‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 36 sur 83 · CONSULTATION XXVII · texte numérisé non relu

CONSULTATION XXVII

Hémoptysie liée à une affection rhumatismale des

poumons.

La maladie sur laquelle on demande mes conseils , me paraît tenir à une affection rhumatismale qui se porte périodiquement sur toutes les articulations , et se fixe à certaines époques sur les poumons et sur la trachée, oh elle devient la cause du mouvementhémoptoïque qui fait rendre une grande quantité de sang par la bouche et par les narines. Ce flux sanguin est accompagné d’une douleur constante au côté gauche, qui se propage vers la région ducœur; mais il ne décide ni fièvre , ni toux , ni perte d’appétit. On observe que l’affection rhumatismale et l’hémoptysie s’alternent réciproquement , de manière que le malade est exempt de l’une lorsqu’il est attaqué de l’autre.

La méthode ce traitement qui me paraît convenable doit avoir pour objet , i°. de corriger l’affection rhumatismale; 2*. de la détourner des organes pulmonaires ; 3°. de prévenir les retours de l’hémoptysie, et de la modérer lorsqu'elle survient.

1®. Pour remplir la première indication , il faut attaquer la cause directe du rhumatisme par un legime et des remèdes appropriés. Dans cette vue , le malaue continuera d’observer un régime absolument végétal. Il usera de plantes potagères et aqueuses , comme laitue , épinards , carottes , chicorée , salsifis , etc. il ne se permettra que des assaisonnemens doux et peu épicés. Il évitera généralement tout ce qui peut être

échauffant , âcre et üatueux.

Chaque jour , il prendra quatre verres de petit-lait , qu?il mêlera avec une égale quantité de décoction de saponaire. En conséquence on fera bouillir une once de saponaire dans six verres d’eau , jusqu à réduction d’un tiers; et après avoir fait passer , on mêlera les quatre verres de la colature avec la même quantité de petit-lait. On ajoutera encore dix grains de nitre

purifié aux deux premiers verres.

Lorsque le malade aura fait usage de cette boisson pendant une dixaine de jours , il se purgera avec

Follicules de séné. ....... deux gros.

Pulpe de tamarins. ...... deux onces.

Sel végétal demi -once.

Il reviendra ensuite à l’usage de la boisson précédente, dont il soutiendra 1 effet par 1 électuaire suivant .

% Racine d’arum fraîche et réduite

en bouillie. . .

Gomme arabique

Antimoine diaphorétique. ...... un gros»

Mêlez par la trituration ; ajoutez conserve de cochléaria , quantité suffisante pour un électuaire.

Le malade en avalera un gros trois fois par jour.

y0. Afin de détourner le principe rhumatismal des organes pulmonaires , on appliquera des vésicatoires successivement sur toutes les articulations. On aura soin de les changer souvent de place , et de les promener d’une extrémité du corps à l’autre; mais lorsque la douleur du côté gauche commencera à se faire sentir, on en établira un large sur le siège même de la douleur; et lorsqu’il aura suppuré pendant quelques jours , on le transportera entre les deux épaules : l’on entretiendra la suppuration de ce dernier au moins pendant six semaines. En même temps, on insistera sur les bains de pied rendus acids par 1 addition du vinaigre. du sel,dela graine demoularde,etc. Oiï fera des frictions sèches sur les bras, sur les jambes, sur le dos. On donnera des lavemens simples ou légèrement

laxatifs. On pratiquera de petites saignées dès qu on apercevra des signes de congestion sanguine sur les poumons , comme démangeaison , chaleur dans la poitrine, difficulté de respirer, etc. On pourra aussi

faire appliquer des sangsues aux malléoles , et mieux encore à l’anus, si le malade éprouve quelque mouvement d’ondulation. autour des hypocondres ; enfin , on tâchera de résoudre les engorgernens sanguins qui paraissent exister dans le tissu du poumon gauche ^ en inspirant la vapeur d’eau tiède. Le malade s im-

Î)E MÉDECINE, î^5

posera le silence le plus absolu, et ne se permettra que peu d’exercice.

3°. Les moyens prescrits dans l’article qui précède , serviront à prévenir les retours de l’hémoptysie; mais ils seront avantageusement favorisés par la précaution de prendre tous les alimens , toutes les boissons à froid. Si l’hémoptysie affecte une marche décidément périodique , on aura recours au quinquina , en commençant par des doses faibles, pour s’élever graduellement à des doses plus fortes. On le combinera avec le lait ou d’autres boissons émulsives : le malade pourra débuter par un gros chaque jour, en deux prises , le matin et le soir ; il augmentera la dose de six en six grains, jusqu’à ce qu’il l’ait portée à deux gros; mais ce médicament ne sera utile que dans le cas où la maladie prendrait une forme bien décidément périodique.

Si , par ces divers procédés , on ne réussit point à prévenir l’accident hémorrhagique, il faudra se borner à le modérer et à l’affaiblir. Dans cette vue , on réduira le malade auxboissons froides. On lui donnera des émulsions faites avec les quatre semences froides et des doses médiocres de quinquina et de nitre. On prescrira le suc d’ortie blanche avec le sirop de grande consoude. On fera boire une dissolution de gomme arabique , avec quelques gouttes d’eau de Rabel. Enfin , on usera de la mixture suivante qui , dans des cas semblables à celui qui se présente , a produit les plus heureux effets.

^ Racine de salep demi-once»

Mucilage de gomme arabique. . . deux gros.

Faites bouillir dans une livre et demie d’eau pendant un quart d’heure » ajoutez à la colature une once de sirop de pavot blanc.

On en donne une petite tasse toutes les trois heures» et dans les intervalles quelques cuillerées de suc d’ortie blanche , avec le sirop de grande cojisoude.

Délibéré, etc»

Page 1