CONSULTATION XXXI
Altération humorale dépendante d'un vice scorbu -
tique et darlreux .
Parmi les symptômes que la maladie de Monsieur le Consultant présente , il ne se trouve pas un assez grand nombre de caractères fixes et constans pour déterminer au juste la nature et l’espèce d’une affection ancienne , qui paraît être fort composée ; mais il nous suffît de connaître les effets sensibles qu’elle a produits sur la constitution du malade, et de considérer l’état général de faiblesse et d’altération dont elle a frappé le système entier des solides et des humeurs. Ces altérations actuelles sont un résultat de plusieurs maladies successives , que le temps et l’habitude ont singulièrement fait dégénérer ; il est néanmoins facile d’y reconnaître encore les traces de quelques-unes des affections précédentes, et d’estimer jusqu’à un certain point quelle a été l’influence de ces affections sur le dépérissement dans lequel Mon' sieur le Consultant est tombé.
En faisant une analyse exacte des caractères par
lesquels se sont manifestées les différentes maladies de Monsieur le Consultant , on aperçoit en premier ordre un ensemble de symptômes. nerveux , occasion és par une suite de causes physiques et morales. On découvre en second lieu des signes manifestes d’une disposition catarrhale , qui a déterminé la fréquence des rhumes et des fluxions auxquelles il a été sujet. On y remarque troisièmement les caractères d’une altération humorale., qui a beaucoup d’analogie avec la disposition scorbutique , et qui a été la source des démangeaisons, des dépôts, des boutons, des gerçures, des taches que le malade a vus survenir dans différentes parties de son corps. Quelques-unes de ces altérations semblent , d’après leurs phénomènes extérieurs, participer aussi du caractère dartreux; mais il est possible qu’elles soient le produit de la combinaison de la diathèse catarrhale avec la disposition scorbutique.
Du reste, comme ces diverses affections primitives ont peu-à-peu déterminé les mêmes effets sur toute la constitution , il est facile de les réduire à deux résultats généraux qui sont devenus aujourd’hui les causes dominantes delà maladie : le premier se rapporte à la faiblesse du système général des solides , le secondé l’altération delà masse totale des humeurs : l’un résulte des affeçtions nerveuses et catarrhales qui se sont tant de fois répétées : l’autre, du vice humoral qui entretient depuis long-temps une disposition scorbutique et da ri reuse dans les fluides. Ainsi, l’atonie
des organes et Paltération des humeurs forment , en dernière analyse , le double principe de la maladie pour laquelle on nous consulte. Il faut l’envisager sous ce double point de vue pour établir une méthode de traitement qui réponde aux principes dont elle se compose.
Considérée par rapport à PaiFaiblissemeni du système général des organes , la maladie de M. îe Consultant demande les moyens toniques et fortifians que peuvent fournir les remèdes et le régime. Parmi ces moyens il faudra donner la préférence à ceux qui , en relevant les forces , peuvent aussi corriger l’altération des humeurs.
i°. Le malade prendra chaque jour quatre verres d’une tisane faite avec les substances suivantes :
y, Racine de garance une once.
Fleurs d’arnica montana. . > ,
rp. P . i , , . > aa demi-once.
liges traîches de douce-amère. $
Faites bouillir dans six verres d’eau jusqu’à réduction de quatre verres.
Ajoutez feuilles de cochléaria , demi-once.
Après un usage de cette boisson continué pendant huit jours, elle sera remplacée par Peau de goudron, que M. le Consultant prendra à la dose d’une ou deux livres par jour. Il alternera de semaine en semaine la tisane et Peau de goudron, de manière à user alternativement de l une et de l’autre pendant le même espace de temps.
2°. Avant de boire le premier verre, M. prendra le matin à jeun trois onces de lait d’ânesse , mêlé avec deux onces d’une légère décoction de quinquina, faite avec demi-once de cette écorce. Il viendra ensuite à sa boisson, en distribuant les doses de manière à ce qu’il prenne la quantité ci-dessus prescrite dans l’espace de la journée.
5°. On préparera une combinaison de remèdes sudorifiques et antispasmodiques , qui offrent la meilleure association pour exciter doucement les forces sans produire ni de l’irritation, ni de réchauffement. Dans cette vue on fera préparer les pilules suivantes :
% Résine de gayac. .
Extrait de genièvre Antimoine cru . .
Camphre
Sel de nitre. . . .
Castoréum
un gros, demi-gros, un gros, un gros.
