‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 42 sur 83 · CONSULTATION XXXIV · texte numérisé non relu

CONSULTATION XXXIV

Ulcères scrophuleux aux jambes et aux cuisses > s’étendant jusqu’aux parois de l’abdomen.

Le jeune homme pour lequel on me consulte est âgé de dix-huit ans. Sa santé a été assez satisfaisante pendant son enfance ; mais depuis cinq ou six ans sa constitution , naturellement faible , s’est sensiblement détériorée. Quoique le malade n’ait éprouvé d’abord aucune affection grave , on a pu néanmoins présumer de bonne heure chez lui une grande tendance à la dégénérationlymphatique, qui , abandonnée à elle-même , devait nécessairement produire une disposition analogue à l’état scrophuleux. Celte disposition s’annonça premièrement par la faiblesse du malade , la mollesse de sa peau , la pâleur de son teint , et par la formation de différentes tumeurs dans le voisinage des glandes.’

Il y a près de six ans que des tumeurs s’établirent sur la cuisse et la jambe d’un côté seulement , et que ces tumeurs , après quelques essais d’un traitement infructueux , s’abcédèrent. Il en est résulté des plaies

ulcéreuses , d’où suinte une sérosité âcre , qui entretient aux environs une irritation inflammatoire de même aspect et de même caractère que les inflammations scrophuleuses. Dans quelques-uns de ces ulcères , la matière purulente s’est insinuée à travers les lames du tissu cellulaire sous-cutané , et a formé des sinuosités fistuleuses qui communiquent les unes avec les autres , surtout vers les parois inférieures du bas -ventre.

Nous avons fait sonder ces différons ulcères , et nous avons trouvé que ceux qui répondent aux muscles du bas -ventre n’ont point de communication avec cette cavité » mais qu’ils occupent un espace assez étendu entre la peau et les muscles. Ils communiquent entre eux et se croisent mutuellement , de manière que le tissu cellulaire qui recouvre les muscles a déjà souffert une altération considérable. Les ulcères de la cuisse et des jambes * à l’exception d’un seul , paraissent bornés aux lieux qu’ils occupent ; celui qui s’étend au-delà , forme entre les muscles jumeaux et soléaires une sinuosité profonde sans communiquer avec ses voisins.

Quoique le nombre de ces ulcères soit encore trèsconsidérable , il y en a eu d’autres qui , après s’être alternativement ouverts et fermés , se sont entièrement cicatrisés. Il est remarquable que lorsqu’il s’est formé de nouveaux ulcères , ils ont toujours été précédés par une tumeur. Il y a quelques mois que le genou fut affecté d’une tumeur articulaire qui a déterminé

la rétraction des muscles , au point d’empêcher la flexion de la jambe et le mouvement de progression.

En réfléchissant sur les principes qui ont pu donner lieu à une affection aussi grave , on est forcé de convenir qu’une dégénération de la lymphe » jointe à l’affaiblissement des solides , ont concouru à développer une disposition semblable à celle qui existe dans les constitutions les plus décidément scrophuiëuses; de sorte que tous les accidens survenus chez le malade ont pris successivement leur source dans cette fâcheuse disposition. Il se présente en conséquence trois indications principales à remplir dans le traitement de cette maladie , qui , il ne faut pas se le dissimuler, offre beaucoup de difficultés , et peu de chances favorables pour une guérison radicale. Les indications du traitement méthodique doivent être : i°. de corriger ou d’affaiblir la disposition scrophuleuse ; 2°. de favoriser la cicatrisation des ulcères; 5°. de prévenir la reproduction ou le retour des mêmes accidens.

i°. La première indication ne peut être remplie que d’une manière lente et incertaine , par l’emploi des remèdes généraux adaptés à la dégéaération lymphatique des humeurs, et des remèdes spécifiques appropriés particulièrement à la disposition scrophuleuse qui en résulte. Nous conseillons dans le premier ordre les plantes savonneuses et amères , les gommes et les extraits savonneux, les substances alcalines, les préparations d’antimoine , de mercure et de soufre.

