‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 48 sur 83 · CONSULTATION XL · texte numérisé non relu

CONSULTATION XL

Ep ilepsie verni inc use .

L'histoire exacte et détaillée des symptômes qui ont précédé et qui accompagnent aujourd’hui la maladie pour laquelle on nous consulte , ne laisse aucun doute sur la nature et l’espèce de cette affection., Une diathèse vermineuse observée chez plusieurs individus de la famille de M. le Consultant , paraît avoir joué le rôle de cause occasioneile dans les attaques d’épilepsie qu’il a éprouvées dès sa plus tendre enfance. Ces attaques , dont la première fut décidée par une frayeur , se sont répétées à des intervalles fort rapprochés sans observer aucune marché régulière. Elles étaient violentes et de longue durée; souvent elles se prolongeaient au-delà de vingt-quatre heures; mais alors chaque attaque était partagée en plusieurs accès partiels qui en remplissaient l’intervalle. Une circonstance remarquable est que le mouvement épileptique , dans chaque accès , semble partir de l’estomac et monter à la tête. I! n’est pas moins utile de savoir qu’a près l’attaque le malade rendait ordinairement

par les selles des vers ascarides et lombrics , et qu’i 1 vomissait même quelquefois de ces derniers avec une grande quantité de glaires.

Cette maladie , traitée par un médecin allemand , fut sensiblement soulagée, et l’on présume que les remèdes employés furent principalement tirés de la classe des vermifuges. Le malade rendit de gros paquets de vers lombrics et d’ascarides par l'effet de ce traitement. Il y eut a cette époque un amendement si léel, qu a 1 exception des maux de tête, des vomisseinens glaireux, de quelques vertiges, Monsieur jouit pendant 1 espace de deux années d’une santé assez bonne pour se livrer aux études et aux occupations de son âge. Le développement de la puberté donna de nouvelles forces à la maladie; une frayeur détermina le retour de celte affection , comme une frayeur en avait déterminé les premières attaques : les symptômes devinrent plus intenses qu’ils ne l’avaient été. On ne put employer la méthode de traitement mise en usage les années précédentes, mais, d’après les conseils des médecins de Paris, on fit prendre au malade une décoction d aîoes et de sel de mire , qui a procuré l’expulsion d’une quantité considérable de vers ascarides et de glaires. Ce simple remède purgatif a diminué le nombre et la violence des attaques, qui semblent se réduire le plus souvent h des espèces de vertiges.

Il résulte de cet exposé , que cette épilepsie est entretenue par deux principes, 1 un qui se rapporte 5 l’extrême mobilité du système nerveux, et à i’influeacç

DE MÉDECINE'. s5y

■vicieuse des forces sensitives sur ies forces motrices; l’autre qui est relatif à la diathèse vermineuse, dont l’action soutenue excite vivement la mobilité de tout le système. Ce dernier principe suppose une tendance singulière à la dégénération muqueuse des humeurs , qui alimente et reproduit nécessairement les vers.

En partant de ces données , nous nous proposerons dans la méthode de traitement un double objet : i°. de modérer l’action des forces sensitives et motrices , en procurant par des excitations bien dirigées un libre développement de ces forces; 2°. de détruire la surabondance des humeurs muqueuses, et d’empêcher la génération des vers qui en est le produit. Ce dernier objet occupe le principal rang dans l’ordre des indications curatives , parce que la présence des vers étant la principale cause excitante des mouvemens épileptiques , il sera facile, une fois celle-ci détruite , de rompre l’habitude de ces mouvemens, entretenue par la disposition particulière du système nerveux.

i°. Outre les moyens généraux indiqués contre l’état nerveux , et qui doivent consister en bains tièdes , en frictions sèches, en boissons tempérantes , on aura soin d’animer l’organe de la peau en appliquant de temps à autre des vésicatoires sur différentes parties du corps, sans les laisser séjourner assez long-temps pour produire une plaie profonde. Un moyen de même ordre qui ne doit pas être négligé , est celui des frictions faites avec une teinture antispasmodique , préparée en faisant dissoudre quarante grains d’o~

‘^58 c 0 N S U L T A T IONS

pmm, demi - gros de camphre et autant de suçoir* daos six onces d’alcool, On se servira de celte teinture pour frotter journellement les cuisses, les jambes, le dos et toute la colonne épinière.

2°, On commencera ie traitement principal en faisant vomir le malade trois ou quatre fois, à jours alternatifs, au moyen d’une quantité suffisante de poudre d’ipécacuanha aiguisée par un demi-grain de larlrite antimonié de potasse. Lorsqu on aura répété les vomissemens trois ou quatre fois , on purgera le malade avec

Cinnabre. .... . . . . .

Résine de gayac. ......

Résine de jalap, ......

Rhubarbe. .........

Antimoine diaphorétique. . .

Sirop de chicorée composé. .

dix grains.

jati'cinq grains.

un gros, quinze grains, six gros.

Mêlez avec deux onces d’eau de chicorée.

