‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 47 sur 83 · CONSULTATION XXXIX · texte numérisé non relu

CONSULTATION XXXIX

Epilepsie .

Après avoir examiné avec soin tonies les circonstances qui ont précédé et préparé la maladië du jeune homme pour lequel on nous consulte * nous avons pu établir notre opinion sur la nature et le principe de cette affection. Né fort et bien constitué , le malade n’a été sujet qu’aux maladies naturelles de l'âge qu’il a parcouru. A trois ans il eut la petite vérole , et quelque temps après des convulsions , auxquelles on opposa des saignées si copieuses qu’il j

dropique. On guérit 1 hydropisie* et 1 enfant reprit des forces et de la santé. Il n’y a jamais eu de ma« îadie héréditaire dans sa famille ; on a observé seulement que son père , doué d’une sensibilité nerveuse considérable , est sufet à des attaques fréquentes de somnambulisme , qui annoncent chez lui une action particulière des organes des sens et du cerveau.

Il y a deux ans que le jeune homme éprouva une première atteinte de sa maladie : il eut des convulsions assez marquées , et depuis il a eu beaucoup

d'autres accès de ce genre; mais la maladie n'a réellement pris le caractère épileptique que depuis quatre ou cinq mois. Dans l’état actuel elle présente deux ordres d’accidensbien distincts : le premier consiste dans une sorte d’étonnement et d’insensib^ité qui n’est point accompagnée de môuvemens convulsifs, et qui ne laisse aucun souvenir. Cet accident survient presque tous les jours h des heures indéterminées. Le second ordr»e d’âccidens est une attaque d’épilepsie bien caractérisée, avec mouvements convulsifs , perte de sentiment et de connaissance : elle arrivait d’abord tous les mois en coïncidant avec les grandes révolutions lunaires; aujourd’hui les attaques sont plus rapprochées > mais elles correspondent toujours aux divers môuvemens de cet astre.

Une circonstance bien remarquable de cette maladie , c’est que les jours qui précèdent la grande attaque d’épilepsie , les petits accidens sont beaucoup plus marqués. Il se fait alors un mouvement du sang vers la tête et vers Porgane cutané , lequel s’annonce évidemment par la rougeur de la face, le prurit de la peau , la chaleur de tout le corps , et le suintement du sang aux endroits du séton et du cautère qu’on a établis chez le malade.

Parmi les méthodes de traitement qui ont été mises en usage , celles où l’on a employé les antispasmodiques excitans ont aggravé le mal au lieu de 1 adou cir. Il n’y a que les moyens lempérans, afîaiblissans , pris dans l’ordre des antiphlogistiques , qui aient

apporté quelque soulagement. Les saignées et les purgatifs administrés en même temps ont écarté les acch dens pendant cinq ou six semaines.

De ces considérations il résulte :

i°. Que l’épilepsie dont il s’agit n’est point héréditaire , mais qu’elle peut être liée à une disposition du système sensible dont le malade a porté le germe en naissant.

2°. Qu’elle n’est pas encore sous la dépendance d’un vice organique du cerveau, mais que la répétition fréquente des accès pourrait dans la suite en déterminer la formation.

5°. Qu’elle n’est pas néanmoins réduite à une simple affection nerveuse spasmodique , mais qu’elle admet un second principe qui est entretenu par l’action stimulante du système sanguin , et par la ten- , dance habituelle du sang vers la tête ; en sorte que celte épilepsie se compose de deux affections élémentaires , dont l’une se rapporte au spasme convulsif , et l’autre à l’excitation produite par l’action et 1e. mouvement fluxionnaire du sang. Cette dernière est démontrée par le tempérament du malade , par l’état du pouls, par la rougeur de la face au moment de l’attaque, par l’apparition du sang dans la plaie du cautère à la même époque , enfin par l’effet qu’ont eu les saignées et les autres moyens antiphlogistiques po ur diminuer et retarder les accès.

La méthode de traitement doit être relative h ces deux affections combinées ; elle aura donc pour objet,

î°. De modérer Faction du sang.

2°. De dissiper la disposition spasmodique à laquelle l’état convulsif est attaché. Mais il importe surtout de ne songer à cette dernière indication qu’après avoir rempli les vues de la première ; ce que Fon obtiendra d’abord par les remèdes et le régime suivons :

i°. Le moyen le plus propre à modérer Faction des vaisseaux et du sang » est l’emploi des saignées laites à des distances convenables. On préférera l’application des sangsues dans l’intervalle des accès , niais on pratiquera la saignée aux veines à l’époque où Faccès menacera d’éclater. Deux fois par semaine on appliquera quatre sangsues qui seront mises la première fois à la marge de l’anus, la seconde è la partie interne des cuisses , la troisième aux malléoles , et l’on recommencera de la même manière en suivant toujours le même ordre. Lorsque le malade éprouvera les symptômes qui annoncent ordinairement Fap proche du grand accès convulsif, il faudra pratiquer une petite saignée au pied.