Monsieur prendra pour boisson la tisane suivante :

2lS CO N S tî L TATIONS

% Sommités de houblon. . . . . . . . un gros. Racine de saponaire. ........ une once.

Tiges fraîches de douce-amère. . . . demi-once.

Faites bouillir dans une pinte d’eau jusqu’à diminution d’un tiers, ajoutez ensuite demi-once de sel végétal et une once d’eau seconde de chaux.

Le malade en boira trois ou quatre verres dans le courant de la journée.

Huit jours après qu’il aura commencé l’usage de celte tisane , il y joindra celui des pilules suivantes :

*2f, Extrait de gentiane demi* once.

Savon de Venise deux gros.

Rhubarbe en poudre. un gros.

Terre foliée de tartre. .... quarante grains.

Mêlez avec le sirop de chicorée composé. Faites des pilules de trois grains. Ces pilules seront données trois fois par jour , au nombre de deux chaque fois , le matin , à midi, et le soir à l’instant du coucher. On pourra augmenter graduellement cette dose , et la porter à celle de cinq ou six pilules pour chaque prise, Ces pilules seront alternées avec un électuaire composé de la manière suivante :

y* Extrait de douce-amère demi-once.

Extrait d’aconit.. demi-gros.

Résine de gayac. ....... un gros.

Sublimé corrosif. . huit grains.

Soufre doré d’antimoine. , . . vingt grains.

Mêlez avec une once de rob de sureau pour un électuaire. On donnera trois fois par jour quinze grains de cet électuaire, en alternant avec les pilules précédentes , de manière que le malade prenne pendant huit jours les pilules * et pendant huit autres l’électuaire.

Ces remèdes seront continués pendant l’espace de deux ou trois mois , après lesquels on pourra tenter » s’ils n’ont pas produit un effet décisif, les remèdes plus spécialement appropriés à l’état scrophuîeux. Dans ce nouvel ordre de remèdes , je recommanderai le muriate de chaux, que l’on donnera en dissolution. On fera dissoudre dix grains de muriate de chaux dans une pinte d’eau distillée , et l’on mettra ensuite une cuillerée de cette dissolution dans un verre de décoction de douce-amère et de glayeui, Nous indiquerons par la suite d’autres moyens d’administrer un remède énergique, si l’on n’obtenait pas de celui-ci tout l’effet que nous désirons.

20. Afin de procurer la cicatrisation des ulcères , on aura soin de les déterger en les lavant d’abord avec une infusion de feuilles de rhue , dans laquelle on aura jeté un peu de sel de tartre; on fera ensuite des injections, surtout dans les ulcères fistuleux, avec la dissolu lion de sublimé corrosif, qui servira également pour bassiner ces ulcères ; on y appliquera des linges imprégnés d’une pommade composée avec la térébenthine * la céruse et l’huile de lin ; on introduira des trochisques ou des bourdonnets imbibés de baume vert. On atta-

quera les tumeurs par les topiques résolutifs 5 tels que les emplâtres de gomme ammoniaque, de ciguë, de savon , etc. ; on introduira des sétons dans le trajet des ulcères fistuleux qui communiquent ensemble , pour ranimer l’action vitale ; après quoi , l’on supprimera ces sétons au bout de quelques jours , et l’on exercera une compression graduée dans la direction du trajet ils tu leux. Dans les points où les tégumens se trouveront amincis et dépouillés de leur tissu cellulaire, il faudra les inciser si le trajet fistuleux n’est pas très - étendu , afin de mettre à nu le fond de la plaie.

En même temps, on soutiendra les forces du malade par une nourriture légère et analeptique , et par de légers cordiaux et des toniques , dans le cas où l’abondance de la suppuration viendrait à occasioner la fièvre et le dévoiement.

5\ Le seul moyen d’empêcher la reproduction des accidens , est de continuer longtemps l’usage des re~ * mèdes ci-dessus prescrits , en les soutenant vers la fin par celui des remèdes toniques et par l’établissement d’un cautère.

Page 1