‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 35 sur 83 · CONSULTATION XXV · texte numérisé non relu

CONSULTATION XXV

Tumeurs articulaires survenues à la suite d’une affection scorbutique et de douleurs rhumatismales.

M, le Consultant, âgé de trente-six ans , d’une constitution lâche , d’un tempérament lymphatique et sanguin , a porté depuis son enfance le germe d’une déposition scorbutique à laquelle on doit rapporter le caractère des maladies dontilaétôaiTectépendantlecoursde sa vie. Il a été sujet dans son premier âge à des hémorrhagies fréquentes , qui se renouvelaient à la moindre occasion, et qu’il était toujours fort difficile d’arrê ter ; le sang était dissous , séreux , dépouillé de cruor et de partie colorante. Après avoir éprouvé des douleurs vagues , de la nature de celles qui dépendent d’un principe rhumatismal , les articulations de ses genoux furent , il y a quinze ans , frappées d’une tuméfaction considérable , dont il n’a pu empêcher les progrès ni prévenir les suites. Les tumeurs articulaires se portaient d’abord d’un genou à l’autre , et elles se sont enfin décidément établies sur les deux genoux à

la ibis ; celle du côté gauche a beaucoup diminué de volume par 1’effet d’un traitement dont les sucs d’herbes pris intérieurement, les vapeurs de vinaigre dirigées sur le genou malade, l’application d’un cautère à côté de la tumeur, ont fait la base. Mainteliant, îe genou droit demeure tuméfié,4 il offre un gonflement très “Considérable qui paraît même augmenter; toute l’extrémité est devenue insensible; il s’est formé une ankilose incomplète depuis deux années, et l’exercice du mouvement a été presque supprimé; le sentiment est revenu dans la cuisse, mais il n’a pu encore être rappelé dans Se genou et dans la

Il y a deux choses principales à considérer dans la maladie déjà ancienne de M. le Consultant; i®. une affection générale et constitutionnelle, qui tient à la fois du principe rhumatismal et de l’altération scorbutique des humeurs; 2°. l’affection locale , qui consiste dans les tumeurs articulaires fixées sur l’un et sur l’autre genou. Quelle que soit la gravité de cette dernière affection , elle se trouve tellement sou » mise à l’influence des causes générales dont nous avons déterminé le caractère, qu’il serait imprudent, peut-être , de songer à la combattre , avant que d’avoir corrigé en partie les vices de la constitution ; c’est donc contre cette disposition scorbutique et rhumatismale que l’on doit diriger en premier lieu les ressources du traitement. Notre méthode sera dirigée vers le double Gbjet de détruire ces deux affec-

DE MÉDECINE. ï6ï

1 • lions du système générai , et de résoudre ensuite

les tumeurs des articulations par divers topiques d’une

activité proportionnée au degré de résistance qu’elles

pourront opposer.

i*. Dans cette vue, le malade s’assujétira autant qu’il lui sera possible à un régime simplement végétal ; il ne mangera de la viande qu’une fois par jour, et le reste de sa nourriture sera tiré des herbages , des légumes et des fruits de la saison ; les crèmes de riz , d’orge, d’avoine et tous les farineux de ce genre; les racines et herbes potagères , l’oseille , le cresson , la laitue , les fruits fondans et un peu acides , occupe ront une place essentielle dans son régime. 11 évitera les assaisonnemens recherchés , les ragoûts épicés, et toutes les nourritures aromatiques et échauffantes,etc. 11 usera, pour sa boisson ordinaire, debon vin de pays , mêlé avec une certaine quantité d’eau : les liqueurs spiritueuses lui sont absolument interdites ; mais il fera une assez grande consommation de boissons acides , telles que la limonade , l’orangeade , l’eau de groseille , la petite bierre , etc. Nous recommandons au malade de faire chaque jour un peu d’exercice , de s’essayer à la marche , de ne pas rester longtemps debout sans se mouvoir , de fléchir souvent ses genoux avec ménagement , et d’imprimer de légers mouvemens à sa jambe.

