Cloutiôros
Avant de construire une cloutière ou machine à fabriquer le clou épingle (pointe de Paris), déterminons les opérations à effectuer; vérifions qu'elles sont faisables par les mouvements élémentaire» que nous savons réaliser. Elles se réduisent à quatre principales :
Fig. 3.
I faire avancer le fil;
II le pincer vers le collet dans un étau pour le maintenir immobile ;
III former la tôte;
IV couper le fil à la longueur voulue tout en taillant la pointe.
la. — AVASCE DU FIL.
Pour faire avancer par saccades un fil rectilignc d'une quantité toujours la même, en opérant à la main, on serre le fil entre deux doigts, on déplace la maiu, on lâche les doigts, on ramène la main à sa position initiale. La période est alors accomplie; elle correspond à deux mouvements alternatifs, l'un des doigts, l'autre de la main. Donc l'opération est mécaniquement faisable avec les organes que nous connaissons.
L'avancée du fil doit être rapide (pour laisser le temps nécessaire aux autres opérations entre deux avancées, sans allonger outre mesure la durée totale de l'opération); mais ensuite il importe peu suivant quelles lois le fil sera lâché et la main ramenée à sa posi-
CLOUS, ÉPtlTGLES, AIGUILLES. — FABRICATION ET EMPLOI ï,j
lion initiale. Au surplus, nous savons que les cames fournissent des lois quasi quelconques pour les déplacements alternatifs.
Une petite difficulté se présente : l'un des mouvements alternatifs (celui des doigts) est imposé â une pièce mobile (la main). Mais, circonstance favorable, il faut que les doigts serrent seulement quand la main se déplace dans un des sens.
La figure 4 représente l'une des nombreuses solutions du problème.
La pièce AR est animée d'un mouvement alternatif rectiligne au
moyen du levier AC, lui-même animé d'un mouvement alternatif circulaire. Le fil est tendu par le frottement du dévidoir sur lequel il est enroulé et des galets entre lesquels il passe pour le dressement définitif; il tend donc à faire coincer l'une sur l'autre les pièces P et Q formant mâchoire, pour le déplacement de la pièce AR dans le sens de la flècke F. Pour le déplacement en sens contraire, les mâchoires se desserrent, le fil est abandonné.
Le lecteur imaginera qu'un doigt fixe réglable, butant sur le côtù MN, amène le desserrage avant que la pièce AR atteigne l'extrémité droite de sa course : ainsi Ion diminue à volonté la longueur entraînée à chaque période.
mo construction des instruments de mesure
2". — Serrage du fil.
Pas de difficulté. Une came rapproche à l'instant voulu et maintient pendant le temps voulu solidement pressées l'une contre l'autre les deux pièces R, S, de l'étau qui sert a la fois d'enclume (fig. 5). L'une est fixe et réglable par des vis; l'autre est mobile dans ses glissières.
3". — Façonnage de la tète et coupage.
La figure 5 montre une des nombreuses solutions.
Une bielle imprime un mouvement alternatif au marteau solidaire de sa crosse : on conçoit qu'au bout de sa course le marteau aplatisse la tête du clou serrée dans l'étau.
En revenant, par l'intermédiaire de deux bielles latérales, la
crosse agit sur une cisaille spéciale qui vient former :la pointe et détache le clou.
Avec le dispositif que j'ai choisi pour exemple (parce qu'il est facile à représenter), voici l'ordre des opérations.
Le fil est saisi dans l'étau, sa tête est formée; alors se produit l'avance. L'étau se resserre, les couteaux se rapprochent (c'est l'instant représenté par la figure); la pointe est façonnée; le clou tombe.
Les couteaux s'écartent, le marteau avance, forme la tête sur le bout de fil qui dépasse l'étau et que les couteaux ont ménagé ;... et ainsi de suite.
Rien n'empêche de modifier l'ordre des opérations, à la condition, bien entendu, de changer de place les couteaux. La tête est formée et simultanément la pointe; l'avance se fait ensuite sur le lil, que serre l'étau-enclume des deux côtés de laquelle [travaillent le marteau et les couteaux.
V. — Los systèmes de cloutières se comptent par centaines; les solutions que j'indique ne sont donc que des exemples.
En particulier, l'écrasement de la tète, que je suppose obtenu avec une bielle (procédé connu sous le nom de compression statique;
CLOUS, ÉPINGLES, AIGUILLES. — FABRICATION ET EMPLOI 5ï7
je ne discute pas la propriété du terme), peut l'être par le choc d'un marteau. Le travail nécessaire est accumulé dans un ressort puissant qui se détend à l'instant convenable ; il projette violemment un mouton 'sur l'extrémité de la tige fortement serrée par l'étau. Le réglage est alors beaucoup plus facile : dans le premier système, la partie glissante de la machine (celle qui porte le marteau) doit être ajustée à une petite fraction de millimètre près; dans le second système, l'ajustage n'a besoin d'aucune précision.
Il faut que la tête soit concentrique à la tige et, autant que possible, circulaire; il faut donc éviter que la tige se cintre pendant l'aplatissement de la tête. On transforme le marteau en une petite bouterolle (g 22), légèrement creusée en son centre, qui empêche la tige de flamber {de se tordre).
La résistance que l'étau. oppose au glissement de la tîge doit être énorme. Le lecteur remarquera les traces de ses mâchoires près de la tête de la pointe (fig. 1); sous la tête, il verra en relief le creux laissé entre les mâchoires; il constatera la correspondance des traces transversales et du relief. Pour fixer les idées, voici quelques efforts maximums correspondant à l'écrasement de la tête {Frémont). Je donne le diamètre du clou en millimètres et l'effort en kilogrammes.
Diamètres : 2,12 2,60 3,30 4,40 5,30
Efforts : 2300 2900 3900 8000 10500.
La pointe est tantôt pyramidale, tantôt conique. Elle est toujours obtenue par un système de couteaux (jusqu'à six) agissant simultanément, dont les lames ont des formes diverses : je ne puis insister.