CONSULTATION XLVI
Affection vénérienne compliquée de rhumatisme et de faiblesse nerveuse .
L’obscurité des symptômes et la complication des élémens qui constituent la maladie de M. le Consultant , en rendent la connaissance et le traitement fort difficiles. Néanmoins , il est impossible de n’y pas reconnaître trois circonstances principales qui ont contribué à la produire , et qui Font enfin amenée au degré de développement où elle est parvenue. L’habitude de la masturbation , Faction du virus vénérien et l’influence du principe rhumatismal ont également concouru, dans un rapport différent, h déterminer la série des symptômes qui se sont succédé , et dontM. le Consultant éprouve maintenant les effets réunis.
La maigreur , la faiblesse , la disposition au marasme , le sommeil agité , le tintement d’oreilles, etc. , que Monsieur éprouve, dépendent de Fatonie nerveuse que la pratique de la masturbation a introduite dans tout le système. L’engorgement chronique des glandes
inguinales, l’éruption des taches rougeâtres que ramène le printemps , l’inflammation chronique des membranes de la gorge et du palais les ulcérations peu étendues , fixées sur les mêmes parties , sont les effets de 1 aftection vénérienne; la douleur permanente de l’épaule droite, du bras du même côté et de la partie postérieure du cou , les sensations vagues et incommodes dans la poitrine , l’inclinaison de la tête sur l’épaule droite, la gêne et la difficulté des mouvemens , le sentiment de pesanteur avecupe sorte de rigidité dans les articulations du pied et du genou; ces symptômes et quelques autres , dont la cause pourrait bien être vénérienne , me semblent cependant devoir être attribués au principe rhumatismal , avec lequel les affections vénériennes conservent , comme on sait , une certaine analogie.
De ces trois circonstances propres à la maladie de M. le Consultant, il en est une qui , par son influence sur les deux autres , en a modifié les caractères et troublé la marche , de manière à contrarier les divers traitemens qui ont été employés jusqu’à ce jour : c’est la débilité nerveuse , on la faiblesse radicale qu’a produite la masturbation. Une telle faiblesse a rendu plus rapides les progrès de l’affection vénérienne; elle lui a fait prendre un caractère plus grave; elle a empêché l'action des remèdes; il convient donc de diriger nos vues curatives d’après cette considération impor-tunte.
Monsieur se mettra à Un régime analeptique et for-
tifîant, et à l’usage des remèdes toriques les plus décidés. Sa nourriture sera prise de bonnes viandes grillées, rôties, ou réduites en gelée, de poissons frais de rivière. Nous lui recommandons l’usage de la gelée de corne de cerf à titre d’aliment et de remède. Il mêlera une quantité suffisante de vin généreux à sa boisson; il s’interdira les liqueurs spiritueuses , mais non pas le café , dont il fera un usage modéré. Il aura soin de multiplier ses repas , de partager en plusieurs fois la quantité de nourriture qu’il aura besoin de prendre , et de ménager ainsi les forces des organes digestifs. Au commencement de chaque repas , il avalera dans la première cuillerée de soupe un mélange de trois grains de rhubarbe et d’un grain d’ipé- *
cacuanha en poudre , afin de faciliter la digestion.
î8. Monsieur prendra matin et soir un verre de lait d’ânesse , qu’on aura coupé avec l’infusion d’un gros de bon quinquina. Il prendra dans la journée cinq à six cuillerées d’une teinture aqueuse faite avec ,
Quinquina en poudre une once.
Racines d’ipécacuanha « . c*n gros.
Racine d’angélique demi-once.
On fera bouillir , dans une pinte d’eau , jusqu’à diminution d’un tiers,, et on aromatisera ensuite avec l’eau de fleur d’orange.
Cette teinture sera remplacée , au bout de quinze jours , par Copiât suivant :
Quinquina en poudre. demi -once.
Arnica- montana en poudre. . . deux gros.
Antimoine diaphorétique. ... un gros.
Extrait aqueux de gentiane. . . demi -once.
Conserve d’énula-campana. . . . une once.
Mêlez pour un opiat dont le malade avalera un gros matin et soir.
