‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 45 sur 83 · CONSULTATION XXXVII · texte numérisé non relu

CONSULTATION XXXVII

Hémoptysie dépendante d3 une hypocondriacie

nerveuse .

Quoique parmi les symptômes que le malade éprouve , il y en ait plusieurs qui semblent indiquer une altération grave des organes pulmonaires , et que l’existence de ces symptômes ait pu inspirer des craintes aux médecins qu’il a consultés , nous trou» vous dans leur ensemble ainsi que dans leur rapport avec toutes les circonstances delà maladie , des motifs suffisans pour nous rassurer h cet égard, et pour être fondé à croire que les organes de la poitrine sont exempts de toute altération. En effet, plus on examine l’ordre et la succession de ces symptômes, plus on a lieu de se convaincre qu’ils sont sous la dépendance d’une irritation spasmodique des viscères du bas -ventre , qui constitue l’hypocondriacife nerveuse. Le spasme de ces organes réagit sur les poumons , et détermine les inouvemens hémorrhagiques qui amènent de temps en temps l’expulsion d’une quantité peu considérable de sang avec les crachats.

de médecine.

Nous sommes amené à cette opinion par les considérations suivantes : la maladie du Consultant a débuté par des douleurs , des tiraillemens , des maux de nerfs dans différentes parties de son corps ; les sensations pénibles qui accompagnent son état , finissent par se concentrer vers la région épigastrique , où elles s’annoncent par des douleurs fixées sur cette région ; le crachement de sang est toujours suivi d’un sentiment d’ascension, semblable à celui, que * produirait ce fluide s’il remontait du bas-ventre à la poitrine. Ce symptôme n’est accompagné ni de toux , ni de lièvre, ni d’amaigrissement; il est associé à un état de tristesse ou de mélancolie habituelle ; enfin , la constipation augmente les douleurs de poitrine , et la liberté du ventre les soulage, etc.

Nous pourrions encore rassembler une foule de signes , d’après lesquels il est impossible de méconnaître que l’hypocondriacie forme l’élément primitif de cette maladie , et que l’affection de la poitrine n’est qu’une lésion secondaire déterminée par l’effet sympathique de la première. On peut donc affirmer que , dans son état actuel , la maladie est susceptible de guérison; que les craintes exagérées d’une maladie organique de la poitrine doivent être écartées , et qu’il s’agit d’empêcher les effets de l’altération que le spasme du bas-ventre pourrait produire par voie de sympathie sur les poumons. Nous pensons remplir les indications que cette maladie présente, par les remèdes et le ré gime suivans : s

i°. Monsieur usera, pour boisson ordinaire, d'une tisane composée avec une once de racine de saponaire , autant de racine de chiendent , et demi-once de lierre terrestre , que Ton fera bouillir dans une pinte d’eau jusqu’à diminution d’un tiers . et à laquelle on ajoutera deux gros de sel de tartre. L’eau de poulet , l’eau de veau , pourront être de temps en temps substituées à cette boisson. Monsieur reviendra aux sucs d’herbes mêlés avec trente grains de terre foliée de tartre, dont il a déjà retiré quelque avantage.

2°. Monsieur le Consultant prendra un certain nombre de bains tièdes dont la durée sera d’une heure chaque fois , et qui seront répétés tous les jours , ou bien tous les deux jours , suivant l’état de ses forces. Pendant la traversée , il pourra les prendre mec Feau de mer. En sortant du bain , on lui fera des frictions sur toutes les parties du corps , et principalement sur la région du bas-ventre, soit avec des brosses, soit avec la flanelle. Outre le bain général , Monsieur prendra Je soir, un bain de jambes dans Feau tiède , avec une demi-poignée de graines de moutarde concassées.

