CONSULTATION VII
Affaiblissement du Cerveau et des organes de la
Génération.
En rassemblant toutes les circonstances présentées dans le Mémoire de M. le Consultant , il est facile de se convaincre que sa constitution vigoureuse et forte ne s’est altérée que par l’habitude de la masturbation qu’il contracta dès l’âge de quinze ans , et par l’effet des études forcées et des inquiétudes de l’esprit qui ont dû avoir plus de prise sur un tempérament porté à la mélancolie , comme le sien paraît l’être. Des digestions pénibles , une faiblesse de poitrine , une irritabilité considérable, des douleurs de rhumatisme et particulièrement de sciatique , tels furent les accidens qui suivirent d’abord ces erreurs de régime.
A vingt-deux ans , Monsieur eut une maladie vénérienne qui fut mal guérie , et à laquelle il rapporte la cause de ses douleurs. Il reconnaît que son état s’est amélioré j quoiqu’il ait continué de vivre au milieu des agitations , des travaux et des inquiétudes de l’esprit.
Il lui reste cependant deux incommodités graves pour lesquelles il demande nos conseils»
La première de ces incommodités consiste dans une forte propension au sommeil , qui se renouvelle plusieurs fois chaque jour, et dont ia violence se fait principalement sentir après les repas ; elle pa raît dépendre de l’état de l’estomac et des viscères du bas-ventre plutôt que d’une affection primitive du cerveau , et sous ce rapport elle nous offre i’espé rance d’une guérison plus certaine.
La seconde incommodité, relative à l’affaiblissement des parties de la génération , qui le rend incapable d’en faire usage , reconnaît plusieurs causes qui peuvent contribuer à la produire. La même impression de faiblesse nerveuse qui paraît s’être fixée sur le cerveau elles viscères du bas-ventre, a pu atteindre les organes de la génération; et ceux-ci étant à leur tour frappés d’atonie , les vaisseaux spermatiques , les canaux excrétoires , les organes extérieurs, ne sont plus susceptibles d’éprouver le degré d’irritation nécessaire pour remplir convenablement la triple fonction de séparer la liqueur séminale , de la pousser dans les canaux , et de l’éjaculer avec une force convenable. Sous ce point de vue , l’affection des parties viriles est de même ordre que celle des organes digestifs , qui cause la tendance à l’assoupissement. Elles dépendent toutes deux du même principe, et doivent être attaquées par les mêmes moyens.
Mais il y a plus , il est probable que c’est à un vice
particulier de la liqueur séminale qu est due chez le Consultant , son éjaculation prématurée , ce qui rend par cela le coït impossible. Cette altération de la liqueur séminale peut elle-même tenir à la manière dont ses principes constituons sont élaborés par les organes digestifs , et alors elle rentre dans l’affection de ces oro-anes , ou à l’action des vaisseaux sécrétoires modifiés de telle sorte qu’ils font de cette liqueur une sécrétion imparfaite , ctrJors elle se confond avec la faiblesse ner veusede ces vaisseaux. Dans tous les cas, la double incommodité du Consultant, provoquée par des erreurs de régime et des causes énervantes, favorisées par les dispositions d’un tempérament irritable et nerveux, me paraît dépendre essentiellement d’une faiblese atonique , jointe à un excès de sensibilité et de mobilité dans le système nerveux , ou du moins dans les parties de ce système qui appartiennent aux organes digestifs et à ceux de la génération. C’est donc à cette cause essentielle et fondamentale que doit, se rapporter tout ce que le malade éprouve , comme tout ce que l’art peut, faire pour le soulager. On peut , je crois, se flatter de réussir par le régime et les remèdes suivons :
i°. Le Consultant se nourrira d’ali mens doux et chargés de matières gélatineuses ou nutritives; il préférera ceux qui sous un petit volume contiennent uneplus grande quantité de sucs nourriciers, et ceux dont il a éprouvé que la digestion lui est plus facile. Il les tirera surtout des herbages et légumes doux , aqueux , mùcila
gineux et sucrés , cuits avec peu d’apprêt ; des diflérentes espèces de lait , de viandes blanches , de poissons ; des soupes , consommés , purées , fécules , gruaux, gelées , etc. : ainsi la laitue, les épinards, les carottes , les pommes de terre , les cardons * la courge , le lait de vache ou de chèvre, les diverses sortes de viandes blanches et de poisson , les coquillages , les huîtres, les écrevisses de mer, les œufs, les soupes de riz , de vermicelle , d’orge , de macaroni , de semoulle et antres pâtes d Italie, les gelées de viandes ou de fruits , tels sont les objets qui doivent former le fonds habituel de sa nourriture.
