CONSULTATION XXXIII
Affection scrophuleuse.
La jeune personne pour laquelle on nous consulte est infectée d’un vice scrophuleux commun à presque tous les individus de sa famille , et qui, né avec la malade, a demeuré assoupi jusqu’à l’âge de treize à quatorze ans. Son enfance n’a rien présenté d’analogue à ce vice, et les maladies de cet âge se sont passées heureusement; la constitution molle, lâche, pituiteuse de la malade , est la seule chose qui pût faire soupçonner chez elle la disposition scrophuleuse avant son développement. On a observé que vers l’âge de sept ans elle est devenue sujette à des migraines fréquentes, qui affectèrent principalement le côté gauche , et qui ont été soulagées par des hémorrhagies nasales survenues vers la douzième année. Les premiers signes de l’affection scrophuleuse se sont montrés à une époque où l’éruption des règles semblait devoir se faire; mais au lieu de cette éruption, les parties génitales s’enflammèrent, et l’inflammation fut suivie d’une perte blanche, accompagnée
d’une démangeaison très-vive. Depuis lors, on a vu se former des ulcères dont la nature scrophuîeuse ne saurait être révoquée en doute. Ces ulcères ont été précédés par des tumeurs lymphatiques , froides , indolentes , qui se sont ouvertes,* l’abcès qu’elles ont produit a dégénéré en ulcère rongeant , avec perte de substance, et quelquefois même avec exfoliation des os; ils ont été fixés au front au-dessus de l’œil gauche , au sein du même côté , à l’hypocondre droit sur les fausses côtes , au côté droit de la colonne vertébrale , et aux deux mains. Plusieurs de ces ulcères se sont enfin cicatrisés après avoir déformé les parties , et il ne reste guère que ceux des mains dont la cicatrisation n’ait pu s’opérer. Il est remarquable que l’impression de la maladie sur les os a eu lieu principalement sur le côté correspondant à celui de la tête qui avait été le siège des migraines; car une des portions d’os qui se sont détachées , appartient à la division latérale gauche du frontal , et l’autre au même côté du sternum.
Il y a quelque raison de soupçonner que l’affection scrophuîeuse est associée au vice syphilitique ; mais ce vice est aujourd’hui trop fortement dégénéré pour jouer un rôle principal dans l’indication des moyens curatifs. Ces moyens doivent donc être pris dans la classe des remèdes auxquels l’expérience a reconnu une efficacité particulière contre les affections scrophuieuses , et l’indication que peut fournir la complication syphilitique ne peut consister que
dans l’association de quelques médicamens propres à combattre cet étal , et à seconder et modifier l’action des premiers remèdes.
La cause générale et spécifique de cette maladie étant estimée , il est facile de déduire les indications qu’on doit se proposer dans le traitement , et que nous rattachons aux trois chefs suivans : i*. corriger l’affection constitutionnelle; 2°. faciliter la cicatrisation des ulcères; 5°. prévenir le retour de nouveaux accidens.
i°. La première indication ne peut être remplie qu’au moyen des remèdes généraux adaptés à la dégénération lymphatique des humeurs , et des moyens spécifiques appropriés particulièrement à l’affection scrophuleuse qui domine. Parmi les premiers , nous recommandons l’emploi des remèdes apéritifs et fondans , tels que les amers , les gommes incisives , les extraits savonneux, les substances alcalines, les préparations d’antimoine et celles de soufre. La présomption éloignée d’un germe syphilitique nous engage à y associer quelques préparations mercurielles , qui combattront d’ailleurs efficacement l’affection du système lymphatique.
D’après cette première vue , Mademoiselle usera pour boisson ordinaire de la tisane suivante :
ÿfi Racine de garance. ....... deux onces.
Racine de saponaire . . une once.
Faites bouillir dans une pinte d’eau jusqu’à diminution d’un tiers.
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Ajoutez sous-carbonate de soude , deux gros.
On pourra ensuite mêler à cette tisane eau de chaux , une once.
La malade en boira trois ou quatre verres dans le courant de la journée. On donnera en même temps des pilules fondantes composées de la manière qui
suit :
Extrait de douce-amère demi-once.
Extrait d’aconit. . une once;
Résine de gayac une once.
Sublimé corrosif. huit grains.