On fera des frictions sur toute l’habitude du corps avec des linges secs, ou imbibés d’une teinture spi ritueuse de quinquina. On pourra même ajouter à la teinture de quinquina quelques grains de camphre. Monsieur fera tous les jours un exercice modéré; il ira , s’il est possible , respirer l’air de la campagne; il usera des bains domestiques à une température plutôt froide que chaude , et se procurera toutes sortes de distractions.
2°. Cette première partie du traitement relative à la faiblesse nerveuse du malade , sera continuée pendant l’espace d’un mois , et même plus long-temps , s’il est nécessaire , pour relever le système général des forces.
On passera ensuite à la seconde partie du traitement, qui doit se rapporter aux deux principes de l’affection rhumatismale et de l’affection vénérienne. Pour remplir ce second objet , le malade fera usage de la tisane de Feltz, qui me paraît offrir la meilleure forme sous laquelle le mercure puisse lui être administré.
Salsepareille . deux onces.
une once.
Racines de squine
Sulfure d’antimoine quatre onces.
Colle de poisson,
/ Ecorce de buis.
Ecorce de lierre
Faites bouillir toutes ces substances dans six pintes d’eau ; suspendez l’antimoine enfermé dans un nouet un peu lâche, faites bouillir la liqueur jusqu’à ce qu’elle soit réduite à trois pintes , passez , faites-y dissoudre trois grains de sublimé corrosif.
La dose de cette tisane sera de trois ou quatre verres par jour. Dans le même temps on fera faire au malade des frictions sur la partie interne des lèvres avec le calomélas , employant deux grains de ce sel mercuriel pour chaque friction qui sera répétée matin et soir.
Après qu’on aura employé la tisane de Feltz et les frictions avec le calomélas pendant l’espace de trois semaines , on terminera cette partie du traitement par l’usage d’un électuaire dans lequel le mercure , l’antimoine et les extraits déplantés vénéneuses seront combinés d’une manière également appropriée à l’affection vénérienne et à l’affection rhumatismale.
y Soufre doré d’antimoine. . . . quinze grains.
Sublimé corrosif. huit grains.
Extrait d’aconit dix grains.
Gomme de gayac deux gros.
Rob de sureau. . ....... deux onces.
| aa demi-once
La dose sera d’un gros chaque matin. Dans la suite, on pourra répéter cette dose le soir.
Nous laissons, du reste, à M. le médecin ordinaire le soin de modifier suivant les circonstances , et de prolonger, s’il devient nécessaire, le mode de traitement dont nous venons d’établir les principales bases.
Délibéré , etc.
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CONSULTATION XLYII.
Maladie vénérienne invétérée „ compliquée de faiblesse nerveuse.
La complication des élémens qui caractérisent la maladie déjà fort ancienne, de Madame la Consultante , rend son diagnostic difficile à établir. Néanmoins il est impossible de n’y pas reconnaître deux principes distincts qui s’unissent dans cette maladie , et qui doivent fournir les indications principales du traitement.
Le premier remonte à la maladie vénérienne dont Madame fut atteinte à l’âge de vingt-huit ans. Cette maladie n’a jamais été traitée d’une manière directe et convenable. Le germe n’a pu en être détruit par les méthodes de traitement insuffisantes auxquelles Madame a été soumise en divers temps. L’existence de ce principe est suffisamment démontrée par le sentiment d’ardeur à la gorge qui s’accompagne d'enrouement, par les aphihes et les petits ulcères qui affectent souvent l’intérieur de la bouche et des lèvres, par les pertes blanches qui fournissent une matière
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suspecte , par l’irritation et la chaleur des parties génitales, par les douleurs ressenties dans la direction des os, et par le prurit incommode qui augmente pendant la nuit. Si l’on liait attention que Madame eut , à l’âge de vingt-huit ans , une gonorrhée vénérienne, à laquelle on opposa les répercussifs; si l’on observe que depuis lors l’orifice du vagin a été couvert de boutons , de tumeurs verruqueuses et même d’ulcères ; qu’aucun de ces accidens n’a été bien traité, et qu’enfin Madame a communiqué la maladie à son mari , on ne doutera pas que les symptômes ci-dessus énoncés ne soient de nature vénérienne.