Nous lui recommandons la gelée de corne de cerf à titre d’aliment et de remède ; il la mangera à ses repas comme une confiture , seule ou mêlée avec suffisante quantité de lait d’amandes. Il évitera les alimens âcres , échauffans , aigres , flatueux , indigestes et crus ; il usera modérément de sel et de salaisons. Sa boisson ordinaire consistera en bonne eau de fontaine et. en bons vins vieux de pays secs et généreux ; le vin de Bordeaux et ceux qui se rapprochent de sa qualité méritent la pretérence. Il observera de boire toujours froid et même à la température de la glace, autant qu’il le pourra; il s’abstiendra deliqueurs spiritueuses et fermentées, mais il se permettra un peu de café apres ses repas. M. le Consultant se couchera de bonne heure et se lèvera matin; à son lever il fera une petite promenade à la campagne pour recevoir l’impression bienfaisante
du soleil levant. L’exercice qu’il fera chaque jour sera, du reste, subordonné à l’état de ses forces et à l’intempérie de la saison. Cet exercice sera fait à pied ou à cheval ; mais ce dernier sera pris avec modération pour ne pas affaiblir les organes génitaux. Il fuira tout genre de travail qui demande une trop grande contention d esprit 9 et il écartera de son imagination tout ce qui pourrait l’émouvoir* Sans chercher à exciter en lui des désirs inutiles , il pourra cependant faire de temps en temps l’essai de ses forces , et joindre à ce régime l’emploi des moyens suivans.
i°. M. le Consultant prendra chaque jour un bain froid , dans lequel il restera aussi long-temps que ses forces le permettront , et en sortant du bain il fera un exercice modéré jusqu'à ce qu’une douce moiteur se soit développée. Il conviendrait d’ajouter quelques substances astringentes à l’eau du bain , comme la poudr e d’alun , la râpure d’écorce de chêne , du bois de campêche , ou de ferrer cette eau en y faisant éteindre des morceaux de fer rougis , etc. , etc.
Le soir , et surtout au moment où la propension à l’assoupissement se fait sentir , il se fera verser de l’eau froide et appliquer des morceaux de glace sur la par tie supérieure de la tête ; il se fera frotter la nuque et toute la colonne épinière avec de l’eau-de-vie animée par quelques gouttes d’alcali volatil,* il se frictionnera matin et soir tous les membres avec de la flanelle sèche on imbibée d’eau-de-vie , ou mieux en-
eore avec une brosse;
il insistera sur les frictions
à la région du bas-ventre , à celles des lombes , et au-
tour des parties génitales ; il fera de temps en temps des applications de glace sur les mêmes parties * il les bassinera journellement avec une dissolution d’alun et de vitriol blanc, animé avec la teinture de cantharides de la manière suivante :
Alun calciné. » un gros.
Vitriol blanc. demi-gros.
Faites dissoudre dans suffisante quantité d’eau; ajoutez de quinze h vingt gouttes de teinture de cantharides.
Il usera de lavemens préparés avec une décoction de roses de plantain , de grenades , de consoude , d aigremome ; il en cesserait l usage si la liberté du ventre paraissait altérée.
2°. Au commencement de chaque repas , M. le Consultant avalera dans la première cuillerée de soupe un grain d’ipécacuanha en poudre; et après le repas , une cuillerée d’élixir stomacal d’Hoffmann.
5°. Il variera l’emploi des stomachiques et des fortifians , en usant alternativement des décoctions de camomille, de sauge, de menthe /de romarin, de gentiane , de quinquina , de cascarille , et renforçant les vertus de ces décoctions par quelques gouttes d ehxii vitriolique ou de teinture de mars. C’est dans cette vue qu’on peut lui prescrire les eaux minérales gazeuses , légèrement martiales, naturelles ou artifi-
cielles , comme celles de Spa , de Lamalou et du voisinage d’Uzès.
4". Chaque matin , M. le Consultant prendra la valeur d’une grosse noisette de l’opîat suivant :
y Conserve d’aunée. .
Conserve de roses.
aa de mi- on ce.
Quinquina en poudre. . . « . un gros.
Poudre d’arnica vingt grains.
Safran de mars. ....... un scrupule.
Extrait d’aloës . • deux gros.
Mêlez avec suffisante quantité d’eau d’armoise , pour former un opiat.
Il répétera la même dose le soir en se couchant.
Il pourra faire réduire une partie de ce mélange en tablettes, en y ajoutant du mucilage et du sucre , et mangera quelques-unes do ces tablettes dans le courant de la journée.
5°. On favorisera l’effet des remèdes et du régime qui viennent d’être prescrits , par l’application dans le voisinage du périnée d\m emplâtre fortifiant , que l’on pourra composer avec
Diabotanum. « ....... . une once.
Térébenthine cuite. ...... demi-once.
Terre sigillée. . ....... deux gros.
