CONSULTATION XLVIII
U Icération vénérienne des tégumens de la tête .
Les circonstances qui ont précédé la maladie de M. le Consultant , et les caractères qui- la signaleut , dénotent clairement la cause à laquelle il convient de l’attribuer. Une ulcération profonde des tégumens de la tête* d’un fond sale , à bords découpés et irréguliers raccompagnée de l’exfoliation de quelques lames osseuses et de quelques points de carie , suffiraient déjà pour faire soupçonner chez le malade une infection vénérienne ancienne; mais cette présomption se convertit en certitude , quand on fait attention que ce grave accident succède à différentes maladies vénériennes qui n’ont pas toujours été méthodiquement traitées.
Pendant le cours de sa vie , le malade a eu des gonorrhées et des chancres qui ont nécessité plusieurs traitemens mercuriels , dont il n’a pu se rappeler au juste ni l’ordre ni la durée. Les derniers traitemens auxquels il s’est soumis paraissent avoir été insuffisans pour dissiper entièrement une affection vénérienne
dont le principe fut plusieurs fois renouvelé; et depuis lors le malade s’est encore exposé fréquemment au dan» ger de l’infection. Dans cet intervalle, il lui est survenu une affection psorique rebelle , dont le principe était compliqué avec celui de la vérole. On a combattu cette éruption , et depuis qu’elle est disparue , les tégumens de la tête se sont ulcérés, et la résistance que cette ulcération oppose à tous les moyens curatifs est bien capable de nous confirmer de plus en plus dans l’opinion que le vice Vénérien en est la cause.
D’après cet exposé, nous n’hésitons pas à affirmer que les traitemens subis par le malade à différentes époques n’ent pas complètement éteint le principe de la vérole , ou que ce principe s’est renouvelé par les causes fréquentes d’infection auxquelles il s’est exposé. On peut présumer en outre que le vice psorique n’est pas entièrement détruit ; et quoiqu’il ait été subordonné à l’affection vénérienne , il a néanmoins joué un rôle assez marqué dans le cours de la maladie pour devoir être pris en considération. Le traitement sera donc relatif à l’affection vénérienne invétérée et à la disposition aux affections psoriques.
i°. Le malade prendra chaque jour quelques verrées de la tisane suivante :
une once, aa demi'once.
2^ Racines fraîches de patience Racines de salsepareille . .
Digitale pourprée
Faites bouillir à petit feu dans six livres d’eau jusqu’à réduction de moitié.
Tous les matins Monsieur prendra en outre six onces de sucs de cresson , de chicorée , de fumeterre et de cerfeuil. Dans la suite , ces sucs pourront être remplacés par des bouillons rafraîchissans , dans lesquels l’on fera entrer un quart de maigre de veau , demi-once de tiges fraîches de douce-amère, le cœur de deux laitues et une demi- poignée de cerfeuil.
Chaque soir le malade avalera un bol composé avec
Kermès minéral. ....... un grain.
Mercure doux deux grains.
Fleurs de soufre huit grains.
Résine de Gayac six grains.
Il fera un usage fréquent des bains tièdes , en observant toutefois de ne les prendre qu’à des intervalles assez éloignés pour qu’ils n’occasionent pas une trop grande débilité. Il usera aussi habituellement des lavemens simples ou émolliens , et du régime le plus doux. En conséquence , il s’abstiendra de tous alimens salés , épicés , indigestes , ainsi que des boissons échauffantes.
2°. Lorsqu’on aura suivi ce traitement pendant environ trois semaines , le malade se purgera avec une médecine ordinaire; et après avoir pris de suite cinq ou six bains tempérés , il passera à l’usage de la tisane de Feltz. ( Voyez la consultation XLVI„ page 297 ) , dont il boira une pinte en quatre verres , de deux jours l’un , pendant l’espace de vingt jours ; en sorte qu’il consomme la valeur de huit à
C O N S U L TATIONS
dix pintes de celle boisson d’ici à la fin de son traitement.
5°. On associera à la tisane de Fellz ci dessus prescrite, les pilules antimoniales et sulfureuses pré-
parées selon la formule suivante :
5^ Gomme de Gayac. . demi-once.
Extrait de douce-amère. . . . une once.
Soufre doré d’antimoine. . . . un gros.
Fleurs de soufre deux gros.
Mêlez avec suffisante quantité de sirop de fumeterre; faites des pilules de quatre grains. Le malade prendra d’abord deux de ces pilules matin et soir; il augmentera la dose tous les quatre jours d’une pilule chaque fois , jusqu’à ce qu’il l’ait portée à six.
4e. Dans les jours d’intervalle où le malade ne prendra point de tisane , il fera matin et soir , sur les gencives , à l’intérieur des joues et sur les bords de la langue , une friction avec cinq grains de mercure doux dissous dans la salive. Il portera le médicament avec l’extrémité de son doigt sur les parties désignées, ayant soin de les frotter jusqu’à entière consommation du médicament.
4°. A l’époque indiquée pour la cessation de l’usage de la tisane de Feltz , on substituera à cette dernière
l’électuaire suivant :
% Rob de sureau trois onces.
Extrait aqueux de bois de gayac. deux onces. Extrait d’aconit. un gros.
Sublimé corrosif.
.. six grains.
Mêlez ; la dose sera d’un gros matin et soir, délayé dans un verre de la décoction suivante :
y. Ecorce de la racine de lauréole
réduite en poudre grossière. . . trois gros* Bois de réglisse une once.
Faites bouillir à petit feu dans six livres d’eau jusqu’à réduction d9un tiers,
Le malade pourra , du reste , continuer les frictions avec le caloméîas sur les parties intérieures de la bouche , ou les suspendre pendant quelque temps pour les reprendre ensuite, selon que le médecin ordinaire le jugera convenable , en prenant en considération les effets produits par ce premier traitement. Cette méthode nous paraît préférable à celle des frictions sur les membres avec la pommade mercurielle , dans les cas où l’on a à combattre une affection vénérienne invétérée. Si cependant la maladie résistait en * coreà ce traitement, il faudrait recourir aux frictions avec la pommade mercurielle faites à de longs intervalles , alternées avec les bains , et long-temps prolongées. Dans le cas où le phénomène de la salivation viendrait à se manifester dans le cours du traitement il faudrait suspendre pour quelque temps l’administration du mercure , et donner au malade des boissons mucilagineuses et quelques laxatifs , qui contribueront efficacement à faire cesser cet accident.
Le traitement local de l’ulcère consistera dans
Temploi alternatif du cérat mercuriel et d'un onguent suppuratif capable d'accélérer l’exfoliation des parties osseuses altérées. Outre les moyens déjà employés dans cette vue, on pourra frotter de temps en temps les bords de l’ulcération avec du beurre de cacao auquel on ajoutera une petite quantité de précipité rouge.
Délibéré, etc.