‹ Construction, description et emploi des appareils de mesure et d'observationChapitre 112 sur 402 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Si mon lecteur est professeur, j'imagine que le titre de ce chapitre évoque immédiatement chez lui le pavillon de Breteuil et les métrologues internationaux. Le bon sens voudrait, au contraire, qu'il évoquât d'abord le bureau d'un vérificateur des poids et mesures; mais le bon sens et l'Université sont depuis longtemps brouillés. Quand j'ai voulu rédiger ce chapitre, j'ai dû me documenter sur (par exemple) la manière dont les mètres en bois étaient aujourd'hui réalisés dans l'industrie. J'ai donc prié un ami de feuilleter les collections de journaux. Dans celle de la Nature (Masson éditeur), il trouva 19 articles sur les mètres du pavillon de Breteuil, mais zéro sur la fabrication des mètres en bois.

Au risque d'être méprisé par les imbéciles, je trouve plus intéressant de savoir comment on fabrique les mètres en bois que la manière de fondre l'alliage servant aux prototypes. Le lecteur sera de mon avis après avoir lu ce chapitre : sans contester l'intérêt pratique considérable des recherches de pure métrologie, il admettra l'intérêt plus grand des mesures commerciales vulgaires avec lesquelles on mesure le drap de son veston, le tour de son cou et la longueur de son pied.

Le professeur de Spéciales parle à chaque instant des approximations dans les mesures physiques. On l'embêterait fort en lui demandant quelles sont les tolérances légales pour les mesures dont se servent les commerçants. Il est probable, du reste, qu'avec une inconscience admirable il répondrait qu'il n'est pas un « marchand », que ces problèmes sont au-dessous de lui et ne figurent pas au programme de l'agrégation.

En lisant ce' chapitre, il verra que toute son intelligence n'est pas de trop pour les discuter. Il sera conduit à réfléchir sur ce que devient la science dans l'application, sur la déchéance inévitable que subissent les belles définitions de ses bouquins. Il s'amusera comme un dieu en comparant les fractions de microns du pavillon de Breteuil et les dixièmes de millimètre de tolérance pour les règles commerciales. S'il n'est pas trop abruti par l'enseignement reçu et donné, il finira par entrevoir, à côté des métrologues professionnels,

SYSTÈME MÉTRIQUE 1 i'J

des millions de gens qui aiment du drap, qui vendent du lait, ou même qui fabriquent des machines. Il trouvera chez ces derniers un intermédiaire entre les mesures proprement scientifiques et les mesures proprement commerciales ; il constatera que les mesures proprement industrielles s'éloignent de jour en jour de ces dernières pour se rapprocher des premières. Il comprendra le rôle des trois organismes de vérification : les Bureaux ordinaires des poids et mesures, les Bureau.? de vérification, tel que celui des Arts et Métiers, les Bureaux de métrologie pure nationaux et internationaux.

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