‹ Construction, description et emploi des appareils de mesure et d'observationChapitre 126 sur 402 · Système décimal · texte numérisé non relu

Système décimal

4". — La discussion de la fameuse loi du 4 juillet 1837 fournit entre Mathieu, Gay-Lussac et le ministre, l'occasion d'un colloque du plus haut bouffon, sur les conditions que devaient réaliser les mesures pour être du système décimal.

Afin de bien comprendre ce qui suit, rappelons qu'en 1812, devant l'opposition très vive que rencontrait dans les masses l'adoption du système métrique (les noms des mesures semblaient trop barbares), un arrêté intervint qui établissait un système bâtard, étrange, invraisemblable. Il permettait dans les transactions commerciales l'emploi d'une toise de deux mètres qui se subdivisait en six pieds, en 12 pouces et en 804 lignes. Ces mesures devaient être divisées en millimètres. On rétablissait une aune de 120 centimètres.

Pour les poids, on reprenait la livre de 500 grammes, qu'on divisait en demie-livre, en quart et demi-quart (ces divisions se sont conservées), en once (de 31,3 grammes, un seizième de livre), en gros (de 3,9 grammes, un cent vingt-huitième de livre).

Ce système reprenait tout ce que l'ancien avait de mauvais. Il abandonnait le système décimal et ses avantages; il rétablissait deux modes de subdivision, l'un suivant les puissances négatives de 2 (demi, quart,...), l'autre suivant des fractions ayant au dénominateur des puissances de 2 et de 3.

Ce fut l'honneur de la loi du 4 juillet 1837 de revenir au système métrique décimal.

m?°. — Mais alors se posa la question : A quelle condition une mesure est-elle du système décimal?

(îay-Lussac réclamait les puissances négatives de 2. «Je voudrais, disait-il, que pour le kilogramme et pour le litre, on put diviser par 2, \ et 8. » C'est alors que l'astronome Mathieu, beau-frère d'Arago, fit cette réponse extraordinaire : « Messieurs, je persiste à dire qu'il faut se borner à la division par 2, par 4, par f> et par 10. La division par 2 donne 50 centièmes; la division par 4 donne 25 centièmes : ce sont des nombres entiers de centièmes qui correspondent à des unités de mesures. Mais la division par 8 donnerait 12 centièmes et demi ou 125 millièmes. II m'est impossible d'admettre ce diviseur... » Plusieurs voix : « C'est évident. »

Ce qui nie parait évident est que l'illustre Mathieu (membre de l'Institut; était idiot! En effet, s'il admet qu'une mesure est du système décimal quand elle correspond à un nombre entier de centièmes, pourquoi cessc-t-ellc do l'être quand elle correspond à un nombre entier de millièmes? Où s'arrêter en cette matière? Pourquoi prendre des airs de savantasse quand il suffit de répondre qu'on ne veut pas multiplier les subdivisions? Pourquoi admettre 2, 2a, 5..., et ne pas admettre 5-, 2^,...?

Jo comprends qu'après avoir admis les subdivisions par 10, 100, 1000..., ou repousse les subdivisions par il, puisqu'elles ne contiennent pas un nombre entier des premières. Mais personne ne pourra

SYSTEME metrujve

démontrer, et pour cause, qu'on viole le système déclinai en permettant de faire une mesure de 30 centimètres de longueur, par exemple.

Certes, pour éviter la confusion et les fraudes qui on résulteraient. il serait mauvais de permettre la réalisation concrète d'un trop grand nombre de mesures de valeurs différentes; mais ne parlons pas de système décimal où il n'a que faire.

La division par 2, 4, 8 est si commode que des milliers de Français achètent tous les jours un quart de café, soit un huitième de kilogramme. Ils gagnent à la non-existence d'un poids spécial qu'on leur en donne 120 grammes pour 12.") ; on ajoute un sou au sou du franc! C'est la faute à Mathieu!

Si quelqu'un possède une définition plus limitative du système décimal, qu'il la produise. Ne la demandez pas à (iay-Lussac : « Je veux, dit-il. maintenir le système décimal pour tout le monde: mais je dis que. pour la vie commune, il faudrait maintenir la division que je propose. » [Bruits divers.'

Quel âge avait donc (iay-Lussac en 1837 pour être gâteux à ce degré?

Quoi qu'il en soit, la loi de 1837 mit fin au gâchis : tout est bien qui finit bien. Ne demandons pas aux députés autre chose, ce serait vraiment trop exiger!

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