CONSULTATION XLIV
Diarrhée habituelle invétérée , avec les caractères
du flux cœliaque.
Après avoir éprouvé l’action de différentes causes qui ont successivement porté une impression de faiblesse sur le canal intestinal, M. le Consultant est devenu sujet à une diarrhée habituelle , accompagnée de légères coliques, et fournissant une grande quantité de matières glaireuses sanguinolentes, semblables à du blanc d’œuf, mêlées de matières fécales , et d’une fétidité insupportable. Cette diarrhée a longtemps alterné avec «no éruption de petits boutons, d’abord rouges , rais jaunâtres , et remplis d’une sérosité qui av^t ta même couleur : les retours alternatifs de ces Jeux affections , l’éruption et la diarrhée, étaient si bien réglés, que l’apparition de l’une faisait disparaître l’autre, et réciproquement. Aujourd’hui l’éruption a entièrement cessé , la diarrhée est restée seule , et l’influence qu’elle a sur les forces et la constitution du malade produit l’état de faiblesse et de dépérir sement dans lequel il est tombé.
GON SU LTATIOîHS
Cn a cherché à découvrir les principes de celte maladie dans l’action de certains virus qui ne semblent point y avoir contribué d’une manière directe et soutenue, Ainsi » l’on a d’abord pensé que le principe de la gale, que M. le Consultant a éprouvée dans sa jeunesse, pouvait être la cause du flux diarrhoïque dont il est affecté dans ce moment. Mais il n’existe aucun motif sur lequel on puisse établir une telle présomption , car tous les symptômes de la gale se sont évanouis dans le temps par l’efFet d’un traitement méthodique , et n’ont jamais reparu depuis cette époque; et parmi ceux dont la maladie actuelle s’accompagne, il n’en est pas un seul qui rappelle les caractères de cette maladie.
Les médecins qui ont présumé que cette diarrhée était dépendante du principe vénérien n’ont pu donner aucun fondement à leurs conjectures. Les maladies vénériennes que Monsieur a essuyées ont été si légères , si peu durables, que , d’après le traitement auquel on l’a soumis , il est impossible soupçonner chez lui le moindre germe de cette maladie, bailleurs , une chose prouve manifestement combien l’afFeci\on des intestins, par laquelle le flux diarrhoïque esi entretenu , se trouve indépendante de tout vice constitutionnel; c’est que Monsieur ayant fait une chute de trente-six pieds , les plaies qui en ont été la suite se sont bientôt cicatrisées , sans que leur guérison ait été empêchée par aucune complication fâcheuse.
La conséquence des faits qui viennent d’être ex-
posés, est que la diarrhée habituelle qui affecte M. le Consultant a pour cause une faiblesse relative du conduit intestinal; que celle faiblesse entretient une habitude invétérée de fluxion sur ces parties, et que l’exercice de la sensibilité se trouve altéré dans toute l’étendue du système abdominal. Il est vraisemblable que ces différentes causes ont décidé quelques engorgemens dans les viscères du bas-ventre , et que ces engorgemens ajoutent à l’opiniâlreté du flux intestinal. Le traitement méthodique de cette maladie doit avoir pour objet de fortifier les intestins, dont l’affaiblissement n est pas douteux , de détourner la fluxion qui se dirige sur ces organes , et de résoudre les engorgemens qu on a droit de soupçonner. Nous croyons que les remèdes suivans rempliront d’une manière satisfaisante ce triple objet :
i°. Le malade commencera par prendre un vomitif compose de dix-huit grains d’ipécacuanha en poudre. Le lendemain, il se purgera avec une infusion de deux gros de rhubarbe, dans laquelle on aura fait bouillir deux onces de tamarin et dissoudre demi-once de magnésie blanche. Deux jours après, il prendra un nouveau vomitif composé de huit grains d’ipécacuanha en poudre et autant de rhubarbe, de manière à ne déterminer que deux ou trois vomîssemens.
2°. Après ces premiers remèdes le malade boira chaque matin un verre d’eau de goudron > et dans le cours de la journée il avalera trois ou quatre verres d’une tisane préparée en faisant bouillir demi-
once de fleurs d’arnica-montana et autant de racine de garance, dans une pinte d’eau, jusqu’à diminution d’un quart, et ajoutant, après avoir passé la décoction, quelques morceaux de canelle.
3*. Sur le verre d’eau de goudron pris le matin , Monsieur avalera quatre pilules composées ainsi qu’il suit :
Ipécacuanha en poudre. . . . douze grains.
Simarouba demi-scrupule.
Fleurs d’arnica pulvérisées. . un scrupule.
Opium gommeux hait grains.
Extrait de jusquiame blanche, six grains.
Sulfate de zinc dix grains.
Mêlez avec suffisante quantité de conserve de roses; faites des pilules de trois grains. On répétera le soir la dose de quatre pilules prescrite pour le matin.
4°. Ces pilules seront continuées à cette dose pendant l’espace de quinze jours , et au bout de ce temps on les remplacera pendant huit jours par les pilules suivantes , à la même dose :
Savon médicinal
Fiel de bœuf épaissi. ....
Gomme ammoniaque deux scrupules.
Extrait de douce-amère. . . . un scrupule.
Extr ah d’aconit vingt grains.
Sel de soude un scrupule.
Mêlez , faites des pilules de quatre grains. On alternera ces deux sortes de pilules, de façon que le
aa trois scrup.
DK MÉDECINE.
malade prenne successivement les premières , n® g
pendant quinze jours , et les secondes , n° 4 , pendant huit jours.
5°. Les lavemens toniques seront employés avec avantage pour fortifier les intestins. Après avoir fait prendre un lavement entier avec de Peau simple, on donnera un second lavement à demi-seringue , qui sera composé avec la décoction suivante :
Rhubarbe concassée un eros.
Ecorce de quinquina deux gros.
Fleurs d’arnica-montana. . . demi-once.
Faites bouillir dans une livre d’eau.
Cette même décoction pourra servir à des fomentations sur le bas -ventre , qui seront répétées de temps en temps; on pourra de même appliquer sur la région épigastrique un emplâtre de thériaque et de baume du Pérou.
6°. Il sera bon de chercher à rompre les mouvemens fluxionnaires dirigés vers les intestins, par l’application de vésicatoires sur différentes parties du corps , en observant que ces vésicatoires n’excitent qu’une irritation légère , et que le lieu de leur application soit varié fréquemment. Quant aux exutoires perrnanens , comme le cautère , je ne vois pas de nécessité d’y recourir ; on retirera plus d’avantage des vésicatoires appliqués ainsi que nous venons de le prescrire.
7°. Le régime de Monsieur doit être pris dans la classe des substances qui nourrissent beaucoup sous
un petit volume, et qui ne peuvent ni irriter, ni échauffer. Les gelées de viandes et de fruits , les consommés , le bon poisson de mer ou de rivière , les viandes blanches grillées ou rôties, les différentes espèces de volaille , les plantes potagères de la saison , les fruits bien mûrs , fourniront la base de sa nourriture; le vin de pays, sec et généreux, mêlé toujours avec deux tiers d’eau , composera sa boisson ordinaire. Un exercice modéré , renouvelé chaque jour , soit à pied , soit en voiture , les distractions de l’es^prit , l’abstinence d’un travail forcé , sont autant de choses qui fo&t partie essentielle du régime que le malade doit suivre.
Délibéré, etc.
DK MÉDECINE®