, devient souvent un marchand, et il y a des exemples de paysans et de fils de prêtres de paroisse devenus lob les. » Mais, la société Russe n'en est pas moins divisée, tdministrativement si l'on veut, en diverses classes ayant chaîne leurs droits et leurs obligations, et la statistique officielle Le 1875 distingue encore la noblesse héréditaireou personnelle, aclassecléricale,laclasseurbaine, la classe rurale, sans parler e la classe militaire, dont nous ne nous occuperons pas ici.
La noblesse se compose des descendants des anciens boyards a propriétaires terriens : mais « des hommes nouveaux, dit t. "Wallace, pénètrent dans ses rangs par la voie des distincions officielles, tandis que beaucoup des anciennes familles ont contraintes par leur état de pauvreté de s'en retirer. »
9 Volhynie, Kiev, Pcdolle. — Les 37 autres sont: Arkhangel, Astrakhan, Bessafcbie, Ekaterinoslav, Iaroslav, Kalouga, Kasan, Kbarkov, Kherson, Kostroma, toursk, Moscou, Ni jni-Novgorod, Novgorod, Olonetz,Orel, Orenbourg, Oufa, Pensa, mrmt St-Pétersbourg, Poltava, Pskov, Ri azan, Samara, Saratov, Simbirsk, Smo- Sisk, Tambov, Tau ri de, Tchernigov, Toula, Tver, Viatka, Vladimir, Volodga, :»ronège.
(1) Kalisz, Kielce, Lomza, Lublin, Piotrkov, Plock, Radom, Siedlce, Suvalki, «rsovie.
Au siècle dernier, l'impératrice Catherine 11 lui a le droit de se réunir en assemblée pour régler ses intérêts corporatifs et les questions de tutelle noble, et aussi pour élire un maréchal dans chaque district : au-dessus, se trouve l'assemblée de la noblesse de la province ayant aussi son maréchal élu.
Le clergé se divise en clergé noir ou régulier, et en clergé blanc ou séculier : les popes qui composent le clergé blanc ont, en Russie, une situation très inférieure à celle des membres du clergé noir généralement plus instruits et plus éclairés : tous d'ailleurs forment les consistoires de paroisse et sont sous la direction du Saint Synode.
La bourgeoisie comprend une première classe qui jouit d'nne sorte de noblesse et trois corporations ou guildes entre lesquelles les marchands sont répartis suivant le chiffre plus ou moins élevé de leur patente commerciale : ces diverses catégories ont leurs assemblées ou réunions particulières.
La classe des paysans a été plus particulièrement atteinte par la réforme sociale de 1861. Nous ne pouvons ici qu'indiquer très sommairement quoi était son état antérieur. On a distingué autrefois les esclaves proprement dits, les ouvriers agricoles libres, qui se transportaientd'unpointàun autre du territoire au gré de leur fantaisie, et les paysansqui étaient possesseursde terre en propriété ou en usufruit et membres d'une commune rurale : ces communes formaient des corporations libres élisant leurs autorités parmi les chefs de famille; elles étaient établies sur les domaines de l'État, des propriétaires fonciers, de l'Église ou dos monastères, à charge d'une rente ou redevance et les habitants conservaient toute leur liberté personnelle. Peu à peu l'esclavage disparut. Plus tard, vers le xvï siècle, au tant pour facilite]' la rentrée des impôts que pour obliger a la cul turc des terres moins fertiles généralement abondonnëespar les ouvriers libres, défense fut laite sus habitants des campagnes de quitter le sol ; il n'y eut plus qu'une classe de paysans, tous attachés à la terre. Les quelques propriétés foncières qui pouvaientencoreappartenlrauxpaysans, formèrent des terres indépendantes ainsi que leurs propriétaires, ou au contraire, furent englobées dans les terres des seigneurs
PROVINCES ET COMMUNES (PRELIMINAIRES). Al