2e. Les remèdes qui seront administrés en même temps pour soutenir l’effet de ce régime , devront être choisis dans la classe des anti-scorbutiques et

des résolutifs , dont il faudra faire alterner l’usage. Comme antiscorbutiques , on donnera : r°. des boissons acidulés et notamment la limonade minérale j, préparée avec une dissolution d’acide nitrique, suivant une proportion qui sera graduellement augmentée , de manière que l’impression de l’acide devienne de plus en plus dominante; 2°. des sucs de plantes antiscorbutiques , et particulièrement ceux de fumeterre, de cresson, de cocbléaria , de beccabunga, avec 1 addition d’une petite quantité de crème de tartre rendue soluble par le borax; 5®, une forte décoction de quinquina, à laquelle on aura mêlé une dose médiocre de sel de nitre et d’élixir vitriolique : demi-once de quinquina , trente grains de nitre* et un gros d’élixir vitriolique, donnent les proportions convenables pour un verre de décoction; 4°. un électuaîre composé de la manière suivante :

% Conserve d’oseille une once.

Extrait de quinquina. . demi* once.

Esprit de mindérerus deux gros.

Esprit de vitriol un gros.

Suc de citron suffis. quant.

5°. Ces antiscorbutiques seront alternés de quinze en quinze jours avec les résolutifs appropriés à l’affection rhumatismale. Parmi les médicamens de cet ordre , on donnera de préférence le sel de tartre dissous dans la décoction de saponaire , l’eau de chaux mêlée à la même décoction , etc. , la gomme de gayac.

combinée avec l’extrait d’aconit et le rob de sureau. Un bol dans lequel on fera entrer trois grains de gomme de gayac „ un grain d’extrait d’aconit , six grains de sel ammoniac , et suffisante quantité de rob de sureau, pourra donner une combinaison très-avantageuse.

Ces derniers médicamens seront prescrits tour-àtour avec ceux de l’article précédent , de manière à agir par des alternatives ménagées des uns et des autres.

Les tumeurs articulaires demandent, à leur tour, divers moyens topiques dont on devra conduire l’application comme il suit :

i°. On appliquera quatre sangsues autour de l’articulation tuméfiée , et lorsqu’elles seront tombées , on placera une ventouse à l’endroit de la piqûre. On ne tirera , par ce moyen , qu’une petite quantité de sang; et si on le juge plus à propos, on remplacera les sangsues par les ventouses scarifiées.

2°. On dirigera sur les tumeurs les vapeurs d’alcali volatil; et pour le faire avec plus d’efficacité, on pourra mettre en usage des sachets dans lesquels on aura introduit un mélange à parties égales de chaux vive, de poudre de quinquina et de sel ammoniac, qui seront appliqués autour de l’articulation malade. On renouvellera de temps en temps ce mélange, afin qu’il conserve toute son activité.

3°. Après l’action de ce premier traitement, on appliquera quelques vésicatoires sur les genoux , ou bien

ît>4 CONSULTA T IONS

on fera plusieurs Irictions tous les jours avec un îi~ niment composé d’huile et d’alcali volatil , ou de teinture de cantharides.

4°» Si ces remèdes n’agissent pas avec une activité suffisante , on passera un séton au-dessus et audessous de la tumeur , lequel sera entretenu pendant un espace de temps convenable, et l’on fera des douches avec une dissolution de sel ammoniac , de sel marin et de foie de soufre. Si , aux approches de la saison des eaux, la résolution des tumeurs articulaires n est point opéré© , il sera nécessaire que le malade se transporte à Barèges , et qu’il y prenne les eaux sous forme de douches et de bains.

Délibéré , etc.

CONSULTATION XXYI.

Tumeurs lymphatiques fixées sur les articulations du bras et de la jambe.

