CONSULTATION XXXVI
Hypocondriacie nerveuse »
Le nombre et la variété des symptômes que M. le Consultant éprouve depuis long-temps , ne laissent aucun doute sur les caractères de la maladie dont il est affecté. Plus on examine l’ordre et la succession de ces symptômes , plus on a lieu de se convaincre qu ils caractérisent cet état du système irritable et sensible auquel l’hypocondriacie nerveuse peut être rapportée. Si l’on se rappelle que la maladie actuelle suc*» cède à des fièvres intermittentes prolongées , si l’on fait attention que ces fièvres ont établi un état d engorgement dans les viscères du bas-ventre, on ne 1 doutera point que l’hypocondriacie ne reconnaisse pour cause une irritation vive fixée sur ces organes , jointe à un commencement d’obstructions produites par les fièvres antécédentes , et ayant leur siège dans le système hépatique, et particulièrement vers le petit lobe du foie.
I! n’est aucun des symptômes dont le malade se plaint , qui ne doive être attribué à cette affection
essentielle , et il n’est pas jusqu’au vomissement habituel et à l’émission involontaire de semence , qui ne paraissent en dépendre. Nous croyons pouvoir rassurer M. le Consultant; sa maladie est susceptible de guérison , quoiqu’il soit impossible d’en fixer bien précisément l’époque ; elle n’offre rien qui doive faire appréhender une suite funeste , et M. doit se soumettre avec confiance aux moyens curatifs qui vont être indiqués.
i°. Le fond du traitement sera tiré des méthodes relâchantes , et consistera d’abord en des boissons adoucissantes et prises en grande quantité , en des bains tièdes et des frictions sur toute l’habitude du corps. Le malade commencera de suite l’usage de l’eau de poulet ou de veau » dans laquelle il fera infuser quelques feuilles d’oranger , ou bien des fleurs de tilleul et de camomille, et dont il devra boire au moins une pinte tous les jours, fl prendra chaque matin , pendant un mois ? six onces des sucs dépurés par expression de chicorée , de laitue et de bourrache , en proportion égale , qu’il mêlera avec un verre de petit lait bien clarifié. L’usage des bains sera continué sans interruption aussi longtemps que M. le Consultant pourra les supporter sans trop s’affaiblir, en commençant le premier jour par un bain d’une heure, et le prolongeant ensuite jusqu’à une heure et demie , deux et même trois heures. En sortant du bain , il se fera frotter toutes les parties du corps , et principalement la région du bas-
ventre, avec la main ou de la flanelle sèche , ou avec une brosse d’Angleterre. Dans la suite » on pourra faire ces frictions avec de la flanelle trempée dans de l’huile ou dans quelque décoction émolliente. On répétera fréquemment les frictions sur les reins et sur la colonne épinière, et M. le Consultant en secondera reflet par un exercice modéré fait après chaque friction , et continué jusqu’à ce qu’il éprouve une légère moiteur.
2°. Il importe que M. îe Consultant se tienne le ventre habituellement libre , et qu’il se procure des évacuations faciles. Dans cette vue, il prendra souvent de petites doses de quelque laxatif doux, comme la pulpe de tamarin, la moelle de casse à la dose de deux ou trois gros ; mais le moyen curatif sur lequel nous fondons le pl is d’espoir , est l’usage soutenu des lavemens composés avec des plantes émollientes et calmantes : on les préparera avec les feuilles de mercuriale, de bouillon blanc , de jusquiame et de pariétaire, et ils seront administrés à la manière deKœmpf: ( un lavement d’eau simple , à seringue entière , pour balayer les matières retenues dans les intestins ; et lorsque le malade a rendu ce premier lavement , donner le lavement médicinal à demi-seringue seulement). En même temps il faudra employer les bains de siège avec les mêmes décoctions tièdes , appliquer sur le ventre des linges qui en seront imbibés, ou bien faire des frictions sur la même région avec le Uniment suivant :
2^ Onguent d’althéa. ; . . . . \
Onguent populéura. . . * • • I
Huile de lis blanc. ...... ) aa une once.
Huile de camomille. ..... 1
Blanc de Éaleine, /
Triturez ensemble ; faites un liniment dont on emploiera gros comme une petite noix à chaque friction. O11 pourra enfin tenir fixé sur la région de l’estomac , depuis le cartilage xiphoïde jusqu’au nombril , un emplâtre en écusson , composé avec
Thériaque. une once.
Camphre dix grains.
Opium cru vingt grains.
Baume du Pérou. . » suffis, quant.
Le tout bien mêlé , qu’on étendra sur un morceau de peau de chamois. Cette application est indiquée pour calmer autant que possible l’irritation des or* ganes digestifs et les vomissemens habituels qui en sont la suite.
5°. Si les pollutions nocturnes et la perte de semence se renouvellent au détriment des forces du malade , il faudra les prévenir en donnant le soir des émulsions tempérantes , et en appliquant sur le scrotum et le pubis des sachets remplis de camphre.
4°. Dans les attaques particulières qui ramènent des accidens plus graves , on usera de la potion anti spasmodique suivante :
cons ultations
^ Eau de menthe . i
Eau de mélisse . ati une once.
Eau de fleurs d’orange ;
Liq ueur minérale anodine d’Hof- j
mann . V aa trente goutt.
Teinture de castor )
Ou rendra la digestion plus facile en faisant prendre chaque jour à la malade un grain d’ipécacuanha dans la première cuillerée de soupe , ou mieux en • core une cuillerée de liqueur viscérale stomachique d’Hoffmann , avant et après le repas.
5°. Lorsqu’on sera certain d’avoir dissipé le spasme, calmé l’irritation et détruit l’engorgement des viscères par l’usage suffisamment continué des remèdes calmans , émolliens et apéritifs, on passera à celui de quelques toniques pour fixer le nouvel état des symp tômes. Dans le nombre de ceux qui pourront être employés à cette époque du traitement , le quinquina , les martiaux , l’élixir vitriolique et les eaux minérales ferrugineuses nous semblent mériter la préférence.
6°. La nourriture du Consultant sera tirée des végétaux plutôt que des viandes. Il évitera surtout les salaisons , les viandes noires , les ragoûts épicés et tous les alimens échauffans , flatueux et indigestes. Il préférera les herbages aqueux , tels que la chicorée,les épinards, la laitue, le cresson, l’oseille, etc. , aux légumes farineux , à moins qu’il nq les mange en purée. Les viandes blanches bouillies , rôties ou
cuites -* sur ie gril , le poisson à Feau , à la sauce blanche ou grillé , les fruits fondans de la saison en parfaite maturité, lui fourniront des alimens convenables. II bannira de ses repas le vin pur , le café , les liqueurs. Il fera chaque jour un exercice modéré à pied ou à cheval ; ce dernier, surtout , lui sera très-salutaire. Il évitera avec soin Fagitation et le tumulte des grandes affaires , jusqu’au rétablissement parfait de sa santé.
Délibéré , etc.
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