5°. On réitérera deux fois par mois, vers la nouvt et vers la pleine lune, le même purgatif, en le faisant précéder d’un seul vomissement par l’émétique prescrit ci-dessus. Le soir du jour où le purgatif aura été administré , on fera prendre une potion tempérante avec

Sirop de nymphéa. ..... une once.

Sirop diaeode. ... , . . . demi-once.

Mêlez dans quatre onces d’eau de iis et de pavot.

4°. Daos l’intervalle des époques fixées pour î’ad-

ministration du purgatif, le Consultant insistera surun mélange approprié des antispasmodiques directs et des vermifuges. On choisira parmi les antispasmodiques ceux qui paraissent avoir une efficacité particulière contre la diathèse vermineuse. L’usage soutenu des pilules suivantes remplira ce double objet :

Mercure muciîagineux camphré, un gros.

Rac. de fougère mâle en poudre, deux gros.

Valériane en poudre deux gros.

Camphre

Âssa-fœtida, ........

Aloès. ...........

demi-gros.

^ fia 5o grains.

Mêlez avec suffisante quantité de mucilage; faites des pilules de trois grains.

On donnera quatre de ces pilules matin et soir; on

pourra même augmenter dans la suite la dose du remède , jusqu’à ce qu’on l’ait portée à six pilules pour chaque prise. Sur ïa dose du matin seulement, on fera prendre une infusion de deux gros de fleurs de valé-

riane et de quatre ou cinq feuilles d’oranger.

5°. On surveillera le moment ou l’accès épileptique menace d’éclater, et, dans le cas où il serait prévu, on tâchera de l’empêcher en faisant vomir avec l’eau tiède et en donnant des îavemens chargés de sel marin. Ces Iavemens pourront être avantageusement employés

dans l’intervalle des attaques , et concourir avec les autres remèdes à la destruction de l’état vermineux, 6°. Si , après s’être assuré qu’on a détruit la cause

vermineuse . les accès d’épilepsie continuent de revenir par une suite de la disposition nerveuse , il faudra combattre celte disposition par les moyens directs et appropriés. Dans le choix de ces moyens, on sera obligé de se conduire par des essais et des tatonnemens plus ou moins hasardés .* on commencera toutefois parceux auxquels l’expérience accorde le plus d efficacité , comme la valériane sauvage , cueillie avant que la racine ait poussé des tiges, et prise à haute dose ; les Icoilles d’oranger en poudre , le camphre , les fleurs de zinc , à la dose de quarante ou cinquante grains par jour , 1 huile animale de Dippel bien pure , l’esprit de corne de cerf succiné , à la dose de cinquante gouttes , dans un véhicule convenable ; enfin , l’extrait de jusquiame blanche , auquel on n’aura recours qu après avoir éprouvé 1 inutilité des antispasmodiques précédemment indiqués.

70. On associera ce traitement à des applications sur la région épigastrique, avec un mélange d’antispasmodiques et de vermifuges. Les embrocations avec les huiles de rhue , de camomille et de jusquiame, peuvent aussi être employées avec avantage.

<S°. Si , par 1 effet des remèdes , ou par celui d’une révolution salutaire et imprévue , il survenait un mouvement de fièvre , il serait à propos de favoriser et de soutenir cet acte fébrile assez long-temps pour qu’il pût résoudre la disposition épileptique; car la fièvre s’associant à celte maladie en a quelquefois opéré la guérison. La même chose doit s’entendre des dépôts >

des éruptions cutanées et de tous les efforts critiques.

9°. Le régime doit être sec, fortifiant, ionique, capable de prévenir la dégénération des humeurs muqueuses et la génération des vers. Il importe que le malade évite les intempéries de l’air , qu’il s’éloî gne des températures froides et humides, qu’il fasse chaque jour un exercice modéré ,x[u’il s’abstienne des alimens muciiagineux, gras, onctueux, comme le poisson , les viandes blanches et délicates , les substances farineuses, et qu’il adopte enfin une manière de vivre assortie à l’intention générale de fortifier et de resserrer la fibre. Une précaution essentielle dans le traitement , est d’écarter l’influence des constitutions de l’air que la marche périodique des saisons amène : il convient que le malade se mette à l’abri du froid et de l’humidité pendant l’hiver; qu’il se tienne en garde contre l’air froid et sec du printemps; qu’il éloigne les causes des maladies inflammatoires propres à celte époque de l’année , et qu’il observe enfin les mêmes règles de prudence à l’égard de la saison subséquente»

Délibéré , etc.

Sf)2

CONSULTATION XLL

Affection nerveuse avec fièvre intermittente com .«* jiliquée d'un \nce rhumatismal .