Quoique la nature de la maladie pour laquelle on nous demande des conseils ne paraisse pas douteuse , elle est néanmoins de celles dont la connaissance ne peut être complète , si Ton n’est aidé par l’inspection attentive des affections locales qui en forment les caractères. 11 nous est impossible de * suppléer par la réflexion à ce que la vue même du malade serait capable de nous apprendre , et nous croyons donner un conseil avantageux au malade et rassurant pour nous-même , en l’invitant à suivre le projet que sa famille a conçu de l’envoyer à Montpellier. Néanmoins , comme ce voyage n’est pas indispensablement nécessaire, et que plusieurs circonstances peuvent le contrarier , nous allons exposer noire manière de voir sur cette maladie , et tracer la marche qu’il faut tenir dans le traitement.

Des tumeurs dures, indolentes , d’un rouge pâle, fixées sur les articulations du bras et de la jambe ,

déterminées par autant d’abcès qui survinrent après la petite-vérole dont M. le Consultant fut atteint à l'âge de deux ans , ont donné lieu à l’engorgement des jambes qui subsiste aujourd’hui. Les parties engorgées sont dures, douloureuses , excoriées, et elles se couvrent souvent de petits ulcères superficiels. L’établissement d’un cautère au bras gauche , que le malade a porté jusqu’à l’âge de dix ans ; l’usage des eaux de Barèges en boisson , en douches et en bains; l’application de l’eau froide sur toute l’habitude du corps; une suite de remèdes intérieurs qu’on ne nous a point fait connaître; rien n’a pu changer la situation pénible du malade : les tumeurs sont demeurées les mêmes, et ni la dureté, ni les points d’ulcération, ni la douleur des parties affectées, ne diminuent.

Le caractère des tumeurs dont il s’agit doit les faire rapporter à l’ordre des tumeurs lymphatiques; elles nous paraissent dues à la dominance de ce système , et à la surabondance des humeurs muqueuses que le mouvement incomplet de la petite-vérole n’a point suffisamment combattues. C’est donc vers cette cause générale et constitutionnelle que doivent se diriger toutes les intentions curatives dans cette mala die , pour laquelle la méthode de traitement suivante nous semble devoir être préférée.

i°. Le malade commencera par se purger deux fois, à un jour d’intervalle , avec

Pulpe de casse. -

r . S aa une once,

de tamarins S

Mousse de corse. . * • demi-gros.

Sel de glauber un gros.

Après quoi il se mettra pendant quinze jours à l’usage des bouillons dépurans , composés avec la moitié d’un jeune poulet, le cœur d’une laitue , une poignée de chicorée et de cerfeuil , et dix gros de tiges fraîches de douce-amère. Le malade fera succéder aux bouillons les sucs exprimés de chicorée , de cresson, de cerfeuil et de pissenlit; ces sucs seront pris à la dose de six onces, dans autant de petit-lait dans lequel on aura fait dissoudre vingt grains de terre foliée de tartre , et dix grains de soufre doré d’antimoine. On remplacera alternativement les sucs d’herbes et les bouillons dépurans l’un par l’autre , de quinze en quinze jours , pendant la durée du traitement.

2°. Le malade boira journellement trois verres de la tisane ci-après :

Racine de bardane.

de salsepareille

Tiges fraîches de douce-amère. une once.

Faites bouillir dans une pinte et demie d’eau , jusqu’à réduction d’une pinte.

Ajoutez , antimoine diaphorétique , demi-gros.

3°. On associera à la tisane sudorifique ci-dessus prescrite les pilules antimoniales et sulfureuses sui-

vantes :

^ Rob de sureau demi-once.

Extrait de douce-amère une once.

jaa deux onces.

Soufre doré d’antimoine. .... un gros.

Ethiops antimonial demi-gros.

