CONSULTATION XLIX
Ulcère vénérien à la gorge .
Après une suite (Taccidens qui ne laissaient aucun doute sur l’existence d’une affection vénérienne , et après plusieurs traitemens dirigés à diverses époques contre le principe de cette affection , madame con serve encore de ses maux précédens un ulcère fixé sur le voile du palais, qu’on ne peut venir à bout de cicatriser entièrement. Cet ulcère, qui s’étendait autrefois depuis la racine de la luette jusqu’à la base de la voûte palatfne , a cependant diminué d’étendue, et il ne présente rien de particulier ni dans ses dimensions, ni dans sa forme, ni dans sa couleur. On observe seulement que de temps à autre il se couvre d’une croûte très-légère, jaunâtre, qui tombe par fragmens et se reproduit ensuite pour subir la même dissolution. Madame a d’ailleurs tous les caractères d’une santé parfaitement rétablie , et toutes ses affections précédentes sembleraient complètement effacées » si la présence de cet ulcère n’inspirait à cet égard
des craintes fondées. L’espèce d’altération analogue à celle du scorbut que le mercure porté à de grandes doses dans l’économie introduit dans les humeurs
devient quelquefois la seule cause des ulcères qui s’établissent à la suite des maladies vénériennes , et qui ne peuvent être cicatrisés qu’eri cessant l’usage du mercure; mais l’ulcère de Madame ne nous semble point appartenir à cette dernière classe; il est vraisemblable que le principe de l’affection vénérienne n’est pas complètement détruit chez la malade , et que sa présence forme un des obstacles à la cicatrisation de l’ulcère. Les observations suivantes peuvent servir de preuves à notre sentiment ;
i°. La quantité de mercure administré nous paraît insuffisante pour avoir détruit le principe de la vérole , et dès-lors elle n’a pu introduire dans les humeurs le degré d altération nécessaire pour décider un ulcère. 2°. La manière prudente et modérée dont ce minéral a été administré , soit par rapport au nombre et aux intervalles des frictions, soit par rapport à l’association des bains et de quelques autres moyens, a dû en modérer l’effet. 3°. L’ulcère existait au même endroit et sous la même forme avant qu’on eût commencé le traitement mercuriel , ce qui ne permet pas de le considérer comme un produit de ce traitement. 4°. Si l’impression du mercure avait été poussée au point de causer un ulcère, elle aurait déterminé plusieurs symptômes du même genre ; cependant il n’y a chez la malade d’autre accident que
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cet ulcère, et aucun symptôme d’ailleurs ne rappelle i’eflet des mercuriaux.
Ge n’est pas que le traitement n’ait dû altérer le système général des solides et des fluides, et cme cette altération ne puisse concourir à rendre J’ulcère plus rebelle : la tendance des humeurs à Ja dégénération scorbutique est ordinaire dans les maladies vénériennes invétérées. L’état ulcéreux de la gorge peut donc, à certains égards ., être considéré comme entretenu par une double cause , dont l’une se rapporte au principe vénérien , et l’autre à l’altération humorale produite par le mercure et surtout par l’action même de la maladie. La méthode de traitement doit être relative h ces deux indications , que pourra remplir l’association des antivénériens , des antiscorbutiques et des toniques.
i°. Il importe de changer le mode d’administration du mercure et d’adopter une manière qui aille plus directement au siège de la maladie locale. L’application du calomélas sur les parties internes des lèvres , des gencives et de la bouche , nous semble promettre cet avantage. On fera , matin et soir5 une friction sur la face interne des lèvres, des joues et sur les bords de la langue , avec trois grains de mercure doux , mêlé et dissous dans la salive. On continuera ces frictions pendant environ quinze jours, et même davantage si les conditions de i’ulcère en paraissent sensiblement améliorées.
2°. On fera gargariser la malade avec un mélange
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d’eau de guimauve et de sureau dans lequel on aura jeté» une petite quantité d’eau phagédénique. Madame promènera ce mélange dans sa bouche , ayant soin de le diriger vers le siège de l’ulcère. Elle augmentera peu-à-peu la proportion d’eau phagédénique , et elle répétera ces gargarismes plusieurs fois dans la journée.
5°. On insistera en même temps sur les moyens révulsifs, tels que les bains entiers, les pédiîuves, les lavemens, les frictions sèches sur toute l’habitude du corps , etc.
4°. A l’époque où l’on suspendra les frictions avec le calomel , on leur substituera , pour terminer le traitement, une préparation dans laquelle le mercure sera associé aux sudorifiques et aux mucilagineux ; telle sera , par exemple, la tisane de Feltz ( voyez la Consultation XLY1 , pag. 297 ) , dont la malade boira une pinte par jour en trois ou quatre verres.
5°. Si l’ulcère résiste à ce traitement continué pendant l’espace d’un mois , et soutenu par les remèdes antiscorbutiques et toniques dont nous parlerons ci-après , il faudra passer à la combinaison des extraits de plantes vénéneuses avec le mercure. Alors on fera composer un éîectuaire avec ,
Rob de sureau deux onces.
Extrait d’aconit demi-gros.
Sublimé - corrosif. quatre grains.
Madame prendra matin et soir un gros de cet électuaire , et boira , chaque fois , par dessus , un verre
d’une forte décoction d’une once d’écorce de racine de lauréole.
6°. Sous le rapport de l’altération humorale , les mercuriaux doivent constamment être associés aux antiscorbutiques et aux toniques. Les sucs de cresson, de cochléaria et de beccabunga seront conseillés dans cette vue. On donnera la décoction de quinquina , tantôt seule , tantôt avec addition d’un peu d’élixir vitriolique ou d’esprit de nitre dulcifié. On prescrira de temps en temps les bols de camphre et de nitre. On pourra enfin user d’un élecluaire composé avec ,
Conserve d’oseille. ...... une once.
Extrait de quinquina e de tamarins.
Esprit de vitriol un gros.
Suc de citron suffis, quant.
♦ Vers la fin du traitement , et dans la vue de réparer les forces , on fera usage , pendant quelque temps , du lait d’ânesse coupé avec une infusion de quinquina. Le régime sera léger , nourrissant , et tel qu’il a été précédemment réglé par les médecins de la malade.
Délibéré, etc.
aa demi-once.