Le Mémoire très instructif qui nous a été remis sur ia maladie de Mademoiselle la Consultante , renferme une suite de détails qui ne laissent échapper aucune des circonstances propres à caractériser la nature de cette affection compliquée. Agée de trente -six ans, née d’un père vieux, la constitution de Mademoiselle, naturellement bilieuse et lymphatique , a toujours été modifiée oar 1 excessive irritabilité de ses neiis. i^es maladies qui ont affecté son enfance et sa première jeunesse sont des douleurs vagues dépendantes d. un principe rhumatismal , des hémorrhoïdes , des coliques néphrétiques , des fièvres irrégulières , tantôt continues, tantôt intermittentes, des spasmes, des crispations, des maux de nerfs, quelques engorgemens glanduleux, des sueurs abondantes, des gonflemens ou des infiltralioifs dans le tissu cellulaire ; toutes

Dli MÉDECIN E . g 65

aflecüons qui décèlent la dominance du système nerveux et du système lymphatique.

Une fièvre rémittente survenue dans le courant du mois de juin dernier, qui, outre les symptômes ordinaires de la fièvre , s’accompagne d’une douleur fixe vers les fausses côtes , des vomissemens glaireux, des tensions et des malaises dans les entrailles, etc. , paraissent avoir été le prélude de l’état pénible où mademoiselle la Consultante se trouve en ce moment. Cette fièvre prit bientôt une marche intermittente; et, traitée par les évacuans et le quinquina, elle ne céda point à ces remèdes, qui , après avoir irrité considérablement la malade , semblèrent exaspérer la fièvre , loin de la dissiper. L’usage du petit-lait et des boissons tempérantes calma les symptômes d'irritation , mais ne diminua point les mouvemens fébriles. On revint aux minoratifs et au quinquina , sans obtenir plus de succès que la première fois; alors, tous les remèdes, furent abandonnés, et si on les reprit de temps en temps , ce fut d’une manière inconstante et inexacte , qui ne put amener aucun changement favorable dans la situation de la malade. Les sucs d’herbes pris vers la fin de janvier ont seuls produit une amélioration marquée , en diminuant l’intensité de la fièvre, en donnant de l’appétit et calmant les douleurs abdominales.

Les effets manifestes de cette maladie déjà ancienne se réduisent actuellement à un gonflement du corps de la mammelle gauche , borné au tissu

2o4 consultations

cellulaire sans intéresser les glandes; à des douleurs irrégulières et variables, qui parcourent les viscères et les membres; à un sentiment de tension douloureuse dans la cavité de l’abdomen; à un malaise général , à une disposition hémorrhoïdaire , et à une fièvre erratique , dont les accès se prolongent quelquefois au point de ne pas laisser d’intervalle. Le frisson fébrile survient à midi et dure jusqu’à cinq heures; alors il est remplacé par la chaleur, qui augmente graduellement jusque vers deux heures après minuit, et se termine enfin par une moiteur légère à laquelle succède un écoulement général et copieux de sueurs sur les sept heures du matin : telle était du moins la mal -, lie de Mademoiselle au moment où le médecin ordinaire en achevait l’historique, et il n’est pas question qu’il soit arrivé aucun changement considérable depuis celte époque.

D’après cet exposé , les élémens constitutifs de cette maladie peuvent être ramenés à trois affections essentielles , qui sont : i°. l’affection rhumatismale ancienne et irrégulière, que le temps a fait dégénérer; 2°. l’affection nerveuse constitutionnelle, que la coexistence du principe rhumatismal a nécessairement exaspérée; 3°. la fièvre erratique liée à ces deux causes , et dépendante de leur action combinée. La méthode de traitement devra donc être relative à ces trois objets , et avoir pour but de corriger le principe rhumatismal , de modérer l'excitation nerveuse , et d’éteindre la fièvre qui en est le produit.

i. Sous le premier point de vue , on emploiera des remèdes pris dans la classe des substances savonneuses résolutives et légèrement sudorifiques.

i°. Outre les boissons délayantes, comme les eaux de poulet ou de laitue , indiquées aussi par l’état nerveux , et dont Mademoiselle peut user avec sobriété ; outre les sucs exprimés des plantes et les bouillons dépuratifs , auxquels il faudra revenir de temps en temps , elle prendra chaque jour deux verres d’une tisane préparée avec deux onces de saponaire , qu’on fera bouillir dans six verres d’eau jusqu’à réduction d’un tiers, et à laquelle on ajoutera quinze à vingt grains de sel de nître purifié. Les quatre verres de décoction restant après la colature , seront partagés également , et donnés en deux jours. L’usage de cette boisson sera soutenu par l’électuaire suivant :

Racine d’arum fraîche triturée \

et réduite en bouillie. . . . > aa une once.

Gomme arabique )

Antimoine diaphorétique, . . deux gros.

Extrait d’aconit dix grains.

Mêlez par la trituration; ajoutez un gros d’esprit de mindererus , et suffisante quantité de conserve de cochléària pour un éîectuaire. La dose de ce remède sera de deux gros en deux prises qu’on donnera le matin avant l’accès de fièvre.

2°. Lorsqu’on aura usé de cet éîectuaire pendant quinze à vingt jours , on passera à des combinaisons

Page 1