‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 13 sur 83 · CONSULTATION IV · texte numérisé non relu

CONSULTATION IV

Epilepsie .

L'histoire exacte et détaillée des symptômes qui ont précédé et qui accompagnent aujourd’hui la maladie pour laquelle on nous consulte , ne laisse aucun

doute sur la nature et l’espèce de cette affection* Il est probable que la disposition convulsive , héréditaire chez la malade , a été renforcée par diverses causes successives qui ont singulièrement altéré le système des forces sensitives et motrices. Parmi ces causes, il n’en est aucune qu’on puisse regarder comme le principe manifeste de la maladie à la production de laquelle ell e a dû concourir. Nous sommes donc réduits à considérer l’épilepsie de la malade sous le simple rapport d’une affection directe du système nerveux , d’autant plus grave qu’elle est invétérée, qu’elle paraît tenir à une disposition héréditaire , et qu’elle se montre à certains égards soumise à l’influence des révolutions atmosphériques.

Les principes des indications thérapeutiques que

cette maladie présente , nous paraissent devoir être ramenés aux chefs suivans :

i°. Nous croyons qu’une des pratiques les plus utiles dans le traitement de cette épilepsie, doit être d’écarter l’influence des constitutions qu’amène la marche périodique des saisons. En conséquence , il faudra que la malade se mette à l’abri du froid et del’humidité de l’air pendant Fhiver,* qu’elle provoque une ou deux fois le vomissement avec l’ipécacuanha ; qu’elle use de cette racine à petite dose sous forme de décoction , de teinture ou de sirop, et qu’elle emploie généralement tous les moyens indiqués contre les maladies ordinaires de cette saison. Madame changera de méthode aux approches du printemps, pour insister alors sur les saignées, l’application des sangsues, les boissons délayantes et tout l’appareil du traitement antiphlogistique. Cette vue de modérer la disposition inflammatoire particulière au printemps sera remplacée pendant l’été par l’usage des boissons acidulées, des laxatifs, tels que la casse et les tamarins, et de tous les remèdes capables d’empêcher l’effet de la constitution estivale. Enfin on aura recours aux apéritifs, aux fondans et àux toniques , comme les sucs d’herbes , la terre foliée de tartre , les plantes savonneuses, les extraits amers , le quinquina, etc., pendant l’automne, afin d’écarter les maladies dont elle développe le germe. Ainsi le traitement sera varié dans chaque saison , de manière à empêcher que les révolutions établies par le changement de température et de constitution

Dû MÉDECINE. 4?

oe puissent servir à provoquer les accès de l’épilepsie.

2°. Outre l’indication des moyens prescrits dans l’article précédent , sous le point de vue de remédier à l’influence des saisons , il en est plusieurs qui doivent être conseillés pour d’autres motifs à toutes les époques de l’année. Ainsi , par exemple , comme iî importe de ne pas négliger dans le traitement l’état du système vascuîaire-sanguin , dont l’action parait former une des causes excitantes des accès , on devra revenir de temps en temps aux saignées du pied, à 1 application des sangsues et même des ventouses scarifiées le long de la face interne des cuisses. On insistera aussi sur l’emploi des autres révulsifs. Dans cette vue , nonseulement on laissera subsister l’exutoire déjà pratiqué , mais il sera même avantageux d’en ouvrir un second, ou de l’aider au moins en portant des vésicatoires sur différentes parties du corps pour exciter de temps en temps l’organe cutané : les frictions sèches , les bains de pied, les baias généraux rempliront le même objet et devront être conseillés par la même raison.

5°. Un moyen de même ordre, et qui cependant exerce une action différente , est celui des frictions faites avec une teinture antispasmodique dont 1 opium constitue la base.

Qfi Opium cru. trente grains.

Camphre. . un gros.

Faites dissoudre dans trois onces d’alcool.

On se servira de cette teinture pour des frictions , qui seront faites sur les cuisses , les jambes , le dos et toute la colonne épinière., b la dose d’abord de deux cuillerées par jour ; on les répétera plus ou moins , en raison de l’effet qu’elles paraîtront produire.

4°. On entretiendra constamment la liberté du ventre par des lavenrens et par l’emploi des pilules d’Anderson , qui seraient bonnes encore à raison de l’aloës qu’elles contiennent ; les lavemens seront préparés non-seulement avec les plantes émollientes , mais quelquefois aussi avec des substances antispasmodiques * comme la racine de valériane, l’assa-fœtida, le camphre; ces derniers seront donnés à moitié dose , et précédés chaque fois d’un lavement d’eau simple pris à dose entière , suivant la méthode de Kœmpf.

5°. Après les préparations nécessaires dont nous avons indiqué une partie, et que nous soumettons du reste à la direction de monsieur le médecin ordinaire, la malade commencera d’user habituellement d’un électuaire antispasmodique, dont elle prendra, les quinze premiers jours, une seule prise le matin à jeun, et dans la suite une seconde prise le soir vers les cinq ou six heures. Chaque prise sera composée de

Assa-fœtida. « dix grains.