2°. Ces évacuations de sang, que Fon s’efforcera de rendre révulsives en ïes soumettant aux règles pré cédentes , seront soutenues dans leur efîet révulsii. par les bains de jambe répétés chaque jour, par les frictions sur l’organe de la peau , par les iavemens et les laxatifs. On fera prendre tous les soirs un bain de jambe avec de l’eau tiède h laquelle on mêlera une poignée de sel et un verre de bon vinaigre. Après le

DK MÉDECIN R. 2çjl

bain , on fera une friction sèche sur toute l’étendue des cuisses et des jambes.

5°. Afin de diminuer l’action du sang, on donnera les tempérans qui ont surtout la propriété de modérer le mouvement des vaisseaux. Le nitre est une des substances qu’on peut employer avec le plus d’avantase dans cette vue : on le donnera mêlé aux boissons, telles que le petit-lait, l’eau de veau , l’eau de laitue, l’eau de poulet, etc. Sur trois verres de petitlait que le malade boira dans la journée, on fera dissoudre vingt grains de sel de nitre , et Ton pourra augmenter la dose de ce sel par degrés. Enfin il conviendra de mêler de temps en temps un peu de nitre à l’eau qui servira pour la boisson ordinaire du malade. La limonade nitrique pourra être essayée à la place des eaux ci-dessus prescrites à raison de sa propriété tempérante, surtout dans les maladies où il existe une disposition nerveuse et spasmodique.

4°. Les demi-bains dans feau tiède ou dans quelque décoction émolliente , offrent un second ordre de tempérans qui ne doit pas être négligé. Le malade en usera journellement, surtout aux époques voisines des grands accès. Dans les époques plus éloignées , les bains fcièdes , entiers , seront eux-mêmes mis en usage avec efficacité. Une pratique qui pourra devenir utile , c’est de faire des affusions d’eau froide , de maintenir des linges trempés dans l’oxicrat sur la tête du malade , en même temps qufil aura les jambes plongées dans l’eau tiède.

5°. Il importe non-seulement d’entretenir la liberté

du ventre,, mais aussi de favoriser et d’augmenter , s’il est possible, toutes les sécrétions. Il serait avantageux d’établir un léger mouvement diarrhoïque : dans cette vue , l’on administrera de temps en temps queL ques doux purgatifs, et l’on prescrira tous les deux jours soit un peu de magnésie blanche dans le premier verre de bouillon , soit une prise de marmelade de casse le matin à jeun , soit enfin quelques pilules d’Anderson. Ces pilules mériteront la préférence au bout de quelque temps , surtout si implication des sangsues venait à déterminer un travail héüiorrhoïdaL Les lavemensetdemi-lavemens donnés tous les jours favoriseront aussi la liberté du ventre ; les frictions sur toute l’habitude du corps , les bains, les vapeurs relâchantes dirigées sur la peau , les boissons recommandées suffiront pour faciliter les sueurs,

6°. Ce traitement sera continué dans toute sa simplicité pendant six semaines. Alors on aura recours à l’usage des antispasmodiques tempérans , comme le camphre combiné avec le nitre. On formera des bols de nitre et de camphre, dans lesquels on augmentera graduellement la dose de camphre, jusqu’à ce qu’il domine assez sur le nitre pour servir, par son action , de passage à celle des autres antispasmodiques plus actifs. La poudre tempérante de Stahî offrira dans une partie du traitement une combinaison bien entendue.

7°. Le régime du malade , pendant celte première partie du traitement, sera végétal autant que possible. Les plantes aqueuses avec les assaisonnemens simples, les fruits, très-peu de viande, aucuns ragoûts succulens , point de farineux , voilà en raccourci d’après quels principes doit être réglée sa nourriture. Le malade fera tous les jours un exercice modéré? il se procurera les distractions de son âge , en évitant celles qui pourraient trop l’exciter ou l’émouvoir. On supprimera le séton à la nuque , mais on laissera subsister le cautère au bras.

8°. Après trois ou quatre mois, suivant 1’efFet, d’un usage soutenu de cette méthode tempérante, on aura suffisamment combattu l’affection dépendante du système sanguin , et il conviendra d’attaquer directement la disposition spasmodique nerveuse. Cette nouvelle indication deviendra manifeste, si le malade a perdu de sa force , s’il éprouve des inquiétudes vagues , si les accès sont plus retardés et moins fréquens , si les petites attaques journalières disparaissent , si les convulsions viennent sans être annoncées , et surtout si, devenant plus régulières , elles prennent une marche sensiblement périodique. Alors on sera certain d’appliquer utilement les antispasmodiques directs , comme les feuilles d’oranger , la valériane sauvage, l’assa-fœtida , le castoréum. Le quinquina sera lui-même d’un grand avantage si la périodicité est une fois établie ; dans ce cas, on renforcera les doses de quinquina vers l’époque des révolutions

lunaires, Du reste, nous nous réservons «le donner, s il devient nécessaire , de nouveaux éclaircissemens sur la manière d’administrer ces antispasmodiques directs.

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