POSITION ET ÉTAT DU CADAVRE
§. Ier. Position du corps et observations principales sur son
état.
Ce paragraphe comporte trois sous-divisions. .
1°. Position du corps ; flexion des reins et des genoux ; élévation des talons ; état des yeux et de la langue ; couleur du visage.
Manoury, valet de chambre. (6e Témoin. — Instr. de Paris.} Posillond|i t . ' corps suspen-
— Le cote droit de la race du Prince était tourné du du, état de la
côté de la croisée, la joue droite en contact avec le volet : face et des ii >>. •. . , ’ membres, et
la langue n était pas , ainsi que 1 indique le proces-verbal, circonstances
hors de la bouche ; la bouche était seulement entrouverte , de la suspenet on apercevait la langue ployée un peu sur les dents et10” l’intérieur de la bouche; les deux poings n’étaient pas fermés; les deux mains étaient entr’ouvertes, les deux pouces
reposant légèrement sur les autres doigts; les deux pieds touchaient le tapis, et l’élévation des talons ne peut être attribuée qu’à la flexion des genoux 'et à l’inclinaison de la tête qui entraînait le corps en avant.
Je ne conçois pas que Monseigneur ait pu se pendre dans l’état où il a été trouvé , à moins qu’il ne sc fût laissé glisser; et, dans ce cas, il eût eu le dos tourné contre la croisée; il se serait débattu, et rien n’annonce qu’il l’ait fait. Il était dans la position d’un homme qu’on y aurait placé. La flexion des genoux , l’inclinaison de sa tête , lui faisaient perdre au moins quatre pouces de hauteur, et il lui eût suffi de se redresser pour se soustraire à la mort.
D. La bouche du Prince, qui était à peine entr’ ouverte lorsqu’il était accroché à la croisée , ne s’est— elle pas ouverte dans le transport de la fenêtre au lit ?
R. Oui, monsieur; à peine ai-je eu retiré le mouchoir de l’espagnolette , sans défaire le nœud du mouchoir qui soutenait la tête , que la bouche s’est ouverte toute grande ; nous l’avons porté sur le lit , nous l’avons soutenu parderrière la tête avec un oreiller, et la tête , portant alors sur la poitrine, s’est trouvée maintenue.
M. Bonnie, chirurgien du Prince. ( Déposition à Pontoise .) — La langue ne sortait pas , les yeux n’étaient point saillants hors de l’orbite; ils étaient fermés; la conjonctive n’était pas injectée de sang, ni la figure noire ni ecchymosée , comme le visage de tous les pendus doit en présenter la couleur; la pointe des pieds touchait le tapis , les talons élevés , le gauche de trois pouces et l’autre de deux pouces , genoux ployés, bras pendants , poings presque fermés, ce qui n’arrive pas habituellement aux pendus .
Le même. (5e Déposition. — Paris.) — Je dois ajouter que, lorsque j’ai vu le cadavre du Prince, la langue ne dépassait pas le bord des lèvres ; que la bouche n’était que peu entr’ouverte, et que les yeux étaient fermés , et que , dans le cas où il aurait été accroché vivant , la langue aurait été entièrement hors de la bouche , qui eût été grandement ou-
verte , et les yeux eussent été ouverts et grandement hors leur orbite , et la conjonctive injectée de sang et boursouflée', la langue aurait été noire et tuméfiée , la face aurait été ecchymosée , noirâtre il n’y avait aucun de ces symptômes', la face était blafarde.
Le même, (i icf Déposition. ) — Que, « le 27 il y avait du sperme « encore tout frais sur la cuisse gauche et au caleçon , et « une goutte de sang à l’extrémité du canal de l’urèthre , « et que le pénis était en état de demi-érection » ; ' depuis la fracture de sa cuisse (sept ou huit ans avant sa mort) , et depuis qu’il avait rendu trois pierres par le canal de l’urèthre, lorsque le Prince exerçait le coït avec une femme, l’éjaculation était suivie de quelques gouttes de sang. Il avait consulté Bonnie , qui l’avait rassure.
Romànzo, valet de pied. (19° Déposition. — Paris.) — ... .Je trouvai le Prince non pas pendu , mais accroché à l’agrafe de V espagnolette ; ses genoux étaient fléchis , et c’est à cette inflexion que j’ attribue l’élévation des talons ; car les pieds du Prince touchaient le tapis. La tête penchée sur la poitrine ; la figure pâle ; les yeux presque entièrement fermés ; la langue poussait les lèvres mais ne sortait pas de la bouche ; les lèvres étaient noires. J’ai voyagé en Turquie et en Egypte, j’y ai vu plus de cent pendus , et j’ai été singulièrement frappé de la différence qui existait entre eux et le Prince : j’ai toujours remarqué que leur figure était noire , le sang ayant monté à la tête , que leurs yeux étaient ouverts , et que la langue sortait hors de la bouche et était pressée par les dents.