cultivées par la commune. Le propriétaire du sol chargé d récolter l'impôt et responsable vis-à-vis du souverain, e profita pour grandir et accroître peu à peu son autorité su les paysans de son domaine : le servage était ainsi constitui L'organisation communale subsista, mais elle était impôt santé en face des droits et surtout du pouvoir du seigneui On pouvait distinguer le servage agraire du servage domest que: le premier s'appliquait au paysan habitant la commun rurale située sur les terres du seigneur: il entraînait aveclt la jouissance d'une portion de territoire, à charge de faire le corvées et d'acquitter les redevances exigées sans régie e sans contrôle effectif par le seigneur; le second s'appliqua: aux serfs vivant dans le château seigneurial ou dans son voi ainage immédiat: ceux-ci ne tenaient aucune terre sauf quel quefois un coin de jardin potager; ils étaient nourris et habil lés par le maître auquel ils servaient pour son service ioté rieur. Les uns et les autres d'ailleurs étaient soumis en fai à l'autorité du propriétaire foncier qui pouvait les châtier, le louer ou les vendre presque à sa guise. Le droit de les vendr sans la terre fut formellement reconnu par plusieurs uka ses; depuis le commencement du xrx° siècle, il était intei dit de vendre séparément les membres d'une même famille. Avant la réforme de 1861, il y avait toutefois une partie importante du territoire qui constituait le domaine de l'État (provenant en grande partie des terres de l'Église et des monastères sécularisés par Catherine II), et les apanages de la famille impériale; les serfs y étaient gouvernés par des fonctionnaires spéciaux ; ils ne pouvaient pas plus que les serfs attachés aux terres seigneuriales changer leur domicile officiel; mais ils Jouissaient, dans la pratique, d'une plus grande somme de liberté.
Enfin, et en dehors de ces différentes clauses sociales, il est indispensable de parler du tchine. De même que laclasse militaire a ses grades, les fonctionnaires civils ont un rang ou grade (tchine) dans la hiérarchie civile qui comprend quatorze degrés correspondant à ceux de la hiérarchie militaire. On obtient le tchine de tel ou tel degré suivant la fonction administrative qu'on exerce, ou même simplement suivant Tins-
traction dont on justifie. Le tchine supérieur est coni trairementparle souverain: le tchine inférieur est généralement donné de droit après un certain stage dans un emploi du gouvernement ou sur production de diplômes universitaires. Tout noble, bourgeois ou paysan peut aspirer au tchine supérieur: aucun d'eux n'y a accès plus facilement que les antres. Le tchine confère certains avantages : on verra notamment que les délits des fonctionnaires sont jugés par des tri-
unaux différents suivant la classe du tchine à laquelle les
révenus appartiennent.
ART. 3'- — REOIME ADMINISTRATIF AVANT IStit-
Chaque gouvernement ou province a un gouverneur qui est l'agent du pouvoir central: ce haut fonctionnaire est umM d'une régence composée de plusieurs conseillers. Des 1778, l'impératrice Catherinell accorde aux assemblées dt •lanobtoti des provinces et des districts le droit d'intervenir dans 11 gestion des affaires locales; elles élisent non seulement le maréchal de la noblesse du district et celui de la province, mais encore les juges de première et de deuxième instance de la province et. aussi le chef de la police do district : enfin, elles ont le droit d'émettre des vœux relatifs aux besoins de la province. Ces états provinciaux à deux degrés, où l'une des classes de la société était seule représentée sont complétés un peu plus tard par des 'jommissîons ou comités auxquels la noblesse, les villes et, dans une mesure pins restreinte, lescom mîmes rurales furent appelées à participer par leurs représentants respectifs, pour y gérer, sous la direction du gouverneur, les affaires do la province : comités des contribution? et redevances locales, d'alimentation publique, des routes et bâtisses. Le maréchal de la noblesse de la province et principalement celui du district deviennent, à raison des fonctions de président qui leur sont confiées au sein de ces comités, les personnages importants de la province. Cependant l'influence du gouvernement n'est point effacée par le rôle considérable que joue la noblesse: le gouverneur de la province conserve une action prépondérante, grâce aux fonctionnaires qui font partie des comités provinciaux, et la nomination du
chef de la police de district a cessé d'appartenir au corps de la noblesse pour rentrer dans les attributions du pouvoir central.
Tel était l'état des choses en 1861.