Mêlez avec suffisante quantité de sirop de fumeterre ; faites des pilules de six grains. Le malade commencera par prendre quatre de ces pilules matin et soir , et il augmentera la dose de deux pilules tous les trois ou quatre jours , jusqu’à ce qu’il les ait portées au nombre de dix. En même temps il prendra tous les jours trente grains de fleurs de soufre incorporées dans quantité suffisante de sirop de chicorée.

4°. Il sera nécessaire de revenir de temps en temps à l’usage des purgatifs : on usera avec avantage , pour cet effet , des pilules de Beloste , à la dose de vingtcinq grains.

Ce traitement devra être continué avec persévérance pendant plusieurs mois , si l’on veut en attendre des effets avantageux.

5°. Le traitement local consistera en des friçtions mercurielles faites d’un jour entre autre sur les tumeurs , et alternées avec les bains domestiques , et dans l’application des emplâtres fondans , en ayant égard toutefois à la sensibilité des parties affectées.

Délibéré , etc.

Autre Consultation sur la même Maladie , et faisant suite à la Consultation précédente ,

Quoique la vue des parties affectées n’ait rien changé à l’idée que nous nous étions fbâte du caractère de la maladie , elle nous a cependant suggéré quelques données nouvelles , qui nous dirigeront utilement dans le choix et la distribution des moyens curatifs , et qui proviennent de la confiance entière que nous avons maintenant dans l’exactitude de notre premier diagnostic.

Après avoir continué pendant quelques mois les remèdes indiqués dans la consultation précédente , si ces remèdes ne produisent aucun soulagement, on devra s’élever à d’autres médicamens d’une activité plus décidée. L’extrait des plantes vénéneuses, mêlé avec les préparations d’antimoine , pourra devenir une ressource très-efficace.

^ Conserve d’énula campana. . . . demi-once.

Extrait de ciguë. ........ trente grains.

Tartrite antimonié de potasse. . dix grains.

Mêlez avec suffisante quantité de sirop de fume-terre pour former des pilules de trois grains , qu’on substituera à celles qui ont été précédemment recommandées.

CONSULTAT ION S

Enfin , si les propriétés énergiques de cette dernière préparation sont encore insuffisantes, il faudra en venir à l’usage du muriate de baryte , qu’on pourra commencer à la dose d’un quart de grain , mêlé à une conserve, ou dissous dans l’eau distillée, et dont la quantité sera augmentée graduellement jusqu’à ce qu’on l’ait portée à celle d’un grain par jour. Les effets qui résulteront de ce remède dirigeront M. le médecin ordinaire dans la durée du temps qu on devra en continuer l’usage.

6°. Les remèdes intérieurs prescrits dans la consultation seront soutenus par un traitement local , qui consistera en douches et en applications sur les jambes engorgées. On préparera une forte dissolution de sel ammoniac , et , par le moyen d’un siphon approprié , on fera tomber cette dissolution de huit à dix pieds de haut. Les mêmes douches pourront être faites avec les eaux de Barèges ou les eaux sulfureuses artificielles. Dans la suite , on emploiera d’une manière utile, pour le même objet, les eaux ferrugineuses, qui seront convenables moins pour résoudre les engorgemens , que pour empecher leur retour, en fortifiant les parties où ils sont actuellement fixés. Parmi les applications locales qui peuvent être conseillées dans la vue de détruire les tumeurs des jambes , nous recommandons principalement celles de petits sachets , dans lesquels on aura introduit un mélange à parties égales de chaux et de quinquina en poudre. Un emplâtre composé avec la gomme ammoniaque *

la îitharge et le vinaigre , pourra devenir encore un topique très- efficace. Dans le même but on tentera , si les forces le permettent , de faire le long des jambes affectées quelques frictions avec 1 onguent mercuriel , composé dans la proportion d’un quart de mercure sur trois quarts de graisse. On n a pas besoin d’avertir que les frictions doivent être surveillées et dirigées d’après les règles de la prudence la plus sévère.

Délibéré , etc.

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