Lecomte, valet de chambre. ( g 1 e Déposition. — Paris.) — Après avoir donné des détails déjà retracés par d’autres témoins , sur la position du corps, la langue, les poings à
1 La phrase marquée par des guillemets a été oubliée dans la consultation qui a été distribuée aux magistrats, et par une transposition faite à l’impression, la fin de la déposition de Bonnie a été attribuée à Romanzo. A. N. G.
demi fermés , le visage ( qui était pâle , mais n’offrait aucune trace de convulsion ni de douleur ) , et les yeux, qui étaient fermés , Lecomte dit : « La position du Prince était « exactement celle qu’il prenait dans son lit.
« Il n’y avait aucun désordre dans ses vêtements; sa « chemise n’était pas froissée. »
Le comte de la Villegontier. [Pontoise.) — La langue était au niveau des lèvres; çe que le témoin explique difficilement vu la pression du mouchoir. La bouche s’ouvrit quand le mouchoir fut levé. Manoury eut de la peine a la fermer.
Le même. (irt Déposition. — Paris.) — La langue sortait de la bouche à peine de deux lignes ; elle était un peu tuméfiée. Lorsqu’on détacha le corps , il n’était pas roide , et s’affaissa sur lui-même. Les yeux , aux trois quarts fermés, s’ouvrirent dans le transport de la fenêtre au lit. Les paupières, qui étaient aux trois quarts baissées, se relevèrent sensiblement. Les yeux avaient le regard droit. Cette circonstance fut l’objet d’une observation de Romanzo à Manoury.
D. L’état du corps n’a-t-il donné lieu à aucune observation de votre part?
R. Je m’explique mal comment , d’après la disposition des mouchoirs, et la difficulté d’un çoint d’appui sur le côté, la tendance de ces mêmes mouchoirs , et le poids du corps , ne, l’aient pas amené à se présenter de face? Il me semble que tel eût été le mouvement naturel au moment où toutes réflexions et forces physiques auraient cessé.
L’abbé Pélier Delacroix, aumônier du Prince (Pontoise.) — La nuque était rouge et découverte , ainsi que le haut des épaules; les deux pieds (le gauche plus que le droit) touchaient le tapis ; les jarrets et la ceinture ployés. Le bout des pieds (le gauche plus que le droit) touchait le tapis qui couvre le parquet de la chambre à coucher, et le talon gauche était peu éloigné de ce tapis. Le corps
était ployé vers la ceinture, de telle sorte qu’il perdait au moins deux pouces de sa hauteur. Les jarrets, aussi ployés , formaient un angle d’environ soixante degrés, et faisaient perdre également plus de deux pouces de la longueur du corps. D’où il résulte que l’infortuné vieillard eût pu frapper des pieds , et reposer les talons sur le tapis.
Le corps ainsi accroché par-dessous la mâchoire inférieure ( sans qu’il y eût aucune pression sur la gorge proprement dite , car Manoury a même dit à l’aumônier avoir passé le doigt entre le mouchoir et la gorge) , la bouche devait être close , et la langue ne devait point paraître. Néanmoins, on la voyait comme épaissie et repliée entre les lèvres. Ici, on doit ajouter qu’à l’instant où le corps a été placé sur le lit , c’est-à-dire vers deux heures après midi , par ordre du juge de paix de Montmorency , la bouche s’est ouverte d' elle-même. Ce phénomène a paru à l’aumônier venir à l’appui de son sentiment , et prouver que la bouche était ouverte forcément avant que le corps fût accroché à la croisée
Delafontaine , garde général des forêts du Prince , à Saint- Leu. (12' Déposition. — Paris.) — De l’agrafe du haut de l’espagnolette , à laquelle était attaché le premier mouchoir, au tapis qui garnissait la chambre du Prince , il n’y a que six pieds quatre pouces , au lieu de six pieds et demi, ainsi que le constate le procès-verbal (du maire de Saint-Leu).
Le Prince touchait le sol de la plante des pieds et des talons ; une des personnes présentes essaya de passer la main sous les pieds du Prince même sous les talons : on ne put y parvenir.
Le Prince avait la bouche entr’ouverte ; sa langue paraissait à travers ses dents; mais ne sortait pas de la bouche. Les deux poings étaient seulement à demi fermés. Les pouces touchaient l’index.
Obry , concierge du château de Saint-Leu. (Pontoise.) — La