Mêlez ; faites des pilules de quatre grains.
La dose sera de six pilules matin et soir. On continuera l’usage de ce remède pendant environ un mois; et si l’on est obligé de l’interrompre , il faudra le remplacer dans les intervalles par un mélange de soufre doré d’antimoine, de râpure de bois de sassafras et de cascarille avec la conserve d’énula campana.
4°. M. le Consultant aura la précaution de se faire frotter chaque matin toute l’habitude du corps, soit avec un linge, soit avec une brosse d'Angleterre;
après cette friction générale il se livrera à un exercice modéré.
5®. Après avoir fait usage pendant environ un mois du lait d’ânesse, on devra le remplacer par les sucs exprimés de cresson , de cerfeuil , de pissenlit et de cochléaria , dont on prendra cinq onces dans une tasse de petit-lait.
6°. Le malade fera usage de temps en temps de quelques bains simples; il usera aussi de lavemens composés tantôt avec une décoction de demi-once de racine de garance , tantôt avec celle de demi-once de feuilles de cochléaria ou de racine de douce-amère.
7°. Le régime se composera d’alimens légers , mais nourrissans ; de viandes blanches principalement , et de légumes frais : il serait avantageux de tremper le vin aux repas avec une eau minérale acidulé, qui contribuerait efficacement à relever le ton des organes digestifs. Le malade doit s’abstenir rigoureusement de l’usage du café et des liqueurs alcooliques.
Délibéré , etc.
CONSU LTATION XXXII .
Affection dartre use accompagnée d'un asthme
chronique .
La maladie pour laquelle on me consulte offre deux circonstances principales auxquelles toutes les vues du traitement doivent se rapporter.
La première est relative à l’état des organes pulmonaires et des bronches, qui sont affectés d’un asthme chronique, dont la cause parait liée à l’affection psorique dont le malade est atteint.
La deuxième se rapporte à la nature de l’éruption cutanée qui s’étend sur toutes les parties du corps, et qui a produit aujourd’hui des croûtes irrégulières , épaisses, jaunâtres ou verdâtres, qui s’étendent depuis le cou jusqu’aux pieds, et depuis les épaules jusqu’à l’extrémité des doigts. Cette éruption s’est annoncée avec des caractères communs aux vices dartreux et psorique , qui semblent avoir concouru à sa formation : mais par l’effet de cette association , il est résulté une maladie compliquée dont le caractère et le traitement sont plus difficiles à établir.
On ne peut se refuser à reconnaître que le système lymphatique est surtout profondément affecté chez M. le Consultant; qu’il se trouve surchargé de sucs muqueux; que la matière de ces sucs, en se jetant sur les poumons et sur la peau , concourt à entretenir à la fois le principe de l’asthme et celui des éruptions. Il importe donc de procurer le dégorgement de ce système , et de modérer l’activité avec laquelle les matières muqueuses s’y reproduisent et s’y accumulent. Nous espérons atteindre ce but par les remèdes et le régime suivans.
i°. Le malade commencera son traitement par un vomitif composé de i5 grains d’ipécacuanha et d’un grain de tartre stibié ( tartrite antimonié de potasse) , délayés dans un verre d’eau. Les trois jours suivans , il continuera de prendre , à petites doses , une légère teinture aqueuse d’ipécacuanha , de manière à ne pas provoquer le vomissement. Le quatrième jour, il prendra un bain tiède, et le cinquième il prendra la médecine suivante:
^ Jalap en poudre dix grains.
Mercure doux six grains.
Crème de tartre, ...... demi - once.
Mêlez , et faites dissoudre dans un verre de décoction de chicorée. a
2°. M. le Consultant passera ensuite, comme moyens préparatoires, aux sucs exprimés des plantes fraîches de chicorée, de cerfeuil, de fumeterre et de cresson mêlés à parties égaies.
Il avalera chaque matin huit onces de ces sucs; l’on y ajoutera chaque fois vingt grains de terre foliée de tartre, et un gros de crème de tartre. La dose des sels tartareux sera augmentée tous les quatre jours, et portée ainsi graduellement à quarante grains pour la terre foliée , et à deux gros pour la crème de tartre. Le soir on lui servira un bouillon préparé avec un quart de maigre de veau , les cuisses de six grenouilles ,
le cœur de deux laitues , une poignée de chicorée, et
une demi' once de tiges fraîches de douce-amère.
3°. Dans le même temps Monsieur usera d’une tisane composée avec
y* Racines de patience. ...... une once.
