‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 39 sur 83 · CONSULTATION XXX · texte numérisé non relu

CONSULTATION XXX

Claudication survenue à la suite de convulsions .

L’enfant pour lequel on nous consulte ayant éprouvé un accès de convulsions à l’âge de dix mois , en a eu de nouvelles attaques presque périodiquement tous les^leux ou trois mois. Ces premiers accidens ne changèrent rien à son état habituel , et ils ne laissèrent après eux aucune trace de leur impression. C’est depuis environ six semaines qu’une dernière convulsion, moins forte que les précédentes , a rendu la marche de l’enfant difficile et traînante. D’abord il ne pouvait marcher qu’à l’aide d’un soutien ; mais au bout de quelque temps ses jambes ont repris leur force, et elles peuvent aujourd’hui le soutenir sans peine et avec une très-faible apparence de claudication. Cependant il continue de traîner le pied et d’en tourner la pointe en dehors lorsqu’il veut marcher. Cette circonstance alarmerait moins ses parens , si., dans la famille de madame sa mère, il n’y avait eu plusieurs personnes affectées d’une faiblesse semblable sur la jambe du même côté. A cette cause d’alarmes se joint

un autre motif, c’est la conformation de la tête de l’enfant, qui a paru être d’un volume trop considérable relativement au reste du corps. On fait observer que l’enfant a rendu des vers dans les accès convulsifs, et que depuis la dernière attaque il est devenu sujet à une diarrhée presque continuelle.

En examinant avec soin le corps du jeune malade , et dirigeant d’une manière plus spéciale notre examen sur les différentes parties de sa tête, nous avons eu lieu de nous convaincre , i°. que la constitution lymphatique et nerveuse commune à tous les enfans est extrêmement prédominante chez celui-ci; 20. que le tissu de ses chairs est naturellement faible , mollasse , relâché; 3°. que sa pupille offre un degré de dilatation notable , qui peut indiquer l’existence dés vers; 4°« que les fluides muqueux lymphatiques doivent se produire en grande quantité dans ses organes et dans ses humeurs ; 5°. que le volume de sa tête est effectivement dans une proportion un peu forte à l’égard du reste du corps ; mais que cette disposition, qui se retrouve chez un très-grand nombre d’enfans , n’a rien d’excessif chez le malade , et qu’elle n’est d’ailleurs associée à aucun vice de conformation de la tête.

Fondé sur les résultats de cet examen , nous avons les plus fortes raisons pour regarder la maladie de l’enfant comme ayant sa première origine dans le relâchement des fibres , qui est propre à son tempérament, et qui détermine la surabondance des fluides

CONSU L TATIONS

muqueux et la génération des vers dans les intestins *, disposition que le progrès de l’âge contribuera puissamment à effacer , ce qui doit calmer les inquiétudes des parens , et écarter les craintes d’une infirmité durable , que les exemples tirés de la famille de la mère ont malheureusement fait naître.

Mais il importe dès à présent de mettre en usage tous les moyens que l’art indique , soit pour calmer les convulsions pendant la durée de chaque accès , soit pour en prévenir les retours. Le traitement du jeune malade sera donc relatif à chaque accès pris séparément , et â l’intervalle des accès considérés dans leur succession périodique.

La présence des vers intestinaux paraît liée aux conditions de la maladie : elle peut favoriser le retour des accès , mais elle n’en constitue pas la cause essentielle et primitive ; en sorte que s’il est nécessaire de ne pas perdre de vue dans le traitement l’indication que l’état vermineux fournit , il n’est pas moins important de combattre avec persévérance et de cher cher à effacer la disposition constitutionnelle de laquelle dérivent tous les élémens de la maladie.

i°. La partie du traitement relative à l’intervalle des accès , doit avoir pour but de détruire la cause de leur retour ; elle sera donc principalement dirigée vers le relâchement des fibres et la mobilité du système nerveux qui en est une suite. Pour remplir cet objet , on attendra d’abord que la diarrhée survenue depuis la dernière convulsion soit tout à fait calmée;

et lorsqu’on sera parvenu à la dissiper par des bains tièdes , des lavemens mucilagineux donnés à trèspetite dose , et quelques cuillerées de sirop d’ipécacuanha , on pourra commencer l’application des moyens toniques et resserrans. U11 des plus efficaces sera l’usage répété des bains froids , par immersion , pris de manière à ce que l’enfant plongé brusquement dans l’eau froide en ressente l’impression soudaine , et n’y demeure cependant pas long-temps exposé. On plongera une fois par jour le malade dans un bain pareil , et si l’on peut obtenir de lui qu’il se prête à cette pratique , on fera bien de la réitérer plusieurs fois dans le même jour.