Cinnabre quatre grains.

Camphre six grains.

Fleurs de zinc six grains.

Conserve d’enuia-campana. . . quant, suffis,

Sur la prise du matin, on avalera un bouillon préparé avec

Racine de valériane ....... deux gros.

Racine de pivoine mâle concassée, deux gros.

Cerfeuil demi poign.

Le cœur de trois ou quatre laitues.

Maigre de veau demi-livre.

L’éleetuaire sera continué pendant l’intervalle d’un

accès à l’autre ; mais on pourra le cesser et le reprendre alternativement, ou même le modifier et le renforcer par quelques grains de safran et de musc.

6°. On tâchera de fortifier l’estomac et tout le système digestif en donnant à la malade une teinture tonique dans laquelle on fera entrer le quinquina, la valériane et l’ipécacuanha. Il suffira de verser la décoction chaude d’un gros de valériane en poudre sur trente grains de quinquina et dixgr. d’ipécacuanha en poudre , pour faire cette teinture , dont Madame prendra trois cuillerées dans le jour.

y0. La malade usera pour boisson , tantôt de quelques eaux délayantes , comme celles de veau , de poulet , de laitue ; tantôt de quelques infusions antispasmodiques , comme celles de feuilles d’oranger, de tilleul , de muguet. La chose importante est de ne jamais suspendre long-temps ces boissons.

8°. Comme on ne doit pas craindre de trop multiplier les exutoires , il faudra ouvrir un séton à la nuque , dans le cas où l’on découvrirait les signes d’une congestion invétérée sur la tête.

9°, On ne négligera point les applications de topiques caïmans. Un emplâtre composé avec l'opium , le camphre , la thériaque, le baume du Pérou , qu’on placera sur l’épigastre et à la plante des pieds , ne sera peut-être pas sans efficacité. Les embrocations sur la région hypogastrique, avec l’huile de rhue et l’huile de vers , pourront être tentées dans le même esprit.

io°. Il importe de bien observer l’ordre et l’intensité des accès qui surviendront à i’avenir ; c’est le seul moyen qu’on ait pour connaître et apprécier les effets réels de la méthode de traitement. Si l’on n’apercoit aucune amélioration ni dans le retour des accès , ni quant à leur force, ni quant à leur fréquence, ni quant à leur durée, on fera une nouvelle tentative par les antispasmodiques tirés des plantes vénéneuses, dont l’application à l’épilepsie n’est pas cependant aussi généralement avantageuse que dans certaiües maladies nerveuses et même convulsives d’une autre espèce. On commencera par donner une pilule d’un grain d’extrait de jusquiame incorporé dans la poudre de feuilles d’oranger. Cette dose sera prise d’abord malin et soir , et au bout de quelques jours on augmentera la dose du matin par l’addition d’un demi grain d’extrait d’aconit. On surveillera l’effet de ce remède, dont le médecin graduera les augmentations sur ce qu’il aura lieu d’en observer. Les autres antispasmodiques déjà recommandés ne seront point abandonnés, pour peu qu’ils puissent servir.

ii°. Si l’on a quelques raisons de croire que les accès répondent aux révolutions lunaires , il sera trèsessentiel de s’en assurer; et dans ce cas , on aurait soin de renforcer les doses des antispasmodiques , et notamment de la valériane , de Passa-fœtidâ , du quinquina , vers la nouvelle ou pleine lune. Si l’on peut saisir quelque indice d’une marche périodique , on essaiera de borner, pendant quelque temps , tous les remèdes au seul quinquina , dont la malade fera usage de la même manière que si elle était atteinte de toute autre maladie périodique.

1 2°. Si , par l’elFet des remèdes ? par une révolution salutaire, par une cause imprévue, il se déclarait un mouvement de fièvre , une éruption cutanée , un dépôt sur quelque partie , on sent qu’il serait à propos de les favoriser , et raisonnable d’en attendre un véritable bien, car la nature a quelquefois dissipé d’ellemême des épilepsies qui résistaient aux secours les mieux combinés de l’art.

i5°. À ce traitement général on doit joindre une pratique particulière applicable au temps même des paroxysmes ou des attaques. Elle consiste dans l’adminisiration des potions antispasmodiques , des frictions sèches sur toute l’habitude du corps , et de tous les moyens capables de rompre ou de diminuer le spasme. Cet objet, ainsi que bien d’autres qu’il nous est impossible de prévoir , sera conduit et varié par le médecin ordinaire avec tout l’avantage que nous promettent son discernement et ses lumières. Nous

abandonnons de même à sa direction le soifl d’ordonner et de surveiller le régime , que l’on doit établir sur des vues conformes à notre méthode de traitement et à l’expérience acquise par l’observation journalière du genre de vie que la mfalade a coutume de suivre.

Délibéré , etc.

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