CONSULTATION V
Palpitations de Cœur avec suffocation.
Les accès de suffocation que M. leConsultant éprouve tous les matins., et qui s’accompagnent de divers symptômes dans les parties du corps les plus éloignées de la poitrine , ne permettent pas de douter qu’ils ne tiennent en partie à une affection spasmodique et nerveuse. Le nombre, la variété, la succession irrégulière de ces symptômes en fournirait une preuve suffisante , si le caractère nerveux ne se produisait pas d’ailleurs dans chacun d’eux en particulier. Le sentiment de tension qui se communique de la poitrine aux extrémités , l’accélération brusque et soudaine du pouls , la gêne douloureuse de l’estomac , des hypocondres et des reins , les selles et les vents qui sortent à la fin de chaque accès , l’état de susceptibilité , d’inquiétude et de contrainte dans lequel le malade existe habituellement , et qui fait que les moindres impressions déterminent chez lui des battemens de cœur très-accélérés et toujours suivis d’une espèce de sensation interne qu’il exprime en disant
DE MÉDECINE. /Jl
qu’un choc terrible le frappe violemment au-dessous de la région du cœur ; toutes ces circonstances démontrent l’excessive mobilité du système nerveux , dont l’action vicieuse et dominante trouble l’ordre des mouvemens qui ont leur centre dans les organes de la poitrine.
Mais comme il y a en même - temps plusieurs symptômes qui annoncent une lésion considérable du cœur et des vaisseaux sanguins ; comme cette affection peut elle-même influer sur l’état du système nerveux qui , à son tour., peut aggraver cette dernière , c’est à la double considération du système nerveux et vasculaire affectés l’un dans les forces sensitives et motrices , l’autre dans les forces de contraction , et peut-être aussi dans celles de son tissu , qu’il faut ramener toutes les notions qui résultent des caractères de la maladie de M. le Consultant. C’est aussi vers ce double objet que toutes les méthodes de traitement doivent être dirigées; et nous avons constamment ces deux choses en vue dans la distribution méthodique des moyens que nous allons proposer.
i°. On doit approuver et recommander derechef les différentes baissons mises en usage par les médecins déjà consultés. Le malade pourra les varier, usant par alternatives de l’eau de veau, delà dissolution de gomme arabique , de l’eau de laitue , du petit-lait , et autres liquides de ce genre , qu’on remplacera , si l’on veut, avec des infusions pectorales, comme une infusion théïforme de quantités
égaies de feuilles d’hyssope, de véronique et de lierre terrestre. Les bouillons de mou de veau , d’escargots , de grenouilles , de tortue , seront employés de temps en temps avec avantage; mais on les suspendra pour peu qu’on s’aperçoive qu’ils fatiguent l’estomac ou qu’ils favorisent des congestions muqueuses sur les poumons.
2°. L’usage de l’eau de goudron et des différentes espèces de lait nous paraît également convenir à l’état do malade. Le crachement de sang accidentellement survenu au mois de frimaire dernier , ne doit point le détourner du premier remède, dont il n’usera du reste qu’avec modération.
5°. Ces remèdes , que nous recommandons seulement pour disposer à l’action de quelques autres moyens plus énergiques , seront alternativement repris et quittés, selon l’effet que le malade en éprouvera pendant toute la durée du traitement. Ceux qu’il sera utile d’ajouter le plus tôt possible aux précédens , sont des pilules composées d’après la formule suivante :
% Assa-fœiida. demi-gros.
Castoreum. c un gros.
Opium gommeux dix grains.
Fleurs de zinc. vingt grains.
Sel de nitre trente grains.
Camphre. quinze grains*
Mêlez; faites des pilules de quatre grain s.
On donnera trois pilules matin etsoir ; la dose pourra être graduellement augmentée et portée successivement jusqu’à celle de six pilules pour chaque piise.
4°. Après qu’on aura usé de ces pilules pendant dix ou quinze jours, le malade cessera d’en prendre , et il les remplacera, pendant dix ou quinze jours, par des pastilles préparées avec
Poudre d’aconit demi-gros.
Sel de tartre trois gros.
Gomme arabique. . « « • suffis, quant.
On prendra trois ou quatre pastilles ainsi composées dans le cours de la journée; on reviendra ensuite aux pilules ci-dessus indiquées, et on alternera ainsi de quinze en quinze jours l’usage des pilules et celui des pastilles. Par dessus la dose de ces remèdevS réservée pour le soir , on avalera une émulsion dans laquelle on fera entrer environ dix grains de sel de nitre.
5°. L’application des sangsues offre un moyen trèsefficace pour rompre les spasmes et modérer l’activité des vaisseaux. On fera ces applications sur les parties antérieures et latérales de la poitrine , et quelquefois sur les bords de l’anus et le long de la partie interne des cuisses. Mais il importe qu’on répète Iréquemment cette pratique , si les iorces du malade permettent de le faire.
6°. Le cautère que porte M. le Consultant sera entretenu , quoiqu’il fût peut-être préférable de lui
GON SULT ATIONS
substituer des vésicatoires promenés sur divers points de la surface de la peau. La présence du cautère n’empêchera pas qu’on ait recours aux applications de vésicatoires. Les frictions sur la poitrine et sur le reste de l’habitude du corps tendront au même but et seront employées pour les mêmes raisons* Elles seront faites avec un liniment composé d’huile de camomille , d’onguent d’alihæa , d’esprit de sel ammoniac et de teinture de cantharides ; mais on aura soin de bien observer si Faction excitante de ces médicamens parait adaptée à la sensibilité du malade.
7°. Les bains de jambe pris jusqu’au genou dans l’eau tiède , à laquelle on ajoutera une demi-poignée de graines de moutarde , rempliront avec utilité le même objet. Enfin les Savemens préparés avec une décoction de fleurs de camomille* et de racine de valériane , dans laquelle on aura fait dissoudre cinq ou six grains d’assa-fœtida et de camphre , seront donnés journellement à moitié seringue ou à moitié dose , pour obtenir avec plus de certitude l’effet avantageux qu’ils doivent produire contre le spasme des organes intérieurs.
Ce qu’on nous a fait connaître du régime ordonné au malade , nous dispense d’établir aucune règle à cet égard, persuadé qu’en cela il doit se conformer rigoureusement à ce que sa propre expérience et les conseils de ses médecins lui ont appris.
Délibéré, etc.