Tiges fraîches de douce-amère. . demi-once.
Faites bouillir dans une pinte d’eau jusqu’à diminution d’un quart ;
Ajoutez antimoine diaphorétique non lavé demigros , et eau seconde de chaux , demi-once.
Le malade prendra journellement trois verres de cette boisson.
4°. Ces remèdes continués pendant l’espace d’un mois, seront remplacés par des pilules faites de la manière qui suit :
y Extrait de douce-amère deux gros.
Gomme de gayac demi once.
Fleurs de soufre un gros.
Antimoine diaphorétique deux gros.
Mêlez; faites des pilules de trois grains. Le malade prendra quatre de ces pilules matin et soir; alors iî supprimera les sucs et les bouillons.
5°. On entretiendra l’écoulement des cautères; on ajoutera même à leur effet pour détourner de la poitrine l’impression de la maladie , en appliquant des épispastiques sur différentes parties des extrémités , et notamment sur les articulations. Il conviendra dans la même vue d’user habituellement des bains domestiques, et de laver chaque jour les pustules avec une eau chargée d’une dissolution de foie de soufre.
6°. Ces remèdes ayant été continués jusqu’à l’été, il faudra que le malade prenne de nouveau un vomitif et un purgatif pour passer ensuite à l’usage d’un électuaire qui pourra être d’autant plus efficace , que les remèdes précédens auront sans doute procuré
déjà quelque soulagement.
% Extrait d’aconit trente grains.
Extrait de gentiane demi-once»
Sublimé corrosif ( deuto-chlo-
rure de mercure quinze grains.
Soufre doré d’antimoine. . . . vingt grains. Sirop de fumeterre deux gros.
Mêlez ; la dose sera d’un gros chaque matin.
On verra dans la suite s’il est possible de la réitérer le soir au moment du coucher.
En usant de cet électuaire , on pourra substituer l’eau de goudron à la tisane que nous avons prescrite
au n° 5°. I! conviendra aussi que M. ie Consultant se purge de temps en temps avec la médecine indiquée ci-dessus.
M. le Consultant se nourrira d’alimens doux, aqueux et faciles à digérer, de viandes blanches avec peu d’apprêt, de chicorée, de laitue, de carottes, de cardes, d’épinards, de fruits bien mûrs, et principalement de fruits acidulés.
Sa boisson ordinaire sera de l’eau rougie avec un peu de bon vin vieux du pays. Monsieur fera chaque jour un exercice modéré, ne se livrera à aucun travail immédiatement après les repas, et s’efforcera d’éloigner ou de prévenir tout ce qui pourrait l’émouvoir ou l’affecter trop vivement.
Délibéré à Montpellier le 20 pluviôse an 10.
Autre Consultation sur la même maladie , et faisant suite ci la précédente.
Les changemens heureux survenus h la maladie de M. le Consultant annoncent que notre méthode de traitement était bien adaptée au caractère de sa maladie. La disparition complète des dartres et la diminution notable de Fasthme pendant tonte la durée de Fan î i , furent le résultat de cette méthode excitante et résolutive qui , par son action spéciale sur le système lymphatique , corrigea la qualité, et diminua la prédominance des fluides muqueux. Les membranes muqueuses des bronches et des poumons correspondantes avec le tissu de la peau , avaient éprouvé des affections qui étaient entretenues par le même principe , et qui ont dû s’affaiblir simultanément à mesure que ce principe a été combattu avec succès.
Mais outre Firritation des membranes muqueuses , outre Fengouement des organes pulmonaires , il y avait dans la production de Fasthme un élément particulier qui a dû rendre cette maladie plus opiniâtre et plus rebelle au genre de remèdes que nous avons employés. Cet élément est Faffection nerveuse, qui s’associe toujours à Fasthme , sur-tout lorsque cette maladie se manifeste par des accès. Or, il pa-
raît que l’affection nerveuse n’était pas ici , comme on était autorisé à le croire, entièrement subordonnée à l’affection du système lymphatique. C’est cettecause qui , toujours subsistante , malgré la destruction de l’ affection muqueuse, a fait que les attaques d’asthme se sont continuées , mais plus rares et plus légères , quoique les dartres eussent entièrement disparu.
Cependant, après deux ans, de nouvelles éruptions dartreuses se sont manifestées , mais sous une forme plus simple; ce qu’il faut attribuer sans doute à ce que l’affection du système lymphatique n’était pas complètement effacée , à moins que le concours de nouvelles circonstances n’ait servi à la reproduire.