Soufre doré d’antimoine vingt grains.
Mêlez ; faites des pilules de quatre grains. La dose se^a de quatre pilules matin et soir; on pourra l’augnjlenter graduellement , et la porter à six pilules dhaque fois.
On continuera ces remèdes pendant l’espace d’un mois , après lequel on pourra passer à ceux qui sont regardés , sinon comme spécifiques , du moins comme directement appropriés à l’état scrophuleux. Dans ce nouvel ordre de remèdes , nous conseillons d’essayer le muriate de baryte dont nous avons obtenu quelques bons effets. On commencera par user de ce sel en dissolution dans un véhicule approprié :
Muriate de baryte dix grains.
Faites dissoudre dans une pinte d’eau distillée.
On mêlera une cuillerée à bouche de celte dissolu-
lion dans un verre de décoction de douce-amère et de glayeul.
Ce mélange sera pris le matin à jeun , et si Ton en obtient de bons effets , on pourra répéter la même dose le soir.
Ce remède énergique sera non-seulement tenté sous la forme que nous venons de prescrire , mais il conviendra aussi d’en changer le mode d’administration, et de le donner sous forme de pilules , combiné avec les extraits déjà recommandés. Tels seraient des bols dans chacun desquels on ferait entrer :
Muriate de baryte un huitième de grain.
Extrait d’aconit
Feuilles de belladona en poudre.
Sirop de fumeterre suffis, quant.
On n’aura recours à cette nouvelle manière de donner le muriate de baryte, qu’après avoir éprouvé l’inefficacité de la dissolution.
Il est une autre substance également active , qui pourra devenir très-utile, pourvu qu’on en surveille avec beaucoup de soin l’administration ; c’est l’oxide arsenical, qu’on essaiera toujours à très-petite dose , et qu’on abandonnera aussitôt qu’on aura lieu de craindre son effet irritant. La dose n’excèdera pas celle d’un tiers ou d’un demi-grain par prise , combiné avec un extrait amer.
L’eau de mer en bains et en boisson offre un secours efficace contre raffeclion scrophuleuse, et nous
j aa demi grain.
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engageons les parens de la malade à le lui procurer. Il importe que l’usage de l’eau de mer soit fait à une époque convenable de l’année, et avec certaines modifications qui seront déterminées par le médecin chargé de conduire le traitement.
2°. On se proposera , en second lieu , de déterger ou de cicatriser les ulcères, ainsi que de résoudre les tumeurs des glandes, s’il en survenait. A cet effet, on pansera journellement les ulcères en les lavant d’abord avec une infusion de feuilles de rhuë, dans laquelle on aura jeté une petite quantité de suc de carottes , et qu’on aiguisera par l’addition d’un peu de sel de tartre ; on les couvrira ensuite avec des linges enduits d’une pommade dans laquelle on fera entrer l’huile de lin , la céruse et la térébenthine. On bassinera la paupière affectée avec une infusion de feuilles de rhuë , ou bien avec une teinture d’opium. La dissolution de foie de soufre et l’eau de chaux seront aussi employées pour le traitement local des ulcères. S il y a des tumeurs glanduleuses dont il faille opérer la résolution , On appliquera des topiques , tels que le mélange de gomme -ammoniaque et de savon, l'emplâtre de ciguë, etc. Un topique excellent dans cette circonstance , est un mélange de fiel de bœuf, d’huile de noix et de sel marin, digérés au soleil ou à une température modérée.
5°. Le seul moyen de remplir la troisième indica tion et de prévenir le retour des accidens , consiste à continuer longtemps l’usage des correctifs du vice
scrophuleux, et de les soutenir vers la fin du traitement par celui des fortifians et des toniques. L’infusion de quinquina , les eaux ferrugineuses, les fleurs martiales de sel ammoniac , sont les remèdes qui , dans la classe des toniques , méritent la préférence. Ces remèdes seront aidés par un régime approprié au période delà maladie et du traitement. On y fera entrer les viandes rôties et grillées , les végétaux non farineux , les fruits bien mûrs et qui ne sont pas trèsaqueux , et généralement toutes les nourritures d’une personne en santé , qui ne sont ni grasses ni visqueuses.
L’habitation de la campagne et l’exercice du corps feront également partie du régime curatif et prophylactique.
Délibéré , etc.
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