Vitriol blanc. ...... .... deux gros.
Le tout mêlé , pour un emplâtre qu’on étendra sur
Go
un morceau de peau de chamois, de la grandeur de la main. Nous ne disons rien du lait d’ânesse , qui peut trouver sa place dans le traitement , et de quelques autres moyens convenables aux circonstances diverses qui pourraient apporter des modifications dans l’ordre du régime et des remèdes que je viens d’établir.
Délibéré , etc. (1)
(i) J’ai trouvé dans les papiers de M. Dumas des renseignemens sur le sujet de cette consultation, desquels il résulte que la méthode de traitement qui vient d’être exposée a été suivie d’un plein succès. ( L. R. )
CONSULTATION VIH.
Catarrhe chronique de la V essie.
D'après le mémoire très-détaillé qu on m a remis sur la maladie pour laquelle on me consulte , il paraît qu’elle dépend , dans son principe , d’un état de fluxion qui , établi d’abord sur les organes de la poitrine, s’est porté ensuite sur les voies urinaires, y détermine une congestion de matières épaisses et glaireuses , et embarrasse ou dérange leurs fonctions.
Le Consultant, d’un tempérament irritable et lacde à émouvoir , livré pendant sa jeunesse à l’étude et au plaisir , déchiré à plusieurs époques par des peines d’esprit, et jeté dans une suite d’affaires qui ont vivement affecté son moral , éprouva un crachement de sang au mois d’octobre 1771* Cet accident n eut pas de suites fâcheuses; mais dans l’hiver de 1785 à 1784 , il fut attaqué d’un catarrhe , et quelque temps après, un second crachement de sang se manifesta. L’affection de la poitrine, qui jusqu’alors avait été la seule dont il avait eu à se plaindre, fut, en 1787,
remplacée par celle des voies urinaires. Ce changement fut annoncé par un pissement de sang qui se répéta en 1792. Depuis cette époque , M. le Consultant a res senti des douleurs vers le col de la vessie , et a éprouvé de nouveaux pissemens de sang, de la Constipation, des rétentions d’urine. Il a aussi retiré, par la sonde , des matières épaisses et glaireuses; il en a ensuite rendu librement par les urines. On a traité cette maladie par des boissons émollientes et mücilagineuses , par la diète blanche , par les bains de siège , les bains domestiques , le laitd’ânesse et un régime approprié; la santé a paru quelques instans améliorée; mais ce traitement n’a pu suffire pour dissiper les matières glaireuses qui se sont accumulées sur les organes urinaires, et il s’est fait toujours de nouvelles congestions.
D’après cet exposé, il est clair que la maladie du- Consultant est entretenue par une surabondance de matières glaireuses et muqueuses qui se reproduisent en plus grande quantité que dans l’état naturel, et par une suite de mouvemens fluxionnaires qui dirigent et portent habituellement ces matières vers les organes sécrétoires de l’urine. On sait qu’une habitude invétérée de fluxions sur certains organes y introduit une faiblesse relative qui les dispose à devenir le siège de toutes les maladies que le corps éprouve. Cette disposition a dû être favorisée chez le malade par tous les remèdes émolliéhs et relâchans dont il a fait usage jusqu’à ce jour.
Le traitement de cette maladie doit être relatif à la
production des matières glaireuses et à leur tendance vers les organes ur«naircs ; il doit suivre la double indication que ces deux élémens présentent , et embrasser les moyens également propres à corriger et â changer l’un et l’autre. Les remèdes et le régime suivans me semblent propres à remplir les vues que je viens d’indiquer.
i\ Le malade s’interdira le poisson , les ceuts , les substances grasses et oléagineuses , les chairs tendres , délicates et succulentes, les gelées, les farineux et autres alimens où les principes gélatineux , muqueux et sucrés, prédominent.
Il s’accoutumera peu à-peu à un régime sec, bannissant les ragoûts ou apprêts composés , comme la pâtisserie, la friture, le fromage, le vermicelle, etc. Il se nourrira habituellement de viande de boucherie , bouillie ou rôtie , ou préparée sur le gril ; il préférera la chair de bœuf ou de mouton à celle d’agneau ou à la volaille ; il entremêlera dans ses alimens de bonnes racines et herbes potagères, comme épinards , oseille, salsifis , carottes , chicorée , cresson , etc. il usera avec sobriété du gibier et des viandes noires.
Sa boisson ordinaire sera de la bonne eau de tontaine, mêlée avec un peu de vin vieux du pays. Il pourra même boire un peu de vin pur à chaque repas ; mais il bannira les liqueurs spiritueuses eifermentées: dans cette exclusion , je ne comprends pas le café , qui peut être utile comme correctif des glaires. Le Consultant fera chaque jour un exercice modéré dans
64 C 0 N s U L TAXIONS
la campagne, à pied ou en voiture; il évitera la vie sédentaire et le travail du cabinet ; il se couchera de bonne heure , et se lèvera matin , ayant la précaution de ne jamais dormir immédiatement après le repas.