Dans l’état actuel des choses, la complication nerveuse est l’élément particulier vers lequel nous dirigerons de nouveaux moyens curatifs, nous référant à notre première consultation pour ce qui concerne le mode de traitement de l’affection lymphatique , et aux remèdes dont M. le Consultant a déjà ressenti de salutaires effets.
Nous supposons le malade convenablement préparé au moyen des évacuans , des sucs d’herbes , des bouillons adoucissans et de la tisane sudorifique qui ont été recommandés dans notre consultation précédente; nous sommes fondé à croire qu’il a fait usage de ces remèdes généraux, puisque son médecin ordinaire nous annonce qu’il a commencé l’emploi de l’électuaire d’extrait d’aconit et de sublimé. Dans cet état, le malade, après avoir usé de l’électuaire pendant le
temps nécessaire pour ramener l’asthme au point où il était avant qu’il fût obligé de recommencer un nouveau traitement , remplacera ce remède par les pilules suivantes:
y* Assa-fœtida. deux gros.
Gastoréum un gros.
Fleurs de zinc quarante grains.
Camphre |aa deux gros.
Sel de nitre )
Mêlez; faites des pilules de quatre grains.
La dose, sera de trois pilules matin et soir. On pourra augmenter graduellement la quantité d’une pilule tous les trois jours, et la porter ainsi jusqu’au nombre de six pour chaque prise.
Ces pilules seront alternées dre quinze en quinze jours avec l’électuaire ; mais ce terme n’est pas tellement de rigueur qu’on ne puisse prolonger le temps fixé pour chacun de ces remèdes , selon l’effet que le malade en retirera.
Pendant l’usage de ces remèdes , le malade prendra quelques bouillons de vipère, et il boira chaque jour plusieurs verres d’une tisane faite avec demi-once de salsepareille et deux gros de squine , que l’on fera bouillir dans une pinte d’eau jusqu’à réduction d’un tiers. Ge nouveau traitement ne dispensera pas de se conformer aux divers articles de la première consultation, et notamment à celui qui concerne l’entretien des cautères, l’emploi des bains domestiques, et l’application des vésicatoires sur différentes parties du
corps. Nous recommandons de même ia lotion des ulcères dartreux avec une eau sulfureuse; et si Ja dé mangeaison des dartres devenait pénible , ii faudrait Ja calmer en appliquant un peu de beurre de cacao, mêlé avec quelques graines de courge par une longue trituration.
Si 1 asthme résiste à l’administration des pilules ci-dessus , et que l’expectoration devenant moins abondante , moins épaisse , les signes de l’état convulsit et nerveux prédominent , il faudra supprimer de la masse pilulaire le camphre et le nitre , pour les remplacer par douze grains d’opium gommeux. On ne doit pas oublier que i’électuaire dans lequel entre l’extrait d’aconit, devra être continué alternativement avec les pilules , tant qu’il y aura vestige d’affection dartreuse.
Si , malgré ce traitement méthodique suivi avec exactitude pendant l’espace de quatre mois , les dartres et l’engouement pulmonaire persistent, on essaiera d attaquer l’un et l’autre par l’usage intérieur de la Leîladona.
2^ Feuilles desséchées de beiladona. . . vingt grains.
Versez dans la valeurde dix tasses d’eau bouillante, et faites infuser pendant sept à huit heures.
On donnera une tasse de cette infusion le matin; la dose sera un peu augmentée tous les quatre jours. Ce remède sera continué pendant l’espace de trois à quatre mois.
Lorsqu’on aura la certitude d’avoir détruit le
double principe des dartres et de Pasthme , il conviendra de fixer son attention sur l’effet affaiblissant d’une maladie ancienne et d’un traitement prolongé; en conséquence , pour confirmer la cure , il sera nécessaire d’employer les remèdes forlifians et un régime analeptique : ainsi , de petites prises de quinquina , d’arnica-montana , les préparations martiales , l’eau de goudron dans la classe des médicamens; les bonnes viandes, les consommés, les gelées , le lait d’ ânesse , toutes les nourritures succulentes dans Pordre du régime , produiront le double effet qu’on doit avoir en vue pour empêcher à Pavenir le retour
des deux affections que le traitement aura efficacement
combattues. Quant au régime pendant la durée de ce traitement , il sera conforme à celui qui est dé» taillé dans neutre première consultation.
Délibéré à Bordeaux le 4 vendémiaire an i3.