3°. Monsieur se fera appliquer tous les mois quatre sangsues autour de F anus; et, dans le cas où cette application deviendrait incommode , il devrait alors la faire à k partie interne de chaque cuisse. Quatre jours avant celui fixé pour cette application , le malade avalera, outre les sucs d’herbes prescrits ci-dessus , un bo| préparé de la manière qui suit :

% Aloës. quatre grains.

Gomme ammoniaque. .... deux grains.

Castoréum deux grains.

Mêlez pour un bol , qui sera donné le matin à jeun.

4®. Afin d’entretenir la liberté du ventre , Monsieur reviendra de temps en temps à l’usage de quelque laxatif doux 9 comme la pulpe de tamarins , la moelle de casse , à la dose de deux ou trois gros. Il prendra aussi tous les deux jours un demi-lavement préparé avec la décoction de feuilles de mercuriale , de fleurs de bouillon blanc et de tiges de valériane : ce lavement devra être pri9 à la suite d’un lavement entier à l’eau simple , qui aura débarrassé les intestins des matières qu’ils pouvaient contenir.

5®. Dans la vue de calmer les douleurs , on frottera les parties extérieures de la poitrine et du bas-ventre avec un Uniment composé ainsi qu’il suit :

*ï£ Onguent d’althéa \

Huile de camomille camphrée, f

Laudanum liquide } aa s*x Sl0s*

Blanc de baleine . . )

On pourra enfin tenir fixé sur la région de l’estomac , depuis le cartilage xiphoïde jusqu’au nombril , le même Uniment étendu sur un linge en manière d/épithème. •

6°. Si , malgré le traitement qui précède , les irrita lions et les douleurs de poitrine augmentent d’inten-

si té , si les crachats se teignent «Tune plus grande quantité de sang , il conviendra de mettre sept ou huit sangsues auteur du thorax , et de soutenir l’effet de cette saignée locale par quelque potion tempérante prise intérieurement. Alors il sera bon de prescrire chaque soir une émulsion faite avec les quatre semences froides , le sirop de nymphéa et le sel de nitre.

7°. Gomme dans toutes les maladies de ce genre on a des motifs de soupçonner, outre les spasmes nerveux , un germe d’embarras ou d’obstruction dans quelque partie du système abdominal , il faudra combiner les remèdes fondans et antispasmodiques, de manière* qu’on agisse par des médicamens qui soient en même temps capables de résoudre les embarras et les spasmes. Les pilules suivantes offrent une combinaison très-appropriée de ces deux ordres de médicamens.

Feuilles d’aconit en poudre, vingt grains.

Valériane en poudre. . . . trente grains.

Camphre quinze grains.

Calomélas vingt grains.

Exlr.'de jusquiame blanche, vingt-quatre grains.

Extrait de douce-amère. . un gros.

Mêlez, et faites des pilules de quatre grains.

Le malade prendra deux de ces pilules matin et soir. Il augmentera tous les trois jours la dose d’une pilule seulement , jusqu’à ce qu’il l’ait portée à celle de cinq pilules pour chaque prise.

8°. La nourriture de M. le Consultant sera tirée

des végétaux plutôt que des viandes. Il évitera surtout les salaisons , les viandes noires , les ragoûts salés et épicés, et les alhnens farineux. Il ne se permettra qu’un usage modéré du vin, des liqueurs et du café. Il fera chaque jour un peu d’exercice , soit à pied , soit à cheval; mais il observera de ne le pousser jamais au point d’en éprouver de la fatigue. Il évitera les intempéries de l’air , les changemens brusques de température. Il se procurera le plus possible de distractions. Enfin , il se persuadera bien que sa plus grande ressource est en lui-même ; que toutes celles de la médecine deviendront nuîles , s’il ne les seconde par son propre courage , et que l’application de nos conseils n’aura de succès véritable , qu’autant qu’il trouvera dans son âme assez d’énergie pour attendre la guérison du mal qui l’affecte réellement, et assez de sagesse pour éloigner les craintes du mal qui l’occupe seulement en idée.

Délibéré , etc.

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