‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 15 sur 83 · CONSULTATION IX · texte numérisé non relu

CONSULTATION IX

Affection spasmodique nerveuse chez une femme

enceinte .

La malade pour laquelle on me consulte éprouve, depuis sa troisième couche, des douleurs vives et constantes dans les bras et dans l’estomac. Ces maux se font quelquefois sentir avec une intensité telle, que Madame la Consultante perd l’usage des sens et est frappée d’une roideur douloureuse dans les bras , qui ne se dissipe que lorsqu’elle reprend son entière connaissance: les accès durent environ vingt- quatre heures, et viennent ordinairement à la suite de quelque affection morale.

La malade a souffert dans son enfance des douleurs très-aiguës aux bras. Après sa première couche elle ressentit une douleur vive sous les cotes du côté gauche , et cette douleur existe encore aujourd’hui. Madame est âgée de vingt -sept ans, d’une bonne constitution; elle n’est incommodée par aucune espèce d’alimeos , et n’éprouve jamais la moindre altération dans le cours de ses règles; elle est enceinte depuis quatre mois et désire savoir si rien ne s’oppose à ce qu’elle nourrisse son enfant.

D5après cet aperçu des symptômes qui caractérisent la maladie de la Consultante, il est facile de voir qu’elle est déterminée par une disposition spasmodique du système nerveux, à laquelle on peut rapporter tous les spasmes et mouvemens irréguliers qui se portent sur différentes parties de son corps. Cette affection n5a pas encore porté profondément sur aucun organe en particulier, et dans l’état où elle se présente elle me paraît susceptible d’une guérison complète. La circonstance de la grossesse ne saurait empêcher qu’on remplisse aujourd’hui les indications que la maladie réclame , et pour lesquelles nous croyons pouvoir prescrire le régime et les remèdes suivans.

Madame la Consultante se nourrira d’alimens doux, aqueux et faciles à digérer; elle les tirera des végétaux plutôt que des viandes, et des viandes blanches plutôt que des noires; des viandes bouillies, rôties , plutôt qu’en sauces ou en ragoûts. Les plantes aqueuses , comme chicorée, laitue, épinard, carottes, cardes, ainsi que les viandes d’agneau, de veau, de mouton , de poulet , les poissons saxatiles , les fruits de la saison en pleine maturité ; tels sont les objets qui peuvent fournir le fonds de sa nourriture habituelle.

Sa boisson ordinaire sera de l’eau rougie avec un peu de bon vin rouge de pays. Elle fera chaque jour un exercice modéré , et tâchera d’éloigner tout ce qui pourrait vivement l’émouvoir. A ce régime elle joindra l’usage des remèdes suivans :

i°. De 1! eau de poulet , de l’eau de veau , de laitue ,

de riz* dont Madame boira chaque jour une bonne pinte* donnant la préférence à Fune ou à l’autre, selon son goût, et ayant la liberté de passer de Fune à Fautre, lorsqu’elle s’y sentira portée.

2*. Du petit-lait coupé avec la décoction de feuilles d’oranger , dans la proportion de trois verres de petitlait sur un verre de cette décoction. Madame fera donc boufüir une demi-poignée de feuilles d’oranger dans un verre et demi d’eau jusqu’à réduction d’un verre ; elle mêlera ce verre de décoction avec trois verres de petit-lait, et avalera les quatre verres résultant de ce mélange dans la journée.

5®. Des frictions faites sur les bras et la région de l’estomac avec de la flanelle sèche ou imbibée d’une petite quantité d’eau-de-vie camphrée : ces frictions doivent être faites jusqu’à déterminer une légère rougeur; on pourra les faire le soir au moment du coucher.

4°. Des embrocations sur les parties qu’on aura frictionnées, avec un mélange d’onguent d’althæa , d’onguent popuîeum » et de blanc de baleine; ces embrocations seront faites tous les soirs après la friction que j’ai recommandée.

5®. Des bains à une température tiède , dont Madame usera avec toutes les précautions qu’exige son état de femme enceinte. Elle insistera sur l’usage de ce remède tant que son état pourra le permettre ; et si elle est obligée de l’abandonner , elle y reviendra dès qu’elle sera délivrée de son enfant.

Ces moyens généraux prépareront^ malade à l’usage des remèdes dont elle doit attendre plus immédiatement sa guérison. De ces remèdes , le plus énergique pour calmer l’affection spasmodique dont elle éprouve les effets, est l’extrait de jusquiame blanche , donné d’abord à petites doses , en s’élevant ensuite à des doses plus fortes; Madame pourra en prendre d’abord un tiers de grain soir et matin , et augmenter ensuite par degrés , en surveillant de très-près son action. On peut associer l’extrait de jusquiame à d’autres antispasmodiques, comme le camphre , le musc , l’éther vitriolique, la teinture de castor, la liqueur d’Hoffmann. Par exemple, dans le moment des attaques , la malade peut prendre quelques cuillerées de la mixture sui-

vante :

Ifé Eau de tilleul. ..... . . quatre onces.

Eau de menthe quatre onces.

Teinture de castor dix gouttes.

Sirop de stœchas. ...... une once.

Les remèdes que je viens d’indiquer doivent être continués jusqu’à l’époque de l’accouchement, après laquelle Madame y reviendra pour les suivre jusqu’à parfaite guérison. Son état et les soins qu’il exige ne sauraient d’ailleurs empêcher qu’elle remplisse le devoir de nourrir son enfant, et nous nous croyons obligé de la rassurer à cet égard.

Délibéré, etc.

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