Les bains entiers dans la décoction de garance , où l’on aura jeté une petite quantité d’alun , seront également utiles dans le même dessein, et nous recommandons aux parens du malade de les adopter, pour peu que l’enfant montre à cet égard de la docilité. Ces deux sortes de bains ont seuls réussi , dans certaines contrées , à diminuer le nombre des affections rachitiques qui y étaient extrêmement communes , et qui provenaient d’une cause de relâchement analogue à celle dont nous avons reconnu l’influence sur l’état de notre malade.

Outre des frictions sèches que l’on pratiquera sur toute l’habitude du corps et notamment sur l’extrémité inférieure affaiblie , on fera aussi des frictions sur celle extrémité et sur toute la colonne épinière avec le Uniment suivant :

Teinture alcoolique de quinquina. . une livre.

baites-y dissoudre un gros de camphre , et demi gros de fleurs de zinc.

On appliquera de temps en temps des vésicatoires derrière les oreilles , à la nuque, aux bras, aux cuisses, etc.; mais au lieu de les laisser séjourner long-temps sur chaque partie , et de les entretenir en suppuration, on les enlevera dès qu’ils auront produit un effet stimulant, pour les placer sur d’autres parties que l’on stimulera de la même manière.

La difficulté d’administrer des remèdes intérieurs chez les enfans , empêchera de soutenir par l’usage interne des toniques l’application extérieure de ces médicamens. Cependant on pourra préparer un électuaire

avec

Rhubarbe en poudre demi-gros.

Extrait de quinquina un gros.

Magnésie blanche un gros.

Conserve de roses. suffis, quant.

On en donnera à l’enfant gros comme une noisette matin et soir; mais si l’on éprouve de trop grandes difficultés à lui faire prendre ce remède, on le remplacera en mêlant de l’eau ferrée à ses boissons habituelles ; en donnant quelques lavemens toniques avec la décoction de quinquina et d’arnica-montana ; en appliquant un emplâtre de thériaque au-dessous du nombril , et en faisant avaler de temps à autre une petite dose de thériaque mêlée avec la conserve de roses. Enfin, dans la vue de combattre à la fois la

disposition lymphatique et muqueuse, ainsi que l’aptitude à la production des vers , on purgera quelquefois l’enfant par des doses suffisantes de sirop de chicorée composé avec la rhubarbe ; on le fera vomir avec un grain de kermès minéral , mis en dissolution dans un demi-verre d’eau tiède ; on lui donnera des lavemens avec de l’eau chargée d’une dissolution de sel muriatique ; et l’on emploiera en même temps les anthelmintiques , et principalement de petites doses de valériane : on pourra se servir de la valériane soit en poudre , soit en infusion ; elle agira et comme vermifuge et comme antispasmodique.

s°. Dans le moment de l’accès, on fera des frictions sèches sur le corps du malade, on appliquera des linges trempés dans une décoction tiède de plantes émollientes sur les extrémités inférieures; on irritera légèrement les pieds avec de la moutarde délayée dans l’eau , et l’on donnera enfin quelques cuillerées de la potion suivante :

Gastoréum. . douze grains.

Faites dissoudre dans demi-once esprit de corne de cerf succiné ;

Mêlez avec deux onces d’eau de tilleul et d’eau de menthe ;

Ajoutez six gouttes de laudanum liquide.

Il n’est guère possible de prescrire des règles fixes concernant le régime d’un malade de cet âge ; il suffira de dire qu’il doit cire pris dans les nourriture

les plus saines , substantielles , et de facile digestion» Nous ajouterons que l’exercice du corps et l’habitation à la campagne offrent les moyens d’hygiène les plus capables de confirmer les effets du traitement. Délibéré, etc*

Page 1