Le deuxième principe est une faiblesse nerveuse de toute la constitution, que manifestent suffisamment la maigreur excessive , les lassitudes spontanées , la pâleur du visage , la difficulté des digestions , la petitesse du pouls, les insomnies, l’irrégularité du flux menstruel , etc. : tout annonce cette débilité nerveuse , qui , produite d’abord par l’affection primitive , est devenue à son tour un des élémens ou principes de la maladie actuelle. C’est contre ces deux principes, l’affection vénérienne et la débilité nerveuse , que doit être dirigée la méthode du traitement.
Madame se soumettra d’abord à un régime analeptique et fortifiant, et à l’usage des remèdes toniques. Sa nourriture sera prise de bonnes viandes grillées , rôties , ou réduites en gelée , de poissons frais de rivière préparés avec peu d’assai6onnement ,
des fruits mucilagineux et sucrés , etc. Nous lui recommandons l’usage de la gelée de corne de cerf, h titre d’aliment et de remède. Elle mêlera à sa boisson une quantité suffisante de bon vin sec ; elle s’interdira les liqueurs spiritueuses , mais non pas le café dont elle pourra faire un usage modéré ; elle devra multiplier ses repas, en partageant en plusieurs doses la quantité de nourriture qu’elle aura besoin de prendre , et ménagera ainsi les forces dè ses organes digestifs. Au commencement de chaque repas Madame avalera dans la première cuillerée de soupe un mélange de trois grains de rhubarbe et d’un grain d’ipécacuanha en poudre afin de faciliter la digestion.
i°. Madame prendra matin et soir un verre de lait d’ânesse , qu’on aura coupé avec une décoction de deux gros de racine d’angélique. Elle prendra dans la journée cinq à six cuillerées d’une teinture aqueuse faite avec demi-oncé de quinquina en poudre , un gros d’arnica montana en fleurs , et demi-once de racine de gentiane que l’on fera bouillir dans une pinte d’eau, jusqu’à diminution d’un tiers, et qu’on aromatisera ensuite avec l’eau de fleur d’oranger. Cette teinture pourra aussi être remplacée par l’opiat suivant :
% Extrait de quinquina demi -once.
Gomme ammoniaque un gros.
Antimoine diaphonique. . . % un gros.
Extrait de douce-amère deux gros.
Conserve d’énula campana. . . une once.
DE MÉDECINE. 5o5
Mêlez pour un opiat dont la malade avalera un demi-gros matin et soir.
On fera des frictions sur toute l’habitude du corps avec des linges secs ou imbibés d’une teinture spiritueuse de quinquina. On pourra même pratiquer des frictions avec la teinture de quinquina dans laquelle on aura fait dissoudre un peu de camphre.
a®. Après un mois de ce traitement , Madame passera à l’usage des antisyphilitiques , en commençant par la tisane de Feltz ( Voy. la Consultation précédente, pag. 29 ) , dont elle prendra quatre ou cinq pintes à la dose de deux verres par jour.
En même temps , Madame fera matin et soir une friction sur les gencives et la partie interne des lèvres et de la bouche avec trois grains de mercure doux dissous dans la salive , jusqu’à concurrence d’une trentaine de frictions. Si le mercure employé à cette dose échauffait la bouche et excitait la salivation , on réduirait chaque friction à deux grains , et 1 on suspendrait même pendant quelque temps l administration de ce remède , si cela devenait nécessaire.
On terminera cette partie du traitement par 1 usage d’un éleciuaire composé comme il suit :
Sublimé corrosif. ....... six grains.
Extrait d’aconit dix grains.
Soufre doré d’antimoine. . * . huit grains.
Rob de sureau. ........ deux onces.
Mêlez; la dose sera d’un demi-gros tous lesmalins?
On pourra par la suite répéter la même dose le soir.
Par* dessus chaque prise de cet électuaire , Madame boira un verre d’une forte décoction d’un once de racine de lauréole. A défaut de cette racine , elle lui substituera deux verres de décoction d’une once de bois de gayac.
Délibéré, etc.