CONSULTATION XXVIII
Atonie nerveuse.
Après avoir rassemblé toutes les circonstances qui ont forcé le Consultant à suivre une méthode de traitement très-relâchante ; après avoir apprécié avec exactitude les effets qu’a dû nécessairement produire l’usage longtemps continué des remèdes les plus délayans, le Conseil soussigné estime:
1 °. Q ue le Consultant, qui est délivré de l’ophthalmie habituelle qui entretenait la rougeur de ses paupfees et de ses yeux, et qui a obtenu la cicatrisation d’un petit ulcère placé à la partie antérieure de la cornée , par les rafraîchissans , les émissions sanguines , et en prenant une quantité très-considérable de boissons mucilagineuses , se trouve atteint maintenant d une débilité profonde de l’estomac , et d’une énervation des forces épigastriques qui est l’origine des maux dont il est aujourd’hui affecté. Les douleurs d’estomac , la difficulté des digestions , les crampes fréquentes des extrémités inférieures , tout annonce chez le malade un état nerveux mêlé d’atonie ci de
spasme , dans lequel l’atonie paraît néanmoins être prédominante.
Telle qu’elle est , cette maladie demande peu de remèdes , un régime léger et nourrissant , et une suite de précautions hygiéniques observées avec constance. Nous pensons pouvoir rendre le malade à la santé par le secours du régime et des remèdes suivans :
i ®. M. le Consultant se mettra exclusivement à l’usage d’une nourriture analeptique et fortifiante. Il la choisira surtout parmi les substances faciles à digérer , qui , sous un petit volume , contiennent une grande quantité de sucs nourriciers , comme sont les gelée* de viandes et de fruits, le chocolat bien préparé , les viandes blanches , le poisson frais (tous ces mets pré~ parés avec peu d’assaisonnement ) , les bons consommés debœufet de volaille, les purées de lentilles et de pois, le vermicelle et autres pâtes d’Italie , etc. Il boira avec inodération à ses repas du bon vin de pays, sec et généreux , coupé avec de l’eau ; mais il se privera de café et de toutes liqueurs spiritueuses et stimu • I antes.
2°. Le Consultant fera chaque jour un peu d'exercice à cheval , en observant de ne s’exposer ni à l'humidité du soir , ni à l’ardeur du soleil. Il sou tien dra cet exercice autant que ses forces pourront le lui permettre, et jusqu’à ce qu’il se sente humecté par une douce moiteur.
3°. Il prendra tous les deux joufts un bain d’eau tiède à une température qui sc rapproche plutôt de la froide que de la chaude. En sortant du bain il se
fera frotter toutes les parties du corps avec de la flanelle sèche ou bien avec une brosse ; il ne cessera ces frictions que lorsqu’elles auront déterminé à la peau une sensible rougeur, et il les répétera le soir en se couchant. Si les bains l’affaiblissent , il pourra ne les prendre qu’à des distances plus éloignées.
4°. Le malade tiendra constamment appliqué sur la région de l’estomac un emplâtre fortifiant , composé avec la thériaque et suffisante quantité de baume dû Pérou; cet emplâtre, coupé en écusson, sera étendu sur la partie antérieure du bas-ventre, depuis le cartilage xiphoïde jusqu’au nombril.
5°. Chaque matin ii avalera deux verres de petit lait clarifié 9 dans lequel on aura fait bouillir une forte pincée de fleurs de camomille et deux ou trois feuilles d’oranger : dans la suite , on pourra mêler le petit-lait avec partie égale d’une décoction de deux gros de quinquina. Il continuera ce remède pendant un mois , après lequel il le remplacera par le lait d’ânesse, dont il boira un demi-setier matin et soir. Ce dernier moyen est un de ceux sur lesquels nous comptons le plus pour rétablir les forces et réparer l’embonpoint du malade.
G0. Le malade aura soin d’entretenir la liberté du ventre en prenant des lavemens préparés et administrés de la manière qui suit : il recevra d’abord un lavement d’eau simple à seringue entière, pour expulser les matières contenues dans les intestins ,* et lorsqu’il aura rendu ce premier lavement, il en prem
dra un second , composé avec une décoction de camomilie , d’absynthe et de valériane , qui sera donné à demi-seringue.
7°. Dès que le Consultant sera rendu chez lui, il tâchera de boire à la glace, s’il lui est possible de s’en procurer; et dans le cas où il n en trouverait point , il se contentera de faire refroidir ses boissons par des moyens artificiels , soit en y ajoutant une petite dose de sel de nitre , ou en les mettant à refroidir dans un vase contenant de l’eau de puks fraîche, et dans laquelle on aura jeté une poignée de sel marin pour augmenter s*on refroidissement. L application de la glace, ou des douches faites avec de 1 eau très froide sur la région de l’estomac , fournissent un genre de secours dont il serait avantageux qu on put user avec
les ménagemens nécessaires.
8°. Au commencement de chaque repas , le malade mettra dans sa première cuillerée de soupe un grain d’ipécacuanha en poudre , et dans la journée il mangera quelques tablettes d’ipécacuanha et de cachou. Le soir , au moment du coucher , il prendra la valeur d’un ou deux gros de l’opiat suivant :
y, Conserve de roses. .... demi-once.
Ipécacuanha en poudre. . six grains.
Quinquina en poudre. . . )
Cascarille ;
Limaille de fer un scrupule.
Mêlez avec suffisante quantité d’eau de menthe
aa un gros,
pour un opiat.
9°. Enfin , dans la belle saison , on pourra passer à l’usage des eaux minérales ferrugineuses, et de celles de Vais qui ont été conseillées. Mais si les petits b*ou» tons qu’on a observés entre les doigts reparaissent, et que les maux d’estomac ne soient point dissipés par le traitement ci-dessus détaillé, il faudra se décider à faire concourir les applications des vésicatoires, qu’on appliquera d’abord à chaque bras, en entretenant leur suppuration par la pommade épispastîque , et qu’on transportera ensuite, s’il est nécessaire, sur la région épigastrique.
Délibéré, etc.