CONSULTATION XLV
Affection vénérienne compliquée d'une disposition
scorbutique.
Dans le nombre des symptômes que présente fa maladie pour laquelle on nous consulte, il en est plusieurs qui peuvent jeter quelque lumière sur la véritable cause de cette affection compliquée. C’est en suivant la succession de ces symptômes, en saisissant leur analogie avec d’autres , en observant les effets des remèdes employés , que nous viendrons à bout d#en éclaircir la connaissance et le traitement.
Le sujet de cette consultation est un enfant âgé de sept ans , né avec toutes les apparences d’une bonne constitution, si ce n’est qu’un des ongles de sa main droite était rougeâtre et comme meurtri. Mais depuis les premiers jours de sa naissance il a été sujet d’abord à des taches rougeâtres, cuivreuses , qui se répandaient sur les bras , le cou et les fesses; ensuite à des éruptions vésiculaires , qui se sont développées et multipliées en divers temps. On a traité ces éruptions avec des topiques dans lesquels on faisait entre?
des préparations de plomb et de mercure; ce traitement , suivi dans les fortes chaleurs de l’été, n’a nullement réussi.
Il y a environ deux ans que le principe de ces affections a paru intéresser le canal de l’urètre et l’intestin rectum. Alors il a décidé une grande difficulté dans l’émission des urines , des douleurs dans l’expulsion des excrémens , et un flux habituel de matières jaunâtres par Fanas.
On assure , dans le Mémoire à consulter , que le père et la mère de cet enfant jouissent d’une santé parfaite , et qu’à l’exception de quelques symptômes d hystérie , la mère est exempte de toute maladie constitutionnelle. Cependant on ajoute que les fluxions humorales et le scorbut existent d’une manière permanente et comme héréditaire dans cette famille. Mais une circonstance importante, qui laisse beaucoup de doute sur la santé des parens, c’est que Madame a mis au monde successivement plusieurs garçons affectés des mêmes symptômes : il est bien remarquable que les filles nées de la même mère n’en furent jamais atteintes.
Le troisième garçon a éprouvé la maladie éruptive à un degré moindre , et l’on observa que la mère , pendant qu’elle était grosse de cet enfant , a fait usage d’une infusion de douce-amère, et que la nourrice, pendant qu’elle l’allaitait , a usé de la même infusion avec quelques petites doses de mercure doux , et d’une pommade mercurielle légère en frictions.
Maintenant, si nous rapprochons les faits contenus dans cet exposé , nous verrons que l’on est fondé h soupçonner chez le jeune malade un principe vénérien dégénéré , dont il a reçu le germe soit de ses parens , soit de la femme qui l’a allaité. Mais , outre raïFeclion vénérienne , qui ne nous paraît pas douteuse , il y a de plus chez le malade une dégénération scorbutique des humeurs , dont il tire la source de ses pères, car on a bien remarqué la succession héréditaire du scorbut dans la famille de l’enfantc
La maladie résulte de deux affections élémentaires, dont Tune est dépendante du principe vénérien , et 1 autre est produite par une dégénération scorbutique des humeurs. L élément vénérien a pour caractères 1 altération de l’ongle, ronge et meurtri au moment de la naissance; les taches et les éruptions qui ont bientôt couvert tout le corps ; l’impression morbide , determinee sur le canat de 1 urètre et sur l’intestin rectum; la pâleur, la flaccidité, la mollesse, l’engourdissement des organes; la rigidité des tendons et la tuméfaction des os , qui caractérisent spécialement les maladies vénériennes de î enfance; la résistance des taches cutanées à tous les moyens par lesquels on a tente de les combattre. De nouvelles preuves de 1 existence de cette maladie se trouvent encore dans la transmission d’une maladie semblable à tous les garçons de la même famille , et dans le soulagement procuré au dernier de ces enfans par des remèdes
mercuriels donnés à sa mère et à sa nourrice. Inexistence de la dégénération scorbutique est fondée sur ce qu elle existe chez les parens , sur ce que les symptômes mentionnés sont associés à quelques-uns des phénomènes propres au scorbut , comme la démangeaison , la couleur violette des vaisseaux cutanés , la mollesse fongueuse des petits ulcères , le relâchement et Pérosion des gencives, la chute de quelques dents , la carie des autres , la couleur terne de toutes , la fétidité de Phaleine , etc. , etc.