Les remèdes qui paraissent les plus propres à aider l’effet du régime précédent pour empêcher la production des matières glaireuses , doivent se tirer de la classe des délayans , des incisifs et des fondans. Le malade fera donc un usage habituel de boissons ou de tisanes délayantes, rendues incisives par l’addition de quelques sels neutres. La tisane de saponaire est celle qui doit le mieux remplir ces vues. Sur une pinte et demie d’eau , on fera bouillir une once et. demie de racines de saponaire jusqu’à diminution d’un tiers, et l’on y fera dissoudre une once de sel poJychreste ( tartrate de potasse et de soude) ; on en boira une pinte par jour; on pourra la remplacer ensuite par la tisane de chicorée et de cerfeuil , par celle de garance , par les eaux minérales salines : la chose importante est que lemalade en boive une grande quantité.
2°. Tous les matins , le malade prendra quatre grands verres de petit lait bien clarifié avec le blanc d Œuf, dans lequel on aura fait dissoudre trente grains de terre foliée de tartre , et huit grains de sel ammoniac; on pourra augmenter graduellement la dose de ces sels.
3°. Dix jours après l’usage du petit-lait, on com- > mencera celui des sucs d’herbes composés , qui seront
pris le matin à la place du petit-lait ; chaque prise sera de six onces de suc exprimé de chicorée, de cerfeuil , de cresson, par parties égales,* on jettera dans le mélange la même quantité de terre foliée de tartre , et de sel ammoniac. On alternera le petit-lait et les sucs d’herbes , de manière qu’on prenne l’un pendant dix jours consécutifs pour passer ensuite à l’autre.
4°. Après un mois de ces remèdes préliminaires le malade se purgera avec les poudres que j’indiquerai plus bas , et il se mettra à l’usage des pilules suivantes, qu’il continuera pendant le reste du traitement.
^ Antimoine cru deux gros.
Mercure doux vingt grains.
Scille en poudre un scrupule.
Extrait de douce-amère. . . . demi-once.
Extrait aqueux de gentiane. . . une once.
fl
Mêlez avec suffis, quant, de sirop des cinq racines apérilives pour faire des pilules de quatre grains. Le malade prendra trois de ces pilules le matin h jeun , et autant le soir en se couchant. On pourra dans la suite y faire entrer la gomme de gayac , et substituer aux sucs d’herbes de fortes décoctions de gayac. Les boissons prescrites ci-dessus pourront être avantageusement remplacées dans le cours du traitement par l’eau de goudron et par i’eau seconde de chaux.
Dans la vue de détourner les matières muqueuses des organes urinaires vers lesquels elles se portent
habituellement , il faudra s’efforcer d’en produire la révulsion par les moyens appropriés: en conséquence , le malade se purgera d’abord avec unè médecine ordinaire, ou avec les poudres de Dousçin-Dubreuit auxquelles j’ai vraiment reconnu la propriété de changer, de corriger et d’évacuer les glaires; elles sont tirées du règne végétal , et je crois que la sca monée et l’ipécacuanha en forment la base. Le Consultant pourrait donc en faire venir quelques paquets de Paris, ou bien, à leur défaut, user des poudres suivantes, qui auront , je pense , la même efficacité.
Scammonée. un scrupule.
Jalap. ............ un gros,
Ipécacuanha. . dix grains.
Mêlez , réduisez en poudre très-fine, et divisez en paquets de huit grains.
Le malade prendra deux paquets de cette poudre , et il répétera la même dose toutes les fois qu’il devra se purger : il réglera les répétitions et les doses de ce remède , de manière à procurer sans fatigue une évacuation assez abondante tous les quinze jours. Il pren dradans les jours d’intervalle des prises de ce remède , des lavemens avec une décoction de camomille , dans
chacun desquels on fera dissoudre demi-once de sel
de duobus ( sulfate de potasse ).
5°. On établira le plus tôt possible un cautère au bras , qui pourra dans la suite être changé et transporté au gras de la cuisse ou de la jambe; on fera
usage des bains domestiques et des frictions » des bains de siège avec de l’eau froide , plutôt que chaude, des injections avec de l’eau de chaux , ou avec une dissolution alkaline ; des applications fortifiantes sur les cuisses; des douches avec une eau sulfureuse sur le même endroit. On peut encore employer la glace avec succès, et l'appliquer comme répercussif et tonique , dans la vue de détruire cette disposition de la vessie qui attire sur elle cette grande quantité de matières glaireuses.
Délibéré, etc.