Quant à la question de savoir pourquoi les filles nées de la même mère ont toujours été exemptes de cette affection , d est impossible de l’expliquer autrement que par une sorte d’affinité ou de ressemblance dans la constitution des mâles , qui les rend plus susceptibles de recevoir le même genre de maladie ; il est possible que les garçons soient constitués d’une manière plus conforme aux dispositions de celui des parens chez lequel le germe de la maladie existe avec plus d intensité , et que cette analogie de tempérament puisse attirer sur eux, de préférence, la communication de ce germe.
Dans le traitement méthodique de cette maladie , il faut avoir égard à l’affection vénérienne et à la dégénération scorbutique ; il faut tâcher d’éteindre ces deux principes par des moyens relatifs à leur combinaison. L’altération profonde de tout le sys tème exige que l’on combatte d’abord la disposition
scorbutique , afin d’empêcher les mauvais effets que le traitement mercuriel ne manquerait pas de produire si cette complication scorbutique subsistait.
i°. On donnera chaque jour au malade deux verres d’une décoction demi-once déraciné de garance et autant de tiges fraîches de douce-amère, qu’on fera bouillir dans trois verres d’eau jusqu’à réduction de deux; on ajoutera sur chaque verre quinze à vingt gouttes d’élixir vitriolique. On fera préparer un sirop antiscorbutique avec l’écorce de quinquina , le cresson , la racine de fraisier et le cochléaria , dont le malade prendra chaque jour cinq ou six cuillerées. Une nourriture végétale , les sucs de cresson et de chicorée , celui de limon , les acides minéraux , le petit-lait préparé avec la crème de tartre , pourront être donnés tour à tour dans le même dessein.
20. Au bout d’environ vingt jours, on remplacera la tisane ci-dessus par l’eau de goudron que le malade prendra tous les jours à la dose de deux verres. En même temps, au lieu de sirop antiscorbutique, on donnera matin et soir demi-gros d’un électuaire composé comme il suit :
2£ Conserve de cochléaria. . . •
Conserve d’oseille
Pulpe de tamarin
Extrait de quinquina. . . . .
Esprit de vitriol
Suc de citron.
ati une once.
demi-once, un gros, demi-gros, suffis, quant,
La dose pourra être portée ensuite à un gros pour chaque prise. On continuera cette partie du traitement une vingtaine de jours , après quoi l’on fera prendre le lait coupé avec une infusion de quinquina , que 1 on associera constamment aux remèdes mercu riels que nous allons prescrire.
5°. L’administration de ces remèdes doit former la seconde partie du traitement. Ils seront donnés à l’intérieur et à l’extérieur , après qu’on les aura fait précéder d’un nombre suffisant de bains domestiques.
Comme remède intérieur , on fera prendre l’électuaire suivant :
% Extrait de ciguë.
Extrait de douce-amère. . . .
Roh de sureau
Mercure doux. ......
Sirop de quinquina
Mêlez.
dix grains, deux gros, une once, un gros, deux onces.
La dose sera d’un gros chaque jour. Parla suite, on rendra cette préparation plus active, s’il est nécessaire , en substituant au mercure doux le su blimé corrosif ( chlorure de mercure ) à la dose de six grains pour la quantité d’électuaire prescrite. Une autre préparation qui conviendrait à l’intérieur est la solution mercurielle de Plenk, qui n’est, autre chose que le mercure éteint dans la gomme ara bique. On soutiendra 1 effet de ces renrèdes , en prescrivant de temps en temps quelques verres d’une
décoction rapprochée de racine de salsepareille et de douce-amère.
4°. On donnera le mercure en friction , avec une pommade faite avec un quart de mercure et dans laquelle on aura incorporé un huitième de camphre. On fera les frictions tous les deux jours , en parcourant successivement les extrémités supérieures, le dos, les lombes , et les membres inférieurs. On n’emploiera ' d abord qu’un demi-gros de pommade mercurielle pour chaque friction , et l’on augmentera successivement jusqu’à la dose d’un gros si le mercure ne porte pas à la bouche,* ce qu’il sera important de surveiller.
On alternera ces remèdes avec les antiscorbutiques, et l’on cherchera moins à presser l’effet du traitement qu à le prolonger. Il importe d’entretenir la liberté du ventre et celle de toutes les excrétions. Enfin, si Ion juge à propos d’envoyer le jeune malade à Montpellier , il sera bon d’attendre pour cela le retour de la belle saison.